Vous êtes ici

Pour bénéficier des alertes ou des favoris, vous devez vous identifier sur le site :

Vous avez déjà un identifiant sur stratégies.fr ? Identifiez-vous

Pas encore d'identifiant ? Créez vos identifiants

Haro sur l'euro !

13/01/2005

En trois ans, l'enthousiasme des Français pour la monnaie unique est retombé. Celle-ci cristallise désormais toutes les inquiétudes.

Flash-back. 1er janvier 2002. C'est le jour J. L'euro déferle sur une bonne partie de l'Europe. Le franc a vécu, les Français peuvent enfin manipuler leur nouvelle monnaie, le symbole le plus éclatant de l'Union européenne pour une majorité d'entre eux. Trois ans plus tard, ont-ils vraiment digéré le passage à l'euro ? Quelle influence la monnaie unique a-t-elle eu sur leurs comportements de consommateurs ? Passée l'euphorie des premiers mois, force est de constater que l'euro ne suscite plus le même engouement.« Avant l'entrée en vigueur de la nouvelle monnaie, les Français étaient parmi les plus intéressés en Europe,se souvient le sociologue Gérard Mermet, auteur du livre annuelFrancoscopie(Larousse).Ils étaient les plus sensibles à la dimension culturelle du projet et pensaient que l'euro allait jouer un rôle dans la construction de l'identité européenne. Optimistes, ils estimaient que le processus d'adaptation serait rapide. Maintenant, ils déchantent. »Selon une enquête Ipsos-Sofinco réalisée début 2004, 56 % des Français déclaraient que l'euro présentait pour eux« plus d'inconvénients que d'avantages »contre 41 % seulement un an plus tôt. Parmi les plus critiques envers la monnaie européenne, les revenus les plus modestes (67 % d'opinion négative) et les personnes agées de plus de 65 ans (63 %).

De fait, l'apprentissage de l'euro semble laborieux. Les derniers coups de sonde ne laissent planer aucun doute : si les Français dépensent en euros, ils pensent encore en francs dans leur immense majorité.« D'évidence, l'apprentissage de la valeur se fait difficilement, les repères sont brouillés. C'est comme si on apprenait une langue étrangère. Il faudra sans doute encore de longues années aux ménages pour s'habituer »,affirme Olivier Géradon de Vera, vice-président d'Iri-Secodip. C'est pourquoi aucune enseigne de la grande distribution ne prend aujourd'hui le risque de supprimer le double affichage des prix. Un service que les clients attendent, selon les hypermarchés. Mais aussi, affirment certains, une béquille qui freine l'appropriation de la monnaie unique.« Il serait temps que les pouvoirs publics frappent un grand coup pour en finir avec cette situation d'entre-deux »,tranche Gérard Mermet.

Bouc émissaire ?

Outre la difficulté à apprivoiser l'euro, les Français ont la désagréable sensation que la monnaie unique a fait grimper les prix et a donc quelque peu entamé leur pouvoir d'achat. Un sentiment qui dure encore, trois ans après la conversion. Selon l'Insee, entre janvier 2000 et novembre 2004, la hausse des prix des produits de grande consommation a été de 11,2 %. Du côté de l'association UFC-Que Choisir, même tendance : le prix d'un panier composé de quarante-sept articles de grande consommation a augmenté de 12,2 % de 2000 à 2004. Une enquête du cabinet Synovate, réalisée en 2004 à la demande de l'Ilec (l'organisme professionnel représentant les groupes industriels de grande consommation en France), montre que pour une écrasante majorité de sondés,« l'euro est responsable de l'augmentation des prix qu'ils perçoivent depuis deux ans ».La monnaie européenne, bouc émissaire du consommateur mécontent ? Oui, selon Dominique de Gramont, délégué général de l'Ilec :« Partout en Europe, les prix montent depuis trois ans. Or, que je sache, le Royaume-Uni ne fait pas partie de la zone euro. L'euro a bon dos ! »Dans un entretien accordé àFrance Soirle 28 décembre dernier, Alain Bazot, président d'UFC-Que Choisir, affirme que« l'euro a révélé la tendance inflationniste, mais n'en a pas été le facteur. L'essentiel repose dans l'inflation de la coopération commerciale »,à savoir les« marges arrière »,cet« argent versé par les industriels à la grande distribution et qui n'est pas réinjecté dans une baisse des prix ».

