02/02/2006 - Le rythme des collections féminines s'accélère. Les consommatrices sont désorientées... Alors que se tient à Paris le Salon du prêt-à-porter, le cabinet de style Peclers appelle les enseignes à faire une pause et à revoir leur copie.
Ventes en berne, perte d'identité des marques, concurrence féroce, renouvellement effréné des linéaires, consommatrices déroutées... Tandis que s'ouvre à Paris, jeudi 2 février, le Salon du prêt-à-porter, le constat que dresse le cabinet de style Peclers Paris sur le secteur du prêt-à-porter féminin risque de jeter un froid. En marge de la deuxième édition de son cahier de tendances « Chic Easy », un outil stratégique à destination des enseignes textiles publié ces jours-ci, Peclers ne peut que constater que le secteur se porte mal. Et pointe la déprime de la consommatrice de mode. « Les vêtements sont de plus en plus désaisonnalisés et sortis de leur contexte, déplore Juliette Rapinat, directrice générale de Peclers Paris. Auparavant, il y avait deux grosses saisons, et deux passages intermédiaires. Maintenant, sur les portants, on trouve des nouveautés toutes les trois semaines, l'offre est sans cesse renouvelée. » Même les plus convaincues des « fashion victims » ne s'y retrouvent plus.
Créativité et style malmenés
Pour expliquer cette accélération des rotations, on peut avancer la révolution technologique du secteur, ainsi que la professionnalisation marketing du métier, avec des marques qui ont en permanence le doigt sur les chiffres, au détriment de la créativité. Quant à l'accélération du rythme, elle reste assez désordonnée. Au final, souligne Peclers, les enseignes en oublient le style, et s'il n'y a plus de style, il n'y a plus de différences, ce qui conduit à une banalisation des marques.
C'est d'autant plus ennuyeux que les exigences des femmes, elles, ont changé. « Aujourd'hui, constate Juliette Rapinat, elles aspirent à se simplifier la vie, et revendiquent une harmonie complexe de leur garde-robe, entre élégance et décontraction. Pour elles, le style passe avant la mode et les vêtements doivent procurer un équilibre personnel, être tout à la fois fonctionnels et apporter une valeur ajoutée émotionnelle. » Comme dit l'adage, « souvent femme varie » et c'est encore plus vrai aujourd'hui que la consommatrice est devenue « multidimensionnelle ». Dans son cahier « Chic Easy », Peclers, se fondant sur les observations de ses trente-cinq experts sur le terrain et sur la remontée d'informations en provenance de ses clients, a établi trois typologies de consommatrices de mode : la « classy », la « celebrity » et l'« inventive ». L'une n'excluant parfois pas l'autre, souvent dans la même journée...
Cette femme, éduquée dans son rapport à la mode, refuse de jeter son placard à chaque saison. « Elle a pris du recul par rapport à la boulimie d'achat, elle attend du style, de l'élégance, et porte une grande attention au prêt-à-porter », poursuit Juliette Rapinat. Or, elle est maltraitée aujourd'hui par les acteurs du marché, estime Peclers, et ne se retrouve nulle part dans les marques de prêt-à-porter haut de gamme (Isabelle Marant, Véronique Leroy, Antik Batik, etc.), très modernes et stylées, mais souvent prohibitives en termes de prix, ni dans les moyennes et bas de gamme (Zara, Naf Naf, Morgan, Kookaï ou H&M), où la valse des portants donne le tournis. Voilà qui inquiète les spécialistes de Peclers, qui crient à la surdose et appellent les enseignes à donner un sévère coup de frein.
« Au lieu de brouiller les codes et les repères, les marques ont tout intérêt à revenir au style, préconise Juliette Rapinat. Oui au renouvellement, mais à petites doses. Il faut retrouver la notion fondamentale de garde-robe, dont la réactualisation se fait par de petites pièces chaque année. Il faut également freiner le rythme de présentation des nouveautés et réfléchir à la façon d'implanter les vêtements. Car la plus belle collection du monde mal mise en scène n'a aucune chance de passer la barre. » Des consignes que Monoprix, qui figure parmi les enseignes clientes du cabinet, a méditées au point de préparer pour le printemps une totale refonte - pour l'heure confidentielle - de son offre textile et du merchandising de son rayon prêt-à-porter.
La 101e édition du Salon du prêt-à-porter se tiendra du 2 au 5 février à Paris, porte de Versailles. Sur 66 000 m², pas moins de 1 054 exposants sont attendus et quelque 1 500 marques réunies, dont 57 % d'étrangères en provenance de plus de cinquante pays. Cette année, une large place sera consacrée à la mode éthique, avec une trentaine de marques engagées et deux tables rondes, organisées les 3 et 4 février. Autre événement attendu, la publication en avant-première des résultats de la campagne nationale de mensuration menée sur la population française.
>www.pretparis.com
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