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Littérature-réalité sur la Toile

09/03/2006 - par Alexandra Bissé

Comment capter l'attention des lecteurs dans le maquis de livres publiés ? Les blogs permettent aux écrivains de revisiter la promotion littéraire et confirment le rôle grandissant d'Internet comme prescripteur.

Pour l'autre rentrée littéraire, celle de janvier, cinq cent cinquante-deux romans (7 % de plus qu'en 2005) ont tenté de trouver preneurs. Une gageure, lorsque l'on sait que 52 % des Français achètent moins de quatre ouvrages par an (source : Sésame TNS Sofres) et que la littérature ne pèse que 10 % du chiffre d'affaires global de l'édition (source : Syndicat national de l'édition). À moins d'être abonné aux best-sellers, émerger et séduire le lecteur devient, chaque année, plus ardu. Aux traditionnels moyens que sont la publicité, les relations presse, les séances de signature et la présence sur des salons, s'ajoute de plus en plus Internet et, plus récemment encore, le blog.

Au-delà de l'effet de mode, ce journal personnel en ligne favorise en effet les deux motivations majeures d'achat d'un livre : le bouche à oreille et la personnalité de l'écrivain. « Si on accroche, la suite logique est de vouloir en lire davantage, le blog ne cannibalisant pas le livre », estime Loïc Le Meur, PDG de la plate-forme de weblogs Six Apart Europe et lui-même blogueur assidu (www.loiclemeur.com). Certains blogs amateurs se sont ainsi transformés en best-sellers, à la suite de leur succès d'audience en ligne. On ne présente plus, par exemple, Le Blog de Max (Robert Laffont) et ses 10 000 exemplaires vendus.

« Le rôle prescripteur d'Internet va croissant face à la perte de confiance dans les critiques de presse, en particulier sur la cible des 18-40 ans », constate Marion Mazauric, créatrice des éditions Au diable vauvert. Cette ancienne éditrice d'Actes Sud, qui fut ensuite directrice littéraire de J'ai lu, a tout misé sur la Toile pour se lancer en 2000, créant un site, www.au diable.com (10 000 visites), une newsletter (4 000 destinataires), un forum et, plus récemment, une boutique en ligne. « Internet est le média d'avenir de l'édition, lance-t-elle. La presse, elle, assure une notoriété. »

Échanger avec les lecteurs

Pas étonnant, donc, de trouver dans son giron l'un des blogs d'auteur les plus réussis du moment. Il suit une tendance actuelle, celle du making of littéraire, inauguré en juillet 2004 par Virginie Despentes qui commentait, entre autres, sur son blog (hébergé sur la plate-forme 20six.fr) la promotion de son roman Bye Bye Blondie (Grasset) et ses dîners littéraires. Thomas Clément (www.clement.blogs.com) dévoile, depuis octobre 2005, sous la forme d'épisodes à rebondissements « les coulisses de l'édition » de son premier roman, Les Enfants du plastique (Au diable vauvert) : des lettres de refus - fac-similés à l'appui - à la signature tant attendue en passant par le choix de la couverture ou encore la séance photo, pas assez « rock'n roll » à son goût ! Au menu : transparence, humour... et teasing. Ce diplômé de l'École supérieure des sciences commerciales d'Angers, fondateur du feu serialweb.com, du blog de Campus et directeur éditorial chez Publicis Net a de solides bases marketing et cela se sent. Donnant parfois quelques sueurs froides à son éditrice lorsqu'il rapporte les refus de Raphaël Sorin (Fayard) ou de Frédéric Beigbeder (Flammarion). Mais la recette fonctionne. Avant même la sortie du livre, le 2 février 2006, il disposait déjà de cinq cents lecteurs par jour. Dans la même veine, le blog de « Dolce », ancienne cadre dynamique et aujourd'hui aspirante écrivain, conte ses fiascos tragicomiques auprès des maisons d'édition, dans un blog intitulé « Des affres de la création à l'espoir de la publication » (www.dolce.blog. lemonde.fr/dolce).

