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Les urbains se mettent au vert

09/09/2004

Anecdotique hier, l'engouement des citadins pour les verts pâturages est devenu un phénomène de société.

Dans ville, il y a vie », scande une enseigne de supermarché urbain. Dans le langage publicitaire, on a le sens de la formule. Et le don, parfois, de condenser les aspirations d'une société. Le slogan de Monoprix vise certes à renforcer le positionnement de la marque sur sa capacité à améliorer la qualité de vie dans les centres urbains, mais il dénonce aussi, a contrario, ce qui rend la ville invivable. Pour bon nombre de citadins, il semble en effet qu'il y ait plus de vie à la campagne qu'à Levallois-Perret. Durant ces cinq dernières années, plus de deux millions de Français ont quitté la ville pour s'installer dans des communes de moins de 2 000 habitants. Le cercle devrait encore s'élargir : 2,4 millions d'autres néo-ruraux sont attendus dans nos campagnes d'ici à 2008. Un boom démographique sans précédent : au cours des années quatre-vingt-dix, le mouvement migratoire s'est limité à 247 000 installations, selon l'Insee. L'engouement actuel des citadins pour la campagne est corroboré par les statistiques des communes rurales, qui affichent désormais à plus de 60 % un solde migratoire positif. La Délégation à l'aménagement du territoire et à l'action régionale (Datar), pourtant peu prompte à l'emphase, va elle-même jusqu'à parler de« phénomène de société ».

Une utopie toujours fascinante

Le sujet est devenu un marronnier dans les médias, et ce d'autant qu'il charrie toutes sortes de fantasmes. Quelle famille n'a pas dans ses rangs son quota de néoruralité, son couple avec enfants qui part se mettre au vert, une maison d'hôtes ou une ferme pédagogique en projet ? Le rêve du retour à la terre continue de fasciner, mais il reste une utopie. En réalité, si le sujet passionne toujours autant, c'est qu'il renferme un concentré des crispations contemporaines : pollution, stress au travail, « malbouffe », perte de sens, déliquescence du lien social, etc. La ville est devenue synonyme de mal-être. Il suffit, pour s'en convaincre, de voir les mines défaites des Franciliens dans les transports en commun. Résultat : 42 % des habitants des villes de plus de 100 000 habitants espèrent pouvoir un jour s'installer à la campagne (sondage Ipsos de mai 2003 pour le conseil général du Limousin) et 18 % ont même déjà planifié le calendrier de leurs démarches pour y parvenir.

On sait tout, ou à peu près, des raisons qui conduisent les citadins à fuir la ville : recherche d'un meilleur cadre de vie, moins stressant, moins cher et moins pollué, en même temps qu'un épanouissement dans les sphères personnelle, familiale et professionnelle. Sur ce dernier point, au moins, les situations ne sont pas si idéales qu'on veut bien le dire. L'essor du télétravail ou le développement du réseau TGV ont certes permis à un certain nombre de candidats au départ de sauter le pas en continuant à travailler dans les villes. La SNCF comptabilise ainsi quotidiennement 40 000 « navetteurs » qui prennent le train (hors TGV), dont 15 000 « grands navetteurs » pour des trajets de plus de 150 km, et 3 500 qui montent dans les rames à grande vitesse pour se rendre à Paris. Mais l'envolée des dépenses de transport et la fatigue engendrée par des heures de trajet quotidien ont eu parfois raison des plus courageux.

D'autres problèmes surgissent. En arrivant en rase campagne, dans des collectivités de quelques centaines d'âmes, outre le fait que les prix de l'immobilier ont tendance à flamber, les néoruraux débarquent avec des normes d'action et de dialogue typiquement urbaines. Certains d'entre eux déchantent. Et leurs habitudes de consommation vont jusqu'à procurer des cauchemars aux ruraux traditionnels. Interrogés sur les risques qui pèsent sur l'intégration des néoruraux, 63 % des maires redoutent des demandes excessives en matière d'équipements et de services. Comme le titrait le numéro d'été deVillage magazine,publication voulant valoriser la vie rurale, il faut apprendre à« construire sa vie à la campagne ».Les difficultés d'adaptation à la vie locale ou d'intégration à sa population sont la cause de près de la moitié des échecs d'installation.

Consommation peu différente

Cependant, d'une manière générale, on constate assez peu de différence de consommation entre les citadins, les néoruraux et leurs cousins restés dans la périphérie des villes, les périurbains. À ceci près que les deux dernières catégories surconsomment les transports et bricolent davantage. À ce sujet, chose amusante, ce sont les habitants des villes qui ont adopté des comportements de consommation appartenant aux néoruraux. L'explosion des marchés du bricolage et de la décoration et, plus largement, de l'aménagement de l'habitat est un phénomène des campagnes que les « bobos » se sont approprié avant d'être à leur tour imités par le quidam des villes.« Les professionnels du marketing ont les yeux rivés sur les tribus urbaines,constate Luc Wise, directeur du planning stratégique de l'agence V.Mais ils ont tendance à oublier que les dépositaires de la modernité n'habitent pas seulement dans les grandes villes ! »

En savoir +

>Développement local : le déménagement des Français, Laurent Davezies, in Futuribles n° 295, mars 2004.

>Paradis verts, Jean-Didier Urbain, Payot.

>« Néoruraux : portrait des citadins venus s'installer à la campagne » : http://www.ipsos.fr/canalipsos/ articles/1126.asp?rubId=1126

>www.insee.fr

>Village magazine : www.village.tm.fr

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