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Le bal des vampires

17/12/2009 - par Delphine Le Goff

Dans le sillage de Twilight, les vampires envahissent la télévision, le cinéma et l’édition.

Ils sont donc réellement immortels. Serait-ce parce qu'ils fuient le soleil ? Qu'ils respectent scrupuleusement leurs douze heures de sommeil ? En tout cas, les vampires sont ressortis de leur cercueil. La nouvelle coqueluche de ces dames (demoiselles plutôt), le diaphane Robert Pattinson, apparaît seulement trente-huit minutes dans le deuxième opus de Twilight adapté du succès d'édition de Stéphanie Meyer, le bien nommé Tentation. Peu importe : le film a réalisé le troisième meilleur démarrage de tous les temps.

La sublime Megan Fox, nouvelle bombe sexuelle du cinéma américain, a prêté sa plastique irréprochable à la goule sanguinaire de Jennifer's Body. Et l'on voit pulluler les vampires et autres succubes à la télévision et dans l'édition. «Aujourd'hui, tout le monde, producteurs et auteurs, saute dans le train de la mode “vampirique”», expliquait Laurent Courau, auteur du livre Twilight secret, aux Editions du Rocher, et d'un documentaire (Vampyres), dans Libération, le 28 novembre dernier.

La petite lucarne américaine est une grande pourvoyeuse de buveurs de sang. HBO remporte un franc succès avec True Blood, série signée Alan Ball, le scénariste d'American Beauty et de Six Feet Under, qui met en scène une serveuse télépathe amoureuse d'un gentil vampire végétarien, qui se nourrit exclusivement de sang synthétique, une boisson manufacturée baptisée Tru Blood. Elle doit lutter contre de méchants vampires qui, eux, ne souhaitent pas abandonner l'ivresse procurée par la bonne vieille hémoglobine… La chaîne pour adolescents CW a lancé en cette rentrée The Vampire Diaries, une série dans laquelle deux frères, sorte d'Abel et Caïn vampiriques, se disputent les faveurs d'une mortelle. «Lorsque j'ai vu cette série, j'ai cru qu'il s'agissait d'un dérivé du film Twilight tant l'intrigue et les personnages sont similaires, remarque Shelly Lemon, chez de projet chez Imca. Mais le phénomène n'est pas nouveau : dans les années 1990, la série Buffy contre les vampires avait déjà remporté un grand succès.»

Figures protéiformes

En régénération permanente, les vampires reviennent donc hanter les humains par cycles. Dans les années 1980, Les Prédateurs de Tony Scott situait Catherine Deneuve et David Bowie dans l'esthétique new-wave de l'époque. Plus d'une décennie plus tard, en 1994, Entretien avec un vampire, tiré du roman éponyme d'Ann Rice, rendait les vampires encore plus furieusement sexy en mettant en scène Tom Cruise et Brad Pitt, un mouvement amorcé par le très érotique Dracula de Francis Ford Coppola en 1992.

Mais la nouveauté, selon Laurent Courau, c'est que «le vampire s'humanise de plus en plus». «C'est aussi le fait que le héros est le méchant. On retrouve ce principe dans la série Dexter, qui met en scène un “serial killer”, constate Stéphane Hugon, sociologue et chercheur au Centre d'études sur l'actuel et le quotidien (Sorbonne-Paris V). Cela rejoint une idée selon laquelle en entreprise, par exemple, est valorisé celui qui est rusé, même s'il peut être dénué de scrupule.»

Le vampire, c'est aussi le mutant, celui qui est vivant et mort à la fois. «Cela renvoie à l'idée du nomadisme identitaire, très prégnant aujourd'hui, où les figures publiques deviennent protéiformes», souligne encore le sociologue.

Si le vampire plaît autant aux adolescents, c'est parce que, comme eux, il évolue dans une communauté de semblables et qu'il incarne un des grandes angoisses d'aujourd'hui : celle de la viralité et la contagion. «Le vampirisme se transmet, note Stéphane Hugon. Cela dresse un parallèle à la peur de la grippe A H1N1 ou du sida. Mais le vampire est également très érotique : même dans Nosferatu [film réalisé par Friedrich W. Murnau en 1922], il rebute et attire à la fois. Dans une société du risque zéro, finalement, le nouveau frisson consiste à s'exposer à la mort.» Afin de ne pas périr d'ennui ?

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