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L'homme moderne se domestique enfin !

15/09/2005

Ménage, courses, cuisine ou éducation des enfants : les hommes mettent de plus en plus la main à la pâte. Alors, après la femme au foyer, l'homme au foyer ?

Maintenant, je sais faire les courses. J'ai aussi appris à cuisiner l'œuf à la coque et les pâtes. » Lorsqu'il s'est séparé de sa femme il y a sept ans, Alain, action- naire de deux sociétés de production et de régie d'espace d'événements et père d'un garçon de trois ans, n'avait jamais préparé un repas de sa vie. Pour son fils, dont il assume la garde quatre jours une semaine sur deux, il a même poussé l'audace jusqu'à franchir le seuil d'une boucherie ! Une caricature ? Pas vraiment. « L'homme traditionnel n'est pas un homme autonome dans l'espace domestique », observe le sociologue Daniel Welzer-Lang, spécialiste de la question masculine et coauteur d'un essai sur Les Hommes entre résistance et changement (éditions Aléas, 2005). « J'ai plein de copains, divorcés comme moi, qui sont largués, y compris avec les enfants », témoigne François, publicitaire et père d'une fille de dix ans. Lui sait désormais faire tourner un lave-linge et lorsqu'il omet d'acheter du ­Fabulon ou du WC Net au supermarché, sa femme de ménage ne manque pas de le lui rappeler par écrit.

Dans un pays qui compte quelque 200 000 séparations par an, les néo­célibataires incarnent une nouvelle race d'hommes au foyer. « Si le prolongement du célibat postconjugal est un moyen de préserver sa liberté, il est aussi l'occasion de digérer les critiques de l'ex-compagne sur ses insuffisances en matière de participation au ménage ou d'éducation des enfants », explique Daniel ­Welzer-Lang.

Le rôle de père est investi

L'alternance de vie favorise l'évolution des comportements. Libérés du regard superviseur de leurs épouses, ces hommes réinvestissent la sphère domestique. Même si le risque existe de tomber sous l'emprise de sa femme de ménage : « La mienne dit que je suis maniaque, mais elle fait absolument ce qu'elle veut ! », confesse Alain. De même, la tentation est grande de laisser des pièces entières de sa maison en friche : « Un jour, je me suis rendu compte que je n'avais pas mis les pieds dans mon salon depuis une semaine », avoue ­François, dont le retour au célibat se solde par une recrudescence de sorties noctambules. On ne se refait pas...

Ces néocélibataires ont au moins le mérite de prendre à cœur leur rôle de père. « Les hommes séparés découvrent un nouveau champ de paternité », confirme Christine Castelain-Meunier, sociologue au CNRS, frappée par l'éclosion des mouvements de défense de la paternité et par le souhait croissant des hommes d'obtenir la garde de leurs enfants. Il y a sept ans, la perspective de gérer son fils une partie de la semaine avait laissé Alain désemparé. Depuis, ce quinquagénaire se sent aussi à l'aise dans les réunions de parents d'élèves que dans les salles d'attente du pédiatre ou de l'ophtalmologue. Alain se révèle un père organisé mais surtout affectueux : « Moi qui n'avais jamais été embrassé par mes parents, je ne me lasse pas de câliner mon garçon. Je suis à la fois un père et une mère », témoigne-t-il. Attendrissant, au point de donner des complexes à l'homme en couple. Qu'on se rassure. Lui aussi s'investit davantage dans l'éducation de ses enfants. « C'est aujourd'hui positif et valorisant de consacrer du temps à sa progéniture », explique Nicolas Riou, à la tête de la société de conseil Brand Value, qui vient de publier Pourquoi mon mec est comme ça, aux éditions Eyrolles. « Un homme qui avoue ne pas savoir changer un bébé ou donner un biberon risque de passer pour un macho », ajoute Christine Castelain-Meunier.

Des différences persistent

La remise en cause des modèles parentaux traditionnels va de pair avec une prise de distance vis-à-vis du monde de l'entreprise. « Face au stress professionnel, l'homme se replie sur son foyer, un espace de vie où il peut sans crainte montrer ses émotions », ­observe Robert Ebgy, l'un des dirigeants du Centre de communication avancée (CCA). De plus, les rituels d'entrée en paternité ont changé. Des réunions de futurs pères, organisées dans les maternités, à l'allongement du congé de paternité, passé en 2002 de trois à onze jours, voire dix-huit dans le cas de naissances multiples (250 000 bénéficiaires la première année), les hommes sont de plus en plus associés à l'arrivée d'un enfant. Il n'empêche. Les différences d'implication persistent entre hommes et femmes. Une étude de la Caisse nationale d'allocations familiales (Cnaf) conduite en 2004 sur les hommes bénéficiaires de l'allocation parentale d'éducation (APE) souligne encore l'écart entre le temps parental consacré par les femmes en couple (deux heures par jour et trois heures lorsqu'elles ont un enfant de moins de trois ans) et celui investi par les hommes (une heure et dix minutes en moyenne). L'inégalité est encore plus frappante concernant les tâches domestiques. Une enquête conduite par Ipsos et la marque LG Electro- ménager en janvier 2005 indique que les femmes y consacrent 16 heures par semaine, contre 6 pour les hommes ! Même si, dans l'idéal conjugal, les couples se veulent égalitaires, il existe encore une nette contradiction entre le discours et la réalité. Les obstacles à la parité domestique sont d'ordre culturel.

Une génération pour adopter d'autres attitudes ?

Dans son livre Les hommes aussi changent, publié en 2004 aux éditions Payot, Daniel Welzer-Lang souligne les différences de pratiques des hommes et des femmes en matière de propreté et de rangement : la femme nettoie de façon préventive, conformément au modèle social de la bonne épouse. L'homme, lui, agit lorsque c'est déjà sale. Dans son rangement, la femme valorise un ordre lisse, de façade, tandis que l'homme s'organise pour que chaque chose soit repérable, y compris dans un amas hétéroclite. L'espace domestique aussi est appréhendé différemment : elle investit la cuisine qui gratifie son rôle de mère nourricière et lui s'isole aux toilettes ! Même lorsque les hommes participent aux corvées ménagères, des bastions réservés aux femmes subsistent, comme le lavage des sols ou l'entretien du linge. « Trop d'hommes se cachent encore derrière la dévirilisation ou la complexité qu'implique le travail domestique », reconnaît Nicolas Riou, qui stigmatise la paresse et l'égoïsme masculins.

Ces faux prétextes, la marque LG les a mis en scène avec beaucoup d'humour dans sa campagne signée par l'agence V : « Un petit pas pour l'homme, un bond pour sa femme. » Mais il ne suffit pas d'accabler les hommes. Les femmes ont aussi leur part de responsabilité dans cette situation inégalitaire. L'enquête Ipsos-LG Electroménager souligne leur attitude paradoxale. Même si elles ont du mal à gérer de front carrière et maison, elles ont surtout du mal à l'avouer et à se départir de la charge mentale de l'organisation de la maison. Il faudra peut-être attendre une génération pour voir se propager de nouvelles attitudes, comme la routinisation (on ne se prend plus la tête) ou l'externalisation des tâches ménagères, repérées par Daniel Welzer-Lang. « Les jeunes ont tendance à désacraliser le domestique », prévient-il.

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