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politique

Le bouquet des fantasmes

17/12/2009 - par Cathy Leitus

Pourquoi depuis un an, Rama Yade, simple secrétaire d’État aux Droits de l’homme puis aux Sports, est-elle la personnalité politique préférée des Français?

«Le colonel Kadhafi doit comprendre que notre pays n'est pas un paillasson sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s'essuyer les pieds du sang de ses forfaits." En décembre 2007, les Français, embarrassés par la venue du dictateur libyen invité par Nicolas Sarkozy, ressentaient une sorte de soulagement devant les propos de Rama Yade, la jeune secrétaire d'État au Droits de l’homme. Entre conviction et tactique (pouvait-elle rester muette à ce poste-là?) la benjamine du gouvernement remportait, avec cette saillie, son premier fait de gloire auprès de l’opinion.
Un an plus tard, son refus de participer aux élections européennes la rend définitivement populaire. Elle ne veut pas s’exiler à Strasbourg et quitter la scène politique française, comme s’y verra contrainte Rachida Dati par le chef de l’État. Et cette haute fonctionnaire, administratrice au Sénat, le dit à sa manière, très poliment, le 7 décembre 2008 sur RTL. "Je suis très honorée de cette proposition, mais je suis davantage motivée par un mandat national […]. L’Europe ce n’est pas mon truc."
Depuis, elle a refusé pour les régionales de 2010 son «parachutage ethnique» dans le Val-d’Oise, où selon une responsable UMP «elle serait bien plus couleur locale» que dans les Hauts-de-Seine, où cette conseillère municipale d’opposition à Colombes (ville où elle a grandi depuis son arrivée du Sénégal à l’âge de onze ans) veut s’ancrer en vue des législatives de 2012. Elle a finalement gagné ce bras de fer et sera deuxième sur la liste conduite par André Santini dans le département.
Pourquoi lui a-t-on cédé, alors qu’elle commence sérieusement à agacer le président de la République et à échauffer le premier ministre et nombreux membres de la majorité qui lui reprochent de ne pas jouer collectif par simple ambition personnelle? Récemment encore, elle s’est démarquée dans l’affaire Jean Sarkozy/Epad s’inquiétant des effets sur l’opinion. Et, soutenant les fédérations sportives, celle qui est désormais secrétaire d’Etat aux sports a contesté la suppression d’un avantage fiscal pour ces clubs.

Bouffée d'air frais

Rama Yade a une botte secrète: inconnue à son entrée au gouvernement en juin 2007, elle est devenue en 2009 la personnalité politique préférée des Français. En tête du baromètre Ipsos-Le Point des leaders politiques en février, avec 60% d’opinions favorables, elle l’est toujours en décembre, alors que l’exécutif n’a jamais été aussi impopulaire. «Si le président la vire, elle devient une victime», affirme à Stratégies Jean-Marc Lech, président d’Ipsos. Le sondage BVA-Canal+ réalisé en novembre le confirme: 67% des Français seraient hostiles au renvoi ou à la démission de Rama Yade, soit 73% des CSP +, 69% des CSP–, 62% des partisans de l’UMP et 73% de ceux de gauche.
«Ce qui est exceptionnel, c’est ce soutien qu’elle trouve à gauche, insiste Jean-Marc Lech. Elle est en troisième position, avec 63% de bonnes opinions, derrière Delanoë et Strauss-Kahn.» Elle est cinquième chez les proches de l’UMP, avec 69% de bonnes opinions. Carton plein! Sa cote au Modem, chez les Verts et à gauche la propulse également au premier rang des personnalités que les Français souhaitent voir jouer un rôle important à l’avenir (45%), à égalité avec Dominique Strauss-Kahn (46%) selon le Baromètre Figaro magazine-TNS Sofres-Logica de décembre 2009.
Pourquoi cette passion pour cette jeune secrétaire d’Etat de 33 ans? «Parce qu’elle est jeune, justement, estime Carine Marcé, directrice associée de TNS Sofres. Les Français sont fatigués d’une classe politique qui ne se renouvelle pas. La victoire de Barack Obama aux États-Unis a relancé en France cette question de l’émergence d’une nouvelle génération de politiques.» 
«C’est aussi une très belle femme, noire, issue de l’immigration, intelligente, avec une réussite exemplaire et une liberté de ton respectueuse mais ferme, rappelle Jérôme Fourquet, directeur adjoint du département opinion de l’Ifop. N’oublions pas que le casting a été fait par Nicolas Sarkozy pour que ça plaise!» Jean-Marc Lech a toujours la bonne formule: «Rama Yade c’est le bouquet des fantasmes. C’est une surface projective pour tous.»
À l’heure du story-telling, son histoire est une pépite. Née au Sénégal d’un père diplomate et conseiller particulier du président Léopold Senghor et d’une mère professeur, elle se retrouve à 14 ans en HLM avec ses sœurs et sa mère, devenue femme de ménage, quand, installés depuis peu en France, ses parents se séparent. Et à 31 ans… la voilà ministre!
Rama Yade, naturalisée française, pur produit de la méritocratie républicaine symbolise la réussite de l’intégration. «Elle est l’alliage de la France d’hier et de demain, l’image d’une France réconciliée», note Jean-Christophe Alquier, directeur général de l’agence Harrison&Wolf.

