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Les « petits sports » changent les règles du jeu

04/11/2004

Malgré des médailles d'or olympiques cet été à Athènes, la gymnastique, la natation et le canoë-kayak font figure de parents pauvres à la télévision. Pour séduire diffuseurs et sponsors, ils ont décidé de faire évoluer leurs règles.

Cet été, à Athènes, Émilie Le Pennec a décroché la première médaille d'or olympique de la gymnastique française. Pourtant, l'exploit de cette jeune lycéenne de seize ans n'a pas été diffusé en direct par France Télévisions. Difficile de s'imposer sur le petit écran lorsque l'on n'est pas footballeur, ni rugbyman, ni cycliste. L'an passé, les adeptes de ces trois disciplines ont monopolisé près de 60 % du temps d'antenne que les chaînes hertziennes françaises ont consacré au sport. À côté du football, qui cumule plus de 600 heures annuelles de programme, la gymnastique, avec précisément 7 heures et 44 minutes, est réduite à la portion congrue.

Ce constat a fait réagir les dirigeants de cette discipline sportive. Lors de son congrès mondial, les 21, 22 et 23 octobre derniers en Turquie, la Fédération internationale de gymnastique (FIG) a adopté plusieurs réformes, dont les objectifs sont de« rendre la discipline plus attractive »,explique Philippe Silacci, directeur des médias et de la communication de la FIG. Ces modifications doivent notamment agir sur la durée des compétitions, qui peuvent, aujourd'hui, s'étendre sur six heures. Trop long pour la télé ! Sous l'impulsion du président de la FIG, l'Italien Bruno Grandi, la gymnastique va proposer un format plus proche des standards demandés par les chaînes de télévision.« Il faut savoir s'adapter,poursuit Philippe Silacci.Les autres sports le font aussi, et nous sommes tous plus ou moins en concurrence. »

La gymnastique n'est en effet pas le seul sport à simplifier ses règles pour séduire le public et la TV. Le canoë-kayak s'est aussi penché sur la lisibilité de ses compétitions. Ainsi, la finale de la descente en eaux vives se disputait sur une heure par le passé. Désormais, elle ne dure plus qu'un quart d'heure. La discipline a, par ailleurs, déserté les montagnes pour les centres urbains, grâce à la création de parcours nautiques, tels ceux réalisés par Hydrostadium. Cette filiale d'EDF a signé celui des derniers JO et récidivera dans quatre ans à Pékin.« Ce concept permet une large visibilité de la course aux spectateurs et facilite la couverture télé »,explique Francis Gaillard, directeur de la communication de la Fédération française de canoë-kayak. Plus proches des centres urbains, et donc de la population, ces installations sont également de formidables outils de communication auprès du grand public.

Un autre sport nautique a engagé sa mue. La Fédération française de natation (FFN) n'a pas attendu les succès olympiques et médiatiques de Laure Manaudou à Athènes. En 2003, la natation avait bénéficié de 2 heures et 11 minutes d'exposition à la télévision.« Autant dire rien »,déplore Bernard Boullé, directeur marketing au sein de la FFN. Le chantier de rénovation a été engagé il y a deux ans. Déjà, la Fédération a supprimé les championnats de France d'hiver qui doublonnaient avec ceux d'été. Ces derniers sont maintenant placés avant les grandes échéances, championnats d'Europe, du monde ou jeux Olympiques, dont ils constituent des épreuves qualificatives. Résultat : les meilleurs athlètes sont présents et le spectacle est assuré.

Toujours dans l'eau, le water-polo. Ce sport intéresse les chaînes ? Le règlement de son championnat a été simplifié.« Tout cela se réalise en concertation avec les clubs,précise Bernard Boullé.Il s'agit de faire adhérer à un projet des personnes qui ont travaillé d'une certaine manière pendant plusieurs années. »Tout l'art des réformes est justement de ne pas faire n'importe quoi.« Le produit[sic]peut être modifié mais il faut faire attention à ne pas en tuer la substance,avertit Philippe Silacci (FIG).En laissant pénétrer trop profondément le sponsor ou la télévision, il y a un risque de perte d'identité. »

Mille fois moins cher...

Reste que séduire les chaînes de télévision est un objectif affiché. Au dernier Sportel, le marché international des programmes sportifs qui s'est tenu du 11 au 14 octobre à Monaco, la Fédération internationale de gymnastique avait ainsi loué un stand. Proposer de belles images aux chaînes est un autre but. Car pour passer sur le petit écran, les « petits sports médiatiques » doivent le plus souvent produire eux-mêmes leurs images. C'est le cas de la Fédération française de natation, malgré un contrat signé il y a deux ans avec Sport + (Canal +).« Produire nos images, c'est un choix,affirme Bernard Boullé (FFN).Nous avions désiré conserver la maîtrise sur ce point. »Histoire d'avoir un jour la liberté de vendre des directs ou des magazines à une chaîne hertzienne...« Le contrat Sport + est très important pour nous,poursuit-il.Il va notamment nous permettre de relancer un événement international et de diffuser un magazine. »Pour autant, Bernard Boullé ne se fait pas d'illusions quant aux éventuelles recettes liées aux droits TV :« Le seul produit d'appel reste le football. La natation se vend mille fois moins cher que lui. Pourtant, nous n'attirons pas mille fois moins d'audience... »

Le travail de séduction des fédérations s'applique aussi envers les spectateurs. Pour le canoë-kayak, « sortir de l'anonymat » c'est intéresser le grand public. Ainsi, l'instance sportive « habille » ses organisations avec des animations annexes : randonnées VTT, parcours acrobatiques...« Nous mutualisons des événements sportifs,rapporte Francis Gaillard, de la Fédération française de canoë-kayak.Nous sommes des pratiquants de disciplines de plein air. Mais il ne faut pas s'écarter de la manifestation de référence. »

Outre la possibilité d'exposer leur sport à un public le plus large possible, le développement de la couverture télévisuelle permettra aux fédérations de rechercher de nouvelles ressources financières liées au sponsoring. Pour la plupart, le marketing est un exercice relativement récent. La Fédération de internationale de gymnastique espère que ses recettes liées au marketing représenteront, à terme, la moitié de son budget - 8 à 9 millions d'euros sur quatre ans, dont le principal bailleur de fonds reste le Comité international olympique -, contre un tiers aujourd'hui. À la Fédération française de natation, le marketing rapporte 700 000 euros, sur un budget global de 8 millions. Quant au canoë-kayak, les partenariats comptent pour 11 % dans le budget de la Fédération française, qui s'élève à 6,2 millions d'euros.« Cela ne nous met pas dans une situation de dépendance »,se félicite Francis Gaillard, son directeur de la communication. Une pierre dans le jardin du football, un sport - une industrie - dans lequel les droits TV représentent plus de la moitié des ressources des clubs français.

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