
11/02/2010 - Sans attendre la reprise, les marques ont d’ores et déjà adopté un discours publicitaire fondé sur la simplicité, les usages, le bonheur et un engagement solidaire et écoresponsable… Revue de tendances avec l’étude annuelle de Kantar Media.
Après la crise, la reprise? Ne nous réjouissons pas trop vite, tempère l'institut Kantar Media. «Il règne une sorte de tabou autour du mot "reprise", que personne n'ose vraiment prononcer», souligne Françoise Hernaez-Fourrier, directrice du planning stratégique, en préambule de l'étude sur les tendances créatives de la communication que publie l'institut chaque année.
Premier constat pour 2009: «Les marques ont su réagir très rapidement et ont adapté leur discours de communication tout au long de l'année», souligne Françoise Hernaez-Fourrier. S'appuyant sur quelques grandes tendances sociétales (exigence de transparence, soif d'authenticité, besoin de fraternité, prise de conscience environnementale), Kantar Media a pointé quatre grandes tendances de communication.
La première, déjà identifiée l'an passé, concerne des marques et des institutions qui «se recentrent sur l'essentiel, avec une certaine humilité», résume Françoise Hernaez-Fourrier. Par l'essentiel, on entend des produits fonctionnels, dont l'usage et le sens comptent plus que le look. Si l'on en croit un sondage Ifop (paru dans le Journal du dimanche du 2 septembre 2009), 68% des Français estiment que les produits sont trop sophistiqués et ne répondent pas à leurs besoins.
Positiver à marche forcée
Message reçu côté marques. Quel que soit le secteur, les campagnes ont misé sur la simplicité. Dans la distribution, le minimalisme fait foi: «Ne prenez que le meilleur» (Marques Repères d'E.Leclerc), «Dépenser, c'est dépassé» (Leader Price). Un discours qui touche aussi les énergéticiens («Les Bonnes combines» de Primagaz) ou l'automobile («Tout simple et tout simplement génial» pour la Fiat 500 CC). Les packagings, eux aussi, sont épurés, comme le dentifrice sans emballage d'E.Leclerc. Ce vent de simplicité n'épargne pas le luxe. Par exemple la «pureté glacée» revendiquée par les dernières campagnes Hermès, la sobriété de Nespresso ou Louis Vuitton. Dans l'International Herald Tribune de février 2009, Karl Lagerfeld parle d'ailleurs de «nouvelle modestie»…
Seconde tendance de fond : un positivisme forcené. «Il touche tous les secteurs et compte balayer les inquiétudes des consommateurs après une décennie de défiance et une année de morosité», explique Françoise Hernaez-Fourrier. D'où un déferlement de couleurs dans les collections ou les produits, et un curieux baby-boom constaté chez Evian, Renault, Club Med – le bébé restant l'emblème suprême de l'optimisme. Les gestes écologiques, eux aussi, sont présentés sous un jour positif (Max Havelaar, Tetra Pak, etc.). Et quand Carrefour célèbre le retour du positif, BMW ne fabrique plus des voitures mais «crée de la joie» et Fiat promet «le bonheur en VO». Une «valeur bonheur» en très forte hausse (lire ci-dessous).
Après l'annus horribilis 2009, le bonheur est «la» valeur en hausse. Si l'on suivait le rapport de la commission Stiglitz, remis par le Prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz en septembre dernier, le «Bonheur national brut» (BNB) pourrait devenir une mesure aussi importante que le produit national brut (PNB).
Les marques n'ont pas attendu le rapport Stiglitz pour surfer allègrement sur la valeur bonheur. «La crise a changé la donne, et le déferlement médiatique sur ce thème a réussi à créer une paranoïa mondiale. Du coup, les annonceurs nous réclament aujourd'hui d'être des antidépresseurs», décrypte Éric Briones, directeur du planning stratégique de Publicis & Nous.
Pas de mal à se faire du bien
En novembre dernier, son comparse Thomas Mondo, également planneur stratégique chez Publicis & Nous, a consacré une chronique dans GQ à cette vague de bonheur déferlant dans la pub, ironisant sur cette «vieille ficelle». Ainsi «Le Bonheur si je veux» du Club Med, devenue une philosophie d'entreprise depuis les années 80. Ou encore Nutella et son «Chaque jour, c'est du bonheur à tartiner», MMA et son «Zéro tracas, zéro bla-bla, le bonheur assuré» et Babybel et son «360° de bonheur».
Coca-Cola, créateur de la «Happiness Factory», va plus loin encore. La firme vient de publier la toute première édition du Happiness Barometer, un sondage exclusif réalisé par l'institut CSA dans sept pays européens. Il en ressort que 86% des Européens (et 96% des 15-19 ans) s'estiment plutôt heureux malgré la crise. Méthode Coué? Après tout, il n'y pas de mal à se faire du bien, diront certains. Les fâcheux, eux, pointeront peut-être une bonne grosse arrière-pensée mercantile: «Bien dans sa tête, bien dans son portefeuille…»
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Kantar Media, Françoise Hernaez Fourrier