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Le grignotage entame le marché de l'alimentation

14/04/2005

Sucré ou salé, le « snacking » connaît un succès grandissant en Europe. Les marques ne s'y trompent pas, qui multiplient les petites portions dans les rayonnages. Un développement qui va à contre-courant de la tendance nutri-santé.

S'il a appris à composer avec un rythme de vie en mode accéléré, l'Homo erectus version 2005 refuse toute concession en matière culinaire : oui au pratique, seulement si c'est bon ! »Le communiqué de presse des nouveaux Snack de Blini, associant des mini gressins (petits pains fins d'origine italienne) et deux sauces dans une petite boîte nomade, tape en plein dans le mille. Les Français à 92 % déclarent en effet être adeptes du « snacking », ou grignotage, et 25 % des dépenses alimentaires dans l'Hexagone y sont consacrées. Un marché en forte progression, avec plus de 5 % de hausse en valeur, soit 3 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2003 (source Ipsos). En Europe, les prises alimentaires en dehors des repas représentent 20 % des apports énergétiques totaux et 3,2 millions de tonnes de produits de snacking sont consommés par an.

Vous avez dit snacking ? Publicitaires comme industriels s'accordent pour nommer ainsi toute consommation intentionnelle et anticipée d'aliments, avec ou sans faim. C'est par le bon vieux goûter que le grignotage a commencé son ascension. Aujourd'hui, le concept a dépassé ce stade et constitue une véritable tendance alimentaire. Le mot snacking cède d'ailleurs du terrain à un synonyme non moins anglais mais nettement plus tendance : le « finger food ».

À emporter partout... surtout devant la télé

On mange différemment aujourd'hui, pour des raisons essentiellement sociales. Les journées sont plus remplies, les femmes sont entrées dans la vie active et les familles traditionnelles se déstructurent.« Les repas ne correspondent plus à des rendez-vous familiaux, à heure fixe »,commente Vincent Garel, directeur des stratégies chez TBWA Paris, agence qui travaille notamment pour des marques concernées par le phénomène, comme McDonald's, Amora ou Harry's.« Le temps de préparation moyen d'un repas est désormais d'environ un quart d'heure. On a assisté à un découplage de l'alimentation entre les différents membres de la famille en fonction de l'âge ou même du sexe. Plus personne ne mange la même chose. Tout cela a favorisé et continue d'accroître la demande snacking. »

Le phénomène a également été largement alimenté par les fabricants.« L'offre de snacking, qui a connu une réelle accélération depuis 2000, peut être aussi attribuée à un facteur artificiel, purement économique : la nécessité pour les marques de se distinguer face à la pression du hard discount et de la grande distribution sur les produits alimentaires de base. Elles ont été obligées d'innover pour subsister. Les produits à emporter offrent une bien meilleure profitabilité »,note Vincent Garel.

Pourtant, l'argument « emportez-le partout » de nombreuses marques à propos des produits snacking n'est souvent qu'un prétexte à l'achat, si l'on en croit les chiffres d'une étude Ipsos Observer. Le taux de pénétration de ces produits à domicile est en effet de 75 % (et 63 % devant la télévision !).« Paradoxalement, c'est davantage à un nomadisme de la nourriture qu'à celui de la personne que l'on assiste. Le snack prépare, remplace ou complète un des repas de la journée »,analyse Catherine Gaignier, chef de projet au Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Credoc). La communication du snacking l'associe d'ailleurs souvent à un produit énergétique, donc utile.

Dans la famille snacking, le sucré est le grand vainqueur, avec des dépenses deux fois plus importantes que pour le salé. Les barres chocolatées, comme les « deux doigts coupe-faim » de Finger, grandes concurrentes des barres énergétiques, avaient ouvert la voie. Les pâtes à tartiner ont à leur tour creusé ce sillon en transformant, comme Nutella, leur packaging pour y accueillir des bâtons à croquer. On a vu aussi les yaourts s'associer à des portions de céréales. Aujourd'hui, le Petit encas de Jockey connaît son heure de gloire.

Mais le snacking salé n'est pas en reste. Il est même dynamique et connaît un nombre important d'innovations produits. Les Apéricubes ont pris en 2005 la forme de trèfles à trois feuilles : ce sont les Folifrais à saucer. L'apéritif reste le moment privilégié des snacks salés, mais ils sont de plus en plus conçus pour être mangés entre les repas. Le marché des traiteurs libres-services est d'ailleurs en nette progression, à l'image des Daily Monop. L'enseigne propose une entrée du magasin consacrée au snacking. On y trouve des produits d'impulsion et de nombreux conditionnements individuels. Les snacks laitiers comme les P'tits Louis marchent très fort auprès des enfants.

Cher, mais pas gaspillé

Sur ce marché salé, les industriels redoublent de créativité avec des conditionnements inspirés de la confiserie de poche. Les minisaucissons de Justin Bridou, les kits repas intégrant des couverts dans le packaging, les portions avec sauces ou encore les minigourdes fromagères Acrobat Président en sont de bons exemples. Nombre de marques jouent sur le côté ludique pour séduire les enfants, sensibles aux conditionnements « mini » qui rompent avec les formats classiques. Quant aux mères de famille, elles préfèrent un produit à prix élevé, mais pratique et sans perte car emballé individuellement, à un paquet économique, à demi-consommé et qu'il faudra jeter.

Reste que le développement du snacking ne coïncide pas vraiment avec la montée des préoccupations de santé publique dans l'opinion.« Cela téléscope les craintes des consommateurs quant à leur alimentation,confirme Vincent Garel, de TBWA Paris.La tendance va dans le sens inverse du courant nutri-santé. Le snacking va même contre les recommandations du plan ministériel santé 2005 qui bannit ce genre d'alimentation. Si le grignotage veut continuer à exister, il doit intégrer cette notion santé. »Certains produits, ciblant les CSP +, ont déjà pris en compte cette donnée santé/bien-être. Les restaurants Cojean, à Paris, ou Foude, au Mans, proposent du snacking gastronomique et équilibré. L'enjeu du secteur consistera à démocratiser cette tendance.

En outre, selon Vincent Garel,« le snacking n'est pas encore devenu un mode d'alimentation légitime. Le discours reste somme toute assez basique. C'est une simple évolution de l'offre classique. Rien à voir par exemple avec la dernière grande révolution alimentaire qu'a été le surgelé. Ce dernier est devenu légitime quand il a réussi à faire comprendre qu'il n'était pas synonyme de démission de la mère de famille. Mais c'est un processus qui prend du temps. »

En savoir +

>www.ipsos.fr

>www.eufic.org (Conseil européen d'information sur l'alimentation)

>www.eurostaf.fr/fr

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