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Société

Voyage en polyamour

26/07/2019 - par Marie-Caroline Royet

Les nouvelles générations brisent les tabous et se lancent dans des expérimentations. En plus de remettre au goût du jour certains modèles, elles créent de nouvelles «couplicités». Les marques tentent de s’en emparer.

1+1 ne vaut plus deux. De nos jours, définir son orientation sexuelle n’est plus aussi simple. La binarité des relations, homosexuelles et hétérosexuelles, n’est plus la norme. C’est bien connu, les jeunes générations n’en font qu’à leur tête. Elles recherchent une fluidité dans les genres – la fameuse « gender fluidity ». « Les générations Y et Z sont beaucoup plus décomplexées, tout est un jeu. Elles carburent aux likes et aux hates, elles n’ont jamais été aussi connectées et dans le même temps partagent un sentiment de solitude. Ce sont de grandes romantiques qui se jouent des codes traditionnels », analyse Vincent Grégoire, directeur de création du cabinet de tendance Nelly Rodi.

Affectifs et/ou sexuels

En témoigne l’élargissement de l’onglet « orientation » sur l’application de rencontre Tinder. Dans les pays anglo-saxons, cette option permet désormais aux utilisateurs de sélectionner jusqu’à trois entrées. Il était temps ! Hétérosexuel, gay, lesbienne, bisexuel, queer, asexuel [une personne qui ne ressent pas de désir sexuel], demisexuel [qui n’éprouve aucune attirance sexuelle hors d’une relation proche], pansexuel [qui peut être attiré par un individu de n’importe quel sexe ou genre] et questioning [qui se questionne encore sur sa sexualité] : le champ lexical se réinvente et témoigne de cette diversité renaissante. « Le mot important reste “fluidité”. Il vient casser les frontières pour en créer des plus floues. Certes, ce sont d’innombrables étiquettes créées mais qui, à la fin, démontrent une certaine ouverture. Elles correspondent aussi aux phases de la vie », rapporte Vincent Grégoire.

Qui n’a jamais entendu au détour d’une conversation, une anecdote ou une expérience rapportée du polyamour ? Ce concept revient souvent dans la bouche des jeunes générations. Même si aucune étude quantitative ne donne pour le moment de chiffres exacts quant au nombre de pratiquants, on constate un éclatement des modèles. Comme son préfixe l’indique, le polyamour consiste à avoir plusieurs partenaires affectifs et/ou sexuels. Plus compliqué que la chanson de Joséphine Baker J’ai deux amours… Il existe un nombre pluriel de polyamours. « On retrouve les polybataires [contraction des termes polyamour et célibataire] ; le couple libre à deux ; les solopoly [plusieurs partenaires sans vivre avec] ; les polyamours intellectuels ; sexuels… Personnellement, je suis polyamour double, c’est-à-dire que je me limite à deux personnes car cela demande beaucoup d’investissement et surtout de l’organisation », explique la journaliste de Slate Lucile Bellan, auteure d’Aimer c’est compliqué. Conscients de la complexité de leur mode de vie, les polyamoureux deviennent des pros du Doodle (site web de planification). Un ménage à trois, quatre, cinq… qui semble séduire. « Il y a actuellement 130 000 divorces par an en France. Nous savons aussi que si le mariage traditionnel échoue, la plupart des partenaires, après s’être quittés, vont reconstruire exactement les mêmes schémas ailleurs, sans tirer les conséquences de leurs erreurs passées. Face à l’échec du mariage dans notre société, le polyamour incarne l’une des alternatives propices à l’amour généreux et respectueux », témoigne Magali Croset-Calisto, sexologue et auteure de Fragments d’un discours polyamoureux.

Du cinéma aux podcasts

Pourtant ce terme existe depuis des siècles. Théorisé par Alexandra Kollontaï sous le nom « d’amour-camaraderie » en 1920 puis dans l’essai Aimer plusieurs hommes de Françoise Simpère, le polyamour est mis en scène pour la première fois dans le film de François Truffaut Jules et Jim, adapté du roman d’Henri-Pierre Roché. Mais les grands modèles restent Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, leur « amour nécessaire » et leurs « amours contingentes ». « Les millennials ne veulent plus croire à ces règles ancestrales, ils cassent les codes mais continuent de se poser des questions sur l’amour idéal », analyse la journaliste. Le polyamour a le vent en poupe et l’industrie du cinéma l’a bien compris : Vicky Cristina Barcelona, Toi, moi et elle et plus récemment la série Netflix Wanderlust ont adapté cette théorie même si elle ne se limite pour l’instant qu’au trouple. Les livres et les podcasts spécialisés sur le sujet, eux, explorent les amours plurielles. Une manière d’éduquer – salvatrice étant donné la stigmatisation des pratiquants. « Libertin », « infidèle », « plan cul »… « Quand 50 Nuances de Grey est sorti, il a fallu rétablir la vérité sur le BDSM qui implique le consentement, contrairement à ce qui est montré dans cette saga. Il en va de même pour le polyamour », rétablit Lucile Bellan.

Pour les plus aisés

De nouveaux modèles également adaptés en entreprise. Comme dans l’agence de publicité américaine Rothco, filiale d’Accenture Interactive. N’y voyez pas de gang bang généralisé mais plus un travail d’équipe pratiqué à l’horizontal où la flexibilité remplace la position du missionnaire. «C’est une récupération un peu étrange, mais le procédé est susceptible de générer moins d’inégalités hiérarchiques entre les hommes et les femmes », réfléchit Lucile Bellan. Elle-même a été approchée par la mutuelle étudiante Heyme pour réaliser une vidéo expliquant le terme de polyamour.

Le phénomène est néanmoins à nuancer puisqu’il ne « prend » pour l’instant qu’au sein des classes aisées. Une ancienne « pratique d’élite » sous le prisme du mari, de sa femme et de sa maîtresse ? Dans les schémas de pensée, la non-monogamie est quasiment inexistante, en dehors de l’infidélité. En revanche, dans le cas des polyamoureux, entre en compte le consentement des partenaires. Une manière honnête d’avoir plus qu’un amant…

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