
14/12/2006 - Les « fils et filles de » sont partout. Publicité, cinéma, télévision, business... Le lien filial rassure les annonceurs et fait rêver le public.
Zara Phillips, ce nom ne vous dit peut-être rien. La petite-fille de la reine d'Angleterre est pourtant onzième dans l'ordre de succession au trône britannique. À vingt-cinq ans, la jeune femme est le premier rejeton royal à prêter son image à la publicité : elle est la pin-up de Land Rover. Shocking ? Le filon n'est pas nouveau. La fille du Premier ministre français, Marie de Villepin, affichait dernièrement son joli minois dans les annonces de Givenchy pour le parfum Ange ou Démon.
L'embarras du choix
Pas besoin d'avoir du sang bleu ou d'appartenir à la noblesse d'État pour s'assurer les faveurs des marques. Chez les annonceurs, on raffole des familles : Charlotte Gainsbourg porte les couleurs de Gérard Darel, Elettra Rossellini celles de Lamarthe (dans un film de Zoe Cassavetes, la fille de John), Riley Keough, la petite-fille d'Elvis, celles de Dior... Hormis la première, qui s'est fait un prénom, qu'ont fait toutes ces donzelles, à part naître ? Pas grand-chose. Exemples édifiants : les héritières Hilton et Ritchie, dont le patronyme suffit à leur garantir des rentes colossales. Nicole a été l'égérie du chausseur Jimmy Choo, tandis que Paris vante les « double cheese » des restaurants CKE. Encore plus délirant : l'hystérie qui a entouré la grossesse d'Angelina Jolie et la naissance de la petite Shiloh, dont l'heureux père est Brad Pitt.
Il va falloir s'y faire. Le chanteur (trop artiste), le sportif (trop riche) ou le financier (trop matérialiste) n'ont plus la cote. Le must, aujourd'hui, c'est d'être « fils ou fille de ». « Récemment, nous avons traité une demande d'un distributeur qui nous demandait expressément une star et son enfant », raconte Frank Hocquemiller, fondateur de VIP Consulting, une agence-conseil spécialisée dans les célébrités. Et il n'y a que l'embarras du choix : les Bohringer, les Hallyday, les Cassel, les Noah, les de Caunes, les Delon... « L'affaire Kate Moss a échaudé les annonceurs, constate Frank Hocquemiller. Les filiations prestigieuses les rassurent. »
Décidément, la France appartient à ceux qui sont biens nés. À tel point que certains s'en inquiètent, comme Frédéric Teulon, qui a publié l'an dernier un pamphlet sur le sujet(1). Selon lui, 500 familles se partagent l'Hexagone. « Le show-business est tout en haut du hit-parade, explique l'économiste sur le site de L'Internaute. Le business aussi. Mais c'est plus justifié : la survie du capitalisme est en jeu. »
Cela donnerait presque le vertige. Les plateaux sont le royaume des Benjamin Castaldi, Alexia Laroche-Joubert, Marie Drucker... Dernière curiosité en date : Thomas Fabius, venu chez Marc-Olivier Fogiel raconter l'ambiance à la maison après la défaite de son père aux primaires du PS... Les libraires mettent Justine Lévy ou Mazarine Pingeot en tête de gondoles. Les cinémas montrent des films de Sofia Coppola, des acteurs comme Laura Smet (fille de Johnny et Nathalie Baye) ou Arthur Jugnot. Cas le plus ironique : le scénariste Emmanuel Bourdieu, qui a réalisé cette année son premier long-métrage, n'est autre que le fils de Pierre Bourdieu, l'auteur des... Héritiers !
Difficile de percer lorsque papa et maman sont anonymes. La faute aux soixante-huitards, selon Frédéric Teulon : « 1968 a détruit l'école, qui était la seule bouée de sauvetage pour les "mal nés". Par ailleurs, les élites de cette génération ont perdu le sens du bien commun. Leur slogan est devenu : "Prends tout et ne lâche rien". » On peut voir dans ce phénomène d'« ascenseur familial » les dégâts de mai 68. On peut aussi y déceler une certaine nostalgie d'un autre pan de notre histoire : l'Ancien Régime et son aristocratie.
(1) Les FFD, la France aux mains des fils et filles, de Frédéric Teulon, Bourin éditeur, 2005.
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