Popularité d'image

«Et puis, c’est celle qui dit non à Nicolas Sarkozy, celle qui tient tête, rappelle Gaël Sliman, directeur général adjoint de BVA. Face à un hyperprésident, le bon facteur de succès à droite et le seul moyen d’exister, c’est de s’opposer ponctuellement sur des sujets symboliquement importants sans trahir son camp.» Et dans ce rôle, Rama Yade est parfaite et quasi seule, alors que domine au château un phénomène de cour… «Son exercice de l’insolence à dose mesurée est payant, observe Serge July, éditorialiste à RTL. C’est la mouche du coche qui met un peu de liberté dans la camisole gouvernementale.»

Pour Manuel Lagny, président de l’agence corporate Meanings, «l’identité de la France, c’est la force au service du droit et de la justice. En osant s’exprimer dans un système qui semble verrouillé, Rama Yade incarne une forme de liberté qui résonne dans l’imaginaire et l’idéal romantique des Français.» Jean-Christophe Alquier en sourit: «C’est vrai, on aime voir dans nos politiques les reflets de nos  propres mythes, la rébellion, l’universalisme, les droits de l’homme.»
C’est pourquoi Rama Yade bénéficie d’une «popularité exclusivement d’image, pointe Arnaud Dupui-Castérès, président du cabinet de consulting Vae Solis. Parce que l’image qu’elle projette est en phase avec l’opinion, et ses attentes de modernité, de jeunesse, de réussite et de rébellion face à la crise.»  
Cette stratégie de posture (la benjamine qui dit non!) sans positionnement de fond ne devrait pas trouver d'écho dans l’opinion. «Pourtant, elle entre en résonance avec les Français qui s’amusent de la voir narguer le président car eux-mêmes ne croient plus à la classe politique, analyse Nina Mitz, présidente du cabinet de conseil Financial Dynamics. Elle n’a pas de projet, mais ce n’est plus un handicap, les Français lui font crédit.»«Rama Yade fait partie de la génération des enfants d’immigrés qui sort de l’image misérabiliste. Et en soi, c’est un vrai porte-drapeau, salue Hakim Lel Karoui, directeur à la banque Rothschild et président du Club XXIe siècle sur la diversité. Mais pour construire son avenir politique elle devra prendre le risque de l’impopularité. Car aujourd’hui, elle est populaire parce qu’elle n’est pas perçue comme une politique ayant une stratégie personnelle. Les Français manquent de lucidité en la croyant rebelle. Mais l’époque a besoin de rébellion (même fausse) et de projection. Et Rama Yade en est l’incarnation.» Rebel without a cause, c’est le nom de sa marionnette aux Guignols





 

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