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Bonheur obligatoire !

24/02/2005

À l'ère du développement personnel et du « coaching », être heureux devient un impératif. Les médias, dont la presse, se ruent sur ce nouveau « marché ».

Cela serait presque agaçant, à force. À l'occasion de la sortie deMon Ange,le film de Serge Frydman où elle est à l'affiche, l'actrice et chanteuse Vanessa Paradis s'est gargarisée à longueur d'interviews de sa félicité de mère et d'épouse. On lit donc que Vanessa se décrit comme« pourrie-gâtée par la vie »,qu'elle considère comme« une chance de vivre entre Los Angeles et le sud de la France »et qu'avec Johnny Depp, son« amoureux »,ils« font des barbecues, des promenades en famille, gratouillent des chansons »...Tout cela est passionnant, mais quid de la véritable actualité de l'actrice ? Là n'est pas vraiment le sujet. Car les lectrices, loin d'être excédées par ce déballage rose bonbon, en redemandent.« Vanessa Paradis est une fille qui plaît aux filles parce qu'elle a construit sa mythologie : elle sort avec Johnny Depp, icône fantasmatique, elle a deux enfants, mais reste mince et juvénile, dit travailler à son rythme. En bref, le rêve de pas mal d'entre nous »,résume Aude Goullioud, rédactrice en chef adjointe deGlamour,qui a consacré sa couverture à Vanessa Paradis en janvier dernier.« Elle est dans la surreprésentation de son couple comme d'un idéal, même si tout cela reste évidemment très contrôlé. »On est loin des stars au destin tragique qui ont longtemps fasciné les foules. Avoir Vanessa Paradis et son« bonheur d'être mère »en couverture, c'est s'assurer de bonnes ventes.

Vieil argument marketing

Si la sagesse populaire veut que les gens heureux n'aient pas d'histoires, le bonheur et ses déclinaisons - la sérénité, le bien-être - font néanmoins les délices de la presse. Le « Smiley », petit personnage jaune au sourire béat qui, dans les années quatre-vingt, était le porte-étendard des débuts de la house music et de l'ecstasy, revient en une des magazines pour promouvoir ce thème : la couverture duTimedu 17 janvier l'accompagnait du titre « Les sciences du bonheur », tandis queL'Expressdu 31 janvier le faisait plus interrogatif : « Et si on décidait d'avoir le moral ? » Les marques s'y mettent aussi : l'une des meilleures ventes en parfumerie est Happy, de Clinique. Guerlain a quant à lui sorti, l'an passé, Happylogy, tandis que L'Oréal lançait Happy-Derm.

Le bonheur comme argument marketing, le phénomène est pourtant quasiment vieux comme la réclame. Dans sonTraité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations,paru en 1967, le situationniste Raoul Vaneigem notait déjà :« Le visage du bonheur a cessé d'apparaître en filigrane dans les oeuvres d'art et la littérature depuis qu'il s'est multiplié à perte de vue le long des murs et des palissades, offrant à chaque passant particulier l'image universelle où il est invité à se reconnaître. »Mais, près de trente ans plus tard, la pression semble s'être intensifiée.

« Nous traversons une période marquée par l'injonction du bonheur, devenu obligatoire pour tout le monde,constate Franck Oudit, ex-planneur stratégique chez Publicis Conseil, aujourd'hui patron de la société de conseil Consumer to consumer.Mais, d'emblée, il existe un vice de forme : le bonheur, comme l'amour, est un avatar par nature fugace, qui ne s'achète pas. »Il est loin le temps où il était de bon ton d'arborer une mine élégamment désespérée et où une attitude ultrapositive rangeait d'emblée dans la catégorie boy-scout. À l'ère des coachs et du développement personnel, ceux qui n'affichent pas une sérénité à toute épreuve sont considérés comme des perdants. Certains, comme le philosophe et journaliste Roger-Pol Droit, n'hésitent pas à s'insurger contre cette nouvelle idéologie, jugée quasi totalitaire (lire l'entretien ci-contre).

Une échappatoire ?

La publicité, à son tour, semble sous cure de Prozac.« Il y a quelques années, il était branché et chic de réaliser des images sépia un peu tristes. Aujourd'hui, dans l'iconographie publicitaire, on revient à des choses plus gaies »,souligne Henri Blanc, planneur stratégique chez Leo Burnett. Le désir d'échapper à une époque déjà assez déprimante comme cela y est sans doute pour quelque chose. Peut-être aussi que, surconsommation oblige, l'achat de biens n'est plus une promesse de félicité suffisante, comme le souligne Franck Oudit :« On se retrouve dans cette surenchère parce qu'à vrai dire, il reste aujourd'hui assez peu d'actes de consommation qui font encore rêver. Une belle voiture, une résidence secondaire, peut-être. Mais personne ne fond en larmes en achetant un ordinateur à la Fnac ! »Le bonheur est certainement ailleurs...

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