Effet dévastateur

En fait, les ménages ont été traumatisés par la hausse de certains produits de tous les jours au moment du passage à la monnaie unique. La flambée des tarifs dans la restauration, la réparation automobile ou même les salons de coiffure, pas vraiment justifiée, de même que l'envolée des loyers et des charges, ont eu un effet dévastateur. Car il s'agit de produits à partir desquels le public s'est forgé une opinion sur les prix en général. Maintenant, la majorité des Français est persuadée que les marques et les hypermarchés profitent de la confusion pour faire valser les étiquettes et les manipuler.« L'inflation perçue, c'est-à-dire l'opinion des ménages sur les prix, est supérieure à l'inflation réelle, mesurée par l'Insee,affirme Olivier Géradon de Vera.Les gens vivent dans une sorte d'illusion monétaire. »Selon la direction des études économiques du Crédit agricole, qui a mené une enquête sur le sujet, cette surestimation de l'inflation est« inquiétante »car elle entretiendrait la frilosité du consommateur.« Plusieurs études montrent que le phénomène a eu un impact négatif sur les dépenses de consommation des ménages en volume »,a indiqué l'établissement bancaire lors d'une table ronde organisée par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), en juin 2004.

Hard-discount, promotions et cartes de fidélité

En manque de repères, les Français cèdent aux sirènes du hard-discount. Ces magasins à prix cassés ne se sont jamais aussi bien portés. Ils attirent de nouveaux clients y compris parmi les catégories les plus aisées. C'est un réflexe naturel : comme on a des difficultés à évaluer la valeur des choses, surtout dans la grande consommation où l'offre est pléthorique, on va vers ce qui est réputé le moins cher. L'arrivée de l'euro aurait aussi favorisé, par ricochet, le succès des promotions et des cartes de fidélité lancées récemment par les hypermarchés. Selon l'étude Synovate-Ilec, 71 % des Français en possèdent une aujourd'hui. Persuadés que la monnaie unique a contribué à gonfler les prix,« les consommateurs tentent de récupérer ainsi ce qu'on leur a prétendument extorqué avec le passage à l'euro,explique-t-on à l'Ilec.Parce que l'environnement prix est brouillé, ils cherchent, grâce aux promotions et avantages liés aux cartes de fidélité, à réaliser un maximum d'économies et ils en tiennent compte pour choisir les enseignes qu'ils fréquentent et les marques qu'ils achètent. »

Bref, tout ce passe comme si l'euro, cible facile, cristallisait aujourd'hui l'état de morosité et d'inquiétude des Français. Pour preuve, selon Ipsos,« on constate depuis deux ans une incroyable proximité, tant en niveau qu'en évolution, des opinions relatives à l'euro et au pouvoir d'achat du foyer ».De fait, ces derniers mois, le pessimisme des ménages à l'égard de leur futur niveau de vie s'intensifie au fur et à mesure que leur opinion négative vis-à-vis de la monnaie unique grandit.« L'euro stigmatise et focalise les crispations économiques »,poursuit-on chez Ipsos. Pour Gérard Mermet, c'est un signe, parmi d'autres, que notre société est devenue« mécontemporaine ». « Critiquer l'euro montre notamment l'incapacité des Français à se projeter dans l'avenir »,analyse le sociologue. Autrement dit, mettre la monnaie unique au pilori serait une forme de résistance face à un monde que l'on comprend de moins en moins.

Envoyer par mail un article

Haro sur l'euro !

Séparer les adresses par des virgules
M’envoyer une copie par e-mail
Email this Article

Thank you for your interest in spreading the word about Stratégies.

NOTE: We only request your email address so that the person you are recommending the page to knows that you wanted them to see it, and that it is not junk mail. We do not capture any email address.