Vous êtes ici

Pour bénéficier des alertes ou des favoris, vous devez vous identifier sur le site :

Vous avez déjà un identifiant sur stratégies.fr ? Identifiez-vous

Pas encore d'identifiant ? Créez vos identifiants

Boulevard du crime

17/12/2009 - par Delphine Le Goff

Le fait-divers a longtemps été méprisé. Aujourd’hui, le genre a perdu de son aura sulfureuse et fait un hold-up sur les audiences TV.

Il a eu un moment d'hésitation avant d'enfiler le mythique trois-quarts en cuir, il y a dix ans… Christophe Hondelatte, présentateur de l'émission culte de France 2 Faites entrer l'accusé, se souvient: «En 1999, le fait-divers s'attirait les foudres de la presse bien-pensante». Aujourd'hui, le programme réalise entre 20 et 22% de part de marché le dimanche en deuxième partie de soirée, et fait partie de ceux, rares en ces temps de fragmentation des audiences, dont on parle le lundi devant la machine à café.

Une décennie plus tard, plus une chaîne sans son émission de «faits-div'»: Faits-divers,le mag sur France 3, Coupable, non coupable sur M6, Enquêtes criminelles sur W9, Faites entrer l'accusé et Non Élucidé sur France 2, etc. «Les composantes sont toujours les mêmes: du sang, du sperme, des larmes, remarque Ionut Teianu, rédacteur en chef de Faits-divers, le mag. C'est le traitement qui change tout : De sang froid, de Truman Capote, ce n'est rien d'autre qu'un fait-divers…»

Les faits-diversiers ont longtemps été fustigés comme des «tueurs» sans foi ni loi, avec des mercenaires comme Jean Ker (Paris Match) et Gilles Ouaki (France-Soir). Notamment à l'époque de l'affaire du petit Grégory, où les journalistes avaient été accusés de toutes les dérives.

«Les faits-diversiers ne sont plus aussi voyous qu'à l'époque, où l'on n'hésitait pas à voler des photos chez les familles des victimes, constate Dominique Rizet, grand reporter au Figaro magazine, cocréateur de Faites entrer l'accusé.Aujourd'hui, les jeunes journalistes sont mieux formés et savent que, même si c'est un bon coup de décrocher une interview exclusive de Jean-Paul Treiber en cavale, cela implique aussi de participer à quelque chose de délictuel.»

Famille, jalousie et héritage, le tiercé gagnant

Si les émissions spécialisées se multiplient, c'est aussi parce que la justice est «moins repliée sur elle-même, remarque Jean-Marie Goix, rédacteur en chef de Coupable, non coupable (M6). Nous tentons de fournir aux téléspectateurs les mêmes éléments qu'aux jurés, notamment la fameuse OMA, ordonnance de mise en accusation.»«Les justiciables eux-mêmes ignorent tout de la justice, estime Ionut Teianu. Nombre d'entre eux appellent le président de la cour d'assises "Votre Honneur", comme dans les séries américaines, car c'est tout ce qu'ils connaissent.»

L'affaire des affaires? Celle du petit Grégory, «qui cartonne à chaque fois, comme toutes les histoires de famille, de jalousie et d'héritage», remarque Jean-Marie Goix. «Les procès d'assises jugent 70% de viols et 30% de crimes, dont la moitié sont passionnels, souligne Ionut Teianu. Ce sont ces derniers qui parlent le plus aux téléspectateurs. Ces limites, chacun pourrait les franchir. Alors qu'il n'est pas certain qu'un tueur en série comme Michel Fourniret sommeille en chacun d'entre nous.»

Si le fait-divers a regagné une respectabilité, il n'en reste pas moins un exercice journalistique à part. Et le fait-diversier cynique, qui parle de rapports de médecin légiste comme il évoquerait un match de foot, appartient davantage à la fiction qu'à la réalité.

Dominique Rizet a débuté en 1981 et n'est toujours pas blasé. «Au départ, on se dit: pourvu que les parents de la victime m'ouvrent leur porte, raconte-t-il. Puis l'on se dit: pourvu que je ne m'attache pas trop à ces personnes… J'ai couvert l'affaire du sang contaminé du début à la fin, me suis lié d'amitié avec la famille de deux petites victimes, et les ai vu mourir. Cette affaire, j'ai encore du mal à en parler aujourd'hui. Ce sont des enquêtes dont on ne sort pas indemne.»

Envoyer par mail un article

Boulevard du crime

Séparer les adresses par des virgules
M’envoyer une copie par e-mail
Email this Article

Thank you for your interest in spreading the word about Stratégies.

NOTE: We only request your email address so that the person you are recommending the page to knows that you wanted them to see it, and that it is not junk mail. We do not capture any email address.