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Medias

Jolis feux de paille

17/12/2009 - par Amaury de Rochegonde

Alimentée par le Web et la vidéo en ligne, l'actualité est rythmée depuis l'été par d'incessantes polémiques. Ce n'est plus Nicolas Sarkozy qui tient l'agenda médiatique…

Vous reprendrez bien un peu de polémique ? Depuis cet été, il ne se passe plus une semaine sans que les médias reprennent de concert la dernière controverse en vogue. Après Luc Chatel et ses figurants à Intermarché, les Français ont eu droit à la vidéo de Brice Hortefeux, à l'affaire Frédéric Mitterrand, au scandale Jean Sarkozy, à la rupture Royal-Peillon, au coup de gueule de Pierre Bergé contre le Téléthon, à la main de Thierry Henry et aux émoluments de Domenech… «Il y a une telle personnalisation qu'il suffit souvent de citer un nom pour résumer la polémique, souligne Luc Chatel, coauteur avec Philippe Merlant de La Faillite d'un contre-pouvoir (Fayard). Des polémiques qui s'éteignent très vite et où les commentaires sont plus importants que les faits. Leur succession témoigne de la disparition du temps long dans les médias.»

Point commun de ces controverses : elles trouvent souvent un large écho car elles sont alimentées par les communautés sur Internet et la vidéo en ligne. Et les médias courent derrière… Seulement, une fois passée la polémique, que reste-t-il ?

«C'est ce que Daniel Schneidermann appelle le scandale jetable, explique David Abiker, journaliste à France Info et ancien du site Arrêt sur image. Pourtant, les propos de Pierre Bergé, qui interroge sur la collecte de fonds et la compassion, laisseront des traces. Le Web peut donner de la résonnance, mais il permet aussi de revenir sur un sujet où les médias n'ont pas assez creusé. Y aurait-il eu un scandale Jean Sarkozy à l'Epad s'il n'y avait pas eu une pétition collectant 45 000 clics en trois jours ?» Ce spécialiste du Net, à l'origine de l'interviewe de Pierre Bergé, estime que le buzz n'est en rien l'apanage de la blogosphère. «Les journaux professionnels en ligne sont de plus en en plus imprégnés de culture Web, complète-t-il. Ils savent attraper les sujets qui font polémique, connaissent très bien les remugles de la toile…» Pour lui, c'est sans doute cette adaptation des médias à la réactivité d'Internet qui crée ce sentiment de vivre de façon permanente dans la controverse.

Fin de la «gouvernance médiatique»

Pour Denis Muzet, président de l'institut Médiascopie, l'effervescence polémique s'explique aussi par le fait que, depuis l'automne 2008, Nicolas Sarkozy ne maîtrise plus l'agenda médiatique. «Notre écosystème médiatique a été altéré par la crise, explique-t-il. Depuis novembre 2008, on constate que les discours du président ne laissent plus de trace dans l'opinion. L'effet disparaît presque aussitôt. Sarkozy est noyé dans un bruit de fond médiatique où sa communication, hyperactive en temps de paix, devient contreproductive en temps de guerre.» D'où, selon ce sociologue de la consommation médias, un émiettement de l'actualité: «La crise a pour effet de renforcer considérablement la “mal info”, soutient-il. Il y a une accélération des particules d'information.»

Pour Denis Muzet, la fin du «télé-président», consécutive à l'arrêt de la présidence française de l'Union européenne, a donc signé l'acte de décès d'une «gouvernance médiatique». «Les grandes autorités du discours n'arrivent plus à émettre de balises, précise-t-il. Il n'y a plus de parole totémique. D'où le sentiment que plus personne ne contrôle plus rien et, dans un contexte de perte de sens, un terrain propice à tous les hold-up sur le sens. Il suffit qu'un petit malin allume une mèche et tous les projecteurs se braquent dessus.»

Difficile, enfin, d'expliquer le succès des polémiques sans ce que Denis Muzet appelle le «syndrome du référendum». En gros, les médias traditionnels sont contraints de se positionner par rapport à «un Net qui s'institue en lieu de contre récit d'où surgirait la vérité». L'emportent alors, d'après lui, le panurgisme, par peur d'être en retard sur la controverse, le traitement superficiel du discours et une «lecture psychologisante». Faut-il regretter, pour autant, l'époque où Nicolas Sarkozy était notre rédacteur en chef à tous ?

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