Également au Diable vauvert, Jean-Jacques Beineix dispose d'un site et d'un blog (www.blog.laffairedusiecle.com), lancés pour les tomes I et II de sa BD L'Affaire du siècle. Ses lecteurs le suivent ainsi de l'imprimerie au Festival d'Angoulême dans ce « carnet de bord virtuel », pour reprendre les mots du cinéaste. Son but est avant tout d'échanger des points de vue avec ses lecteurs « en évitant la foire d'empoigne d'un forum ». Blog et site Web peuvent ainsi se compléter. Sur le site, on trouve, par exemple, l'annonce des dates de dédicace ou les passages de l'auteur à la télévision ; sur le blog, ses commentaires et ses photos sur ces événements. « Le site est plus " plaquette ", avec la biographie, la bibliographie et éventuellement une revue de presse tandis que le blog joue la proximité et l'interactivité », souligne Loïc Le Meur.

Même stratégie de « littérature- réalité » sur le blog de Frédéric ­Ploton (www.fploton.blogs.com), ancien directeur éditorial de Club-Internet et auteur d'ouvrages pratiques, dont le premier roman, Son parfum, doit paraître le 15 mars prochain chez Ramsay. L'idée vient de son éditrice, Françoise Samson. Qui lui donne pour seule consigne de « se lâcher », même si certains passages ne l'épargnent pas. « Face à la saturation du marché, il faut trouver de nouvelles voies pour communiquer et créer des réseaux autour du livre », analyse l'éditrice. Sur le ton du Candide au pays de l'édition, le romancier livre ses déboires et impressions sur les figures imposées germanopratines, aux côtés de son éditeur surnommé « Dali ». De quoi intéresser et amuser les futurs lecteurs, dont les journalistes. Maïa Mazaurette, célèbre blogueuse entre 2002 et 2005 (3 000 visiteurs par jour), en a bénéficié lors de la sortie de son roman Le Pire est avenir (Jacques-Marie Laffont), en juin 2004. L'écrivain a obtenu quelques passages à la télévision, notamment à 20 h 10 pétantes (Canal +) et chez Mireille Dumas (France 3). Mais elle a souffert de l'étiquette « Maïa, la fille du blog »... au détriment de son livre.

Pour Christine Ferrand, rédactrice en chef du magazine spécialisé Livres hebdo, l'influence des blogs est plus sensible dans des genres tels que la science-fiction et la « fantasy ». Dans ce domaine, Sophie Audouin, auteur de Tara Duncan (Flammarion), « la Harry Potter au féminin française », anime depuis janvier 2005 le blog www. taraduncan.com/blog avec succès (jusqu'à 900 visiteurs par jour, avec une croissance mensuelle de 20 à 30 %). « Sur son blog, l'auteur rencontre tous les jours ses lecteurs, recueille leurs réactions sur le livre ou même leurs idées », souligne Sébastien Bailly, créateur, avec Loïc le Meur, d'un blog de veille sur l'édition électronique (www.lafeuille.blogspot.com).

Le blog offre donc une communication sans filtre, mais également sans filet. Virginie Despentes en a fait l'amère expérience. Son succès (2 000 visiteurs par jour) n'a pas été au goût de tous et a été interrompu par un piratage. Mais, au final, l'expérience est positive, selon elle : « Le blog m'a permis de mieux contrôler mon image en disposant d'un droit de réponse en temps réel à certains articles, par exemple. » Virginie Despentes songe d'ailleurs à en créer un second dans quelques semaines. Son impératif, cette fois : la sécurité. Amélie Nothomb, star de la littérature s'il en est, a elle aussi été victime d'un blogueur indélicat, qui a récemment créé un faux blog au nom d'Amélie Nichon, suscitant les foudres de son éditeur Albin Michel.

 www.taraduncan.com/blog

 www.fploton.blogs.com

 www.blog.laffairedusiecle.com

 www.dolce.blog.lemonde.fr/dolce

 www.clement.blogs.com

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