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Le cinéma numérique s'attaque aux pellicules

18/05/2006 - par Bruno Fraioli

À l'image des autres médias, le numérique risque de bouleverser les modèles économiques du cinéma. En raison de coûts élevés, le basculement complet devrait prendre une décennie.

Après la musique et la télévision, le numérique s'attaque au septième art. À Cannes, deux films de la sélection officielle du Festival, qui se déroule du 17 au 28 mai, sont projetés en numérique (Southland Tales et Les Climats). Le glas de l'historique pellicule de 35 millimètres a sonné. Dans les couloirs du Palais des festivals cannois, les professionnels ne se posent plus la question de l'intérêt du nouveau standard. Leurs choix sont faits. Reste à convenir d'une date pour son déploiement à grande échelle. « Nous avons passé une étape, confirme Jean-François Camilleri, président de Buena Vista International France. Après l'année 2000 et la sortie, pour la première fois en France, d'un film en copie numérique [Toys Story 2], le marché s'est posé beaucoup de questions. Nous n'en sommes plus là. Tous les grands studios américains, les grands circuits de salles américaines et plusieurs réseaux européens se sont engagés dans le numérique. Désormais, on y va. La seule question est : comment ? »

Cette révolution technologique, le marché publicitaire l'attend. Le numérique révolutionnera les méthodes de ventes de ce média, dont l'avantage est de toucher efficacement une cible majoritairement jeune et urbaine. Mais le cinéma a malheureusement aussi la réputation de ne pas offrir de souplesse commerciale, en raison d'un délai de réservation assez long et de frais techniques importants liés à la copie des bobines des films publicitaires. Ceux-ci s'élèvent à environ 10 % du prix d'une campagne. « Grâce au numérique, le cinéma pourra alors avoir toutes les qualités des autres médias et, notamment, sa souplesse », se réjouit Jacques Leroy, directeur général de Screenvision France. En effet, la diffusion numérique permettra de jongler facilement avec les diffusions. Techniquement, il sera possible de programmer un spot un jour précis, à une séance choisie et dans une salle donnée. Un niveau de ciblage très fin s'apparentant au médiaplanning TV, avec un achat écran par écran. D'autant que la réservation pourrait se faire dans des délais de trois ou quatre jours, contre une quinzaine aujourd'hui.

Un intérêt aussi... écologique

« Mais attention à ne pas aller trop loin dans la finesse, prévient Jacques Leroy. Cela pourrait complexifier les offres commerciales et avoir un effet négatif. » Screenvision envisage plutôt un système de vente par offres commerciales « packagées ». Des offres capables de cibler des publics différents et particulièrement bien identifiés grâces aux films qu'ils vont voir. « Pour autant, je ne crois pas une seconde que le numérique me permettra de doubler mon chiffre d'affaires, poursuit-il. Il rendra surtout possible des innovations créatives. » Mais cela n'est pas pour demain. L'installation du numérique en France, et partout dans le monde, se fera progressivement. Et prendra sans doute une dizaine d'années.

Le numérique, en effet, risque de bouleverser profondément les modèles économiques de l'ensemble du secteur. C'est notamment le cas pour les distributeurs de films. Pour eux, l'avantage est purement d'ordre économique. Ce standard permet une réduction drastique des frais techniques liés aux copies des bobines utilisées pour la diffusion des longs métrages. Ceux-ci s'élèvent à un tiers des frais de distribution, soit entre 1 500 et 2 000 euros par copie de film. Une somme qui est loin d'être négligeable lorsqu'un film sort dans deux cents salles. Avec le numérique, une simple duplication de fichiers suffit, pour un coût de quelques centaines d'euros. L'autre intérêt est d'ordre... écologique. Le cinéma jette chaque année plusieurs millions de bobines. L'intérêt de sa version numérique est évident pour les grands studios américains qui, en mars 2002, ont créé un joint-venture, Digital Cinema Initiatives (DCI), afin de fixer les nouvelles normes techniques. Parallèlement, les réalisateurs abandonnent peu à peu leurs caméras à bobines. En 2002, le tournage en numérique de L'Auberge espagnole, de Cédric Klapisch, avait suscité beaucoup de curiosité. Ce n'était plus le cas en 2005 avec Les Poupées russes. Quand aux films d'animation, ils sont dans l'ère du tout-numérique depuis longtemps. Plus personne ne s'étonne des prouesses technologiques de Cars, qui sortira le 14 juin prochain.

Mais tout le monde ne profitera pas des économies du numérique. Ainsi les exploitants de salles, qui devront supporter les investissements liés à l'installation de projecteurs dont le prix s'élève à quelque 100 000 euros. Du coup, ils ne manifestent pas un grand enthousiaste à plonger rapidement dans le tout-numérique. D'autant qu'ils viennent déjà de moderniser l'ensemble de leurs équipements (salles, fauteuils, hall d'accueil, etc.). À ce jour, seules quinze salles en France possèdent des projecteurs numériques.

Un marché partagé

Aussi les distributeurs proposent-ils de mettre la main à la poche. « L'idée serait de créer un fonds dans lequel serait versée, durant une période définie, une partie des économies réalisées grâce au numérique, explique Jean-François Camilleri. Celui-ci pourrait aider les exploitants. » Tout le marché n'est pas sur la même ligne. Si le réseau Kinepolis est d'accord, UGC ne l'est pas. Le groupe préfère ne pas commenter ce choix. Le numérique modifiera aussi le travail des exploitants. La fin des bobines leur permettra d'optimiser la gestion de leurs salles. Il sera alors aisé d'augmenter la capacité d'accueil d'un film, ou, au contraire, de le supprimer de l'affiche. Un cauchemar pour les distributeurs, qui veulent garder la maîtrise de leurs films. En outre, les cinémas pourront proposer la diffusion de spectacles ou d'événements sportifs. Déjà, aux États-Unis, des expériences concernant la diffusion de concerts ont eu lieu. Pourquoi pas un concert de Mylène Farmer retransmis en direct dans les salles de province ? Ou un match de football, quand l'équipe locale ne joue pas à domicile ? Mais, pour le moment, c'est un rapport qui retient l'attention des professionnels : celui que doit publier Daniel Gaudineau, fin mai, sur les conditions nécessaires au développement du cinéma numérique dans les salles françaises. Commandé par le Centre national de la cinématographie, il devrait poser la première pierre du cinéma numérique en France.

www.digital-cinema.org

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