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Les médias dans l'oeil... des médias

20/12/2007 - par Yoanna Sultan-R'bibo

À la radio comme à la télé, les émissions consacrées aux médias se multiplient.

Narcissiques, les médias ? Sur les ondes comme sur le petit écran, la tendance est à la « mise en abîme ». Feu Arrêt sur images avait ouvert la voie. Des émissions comme Revu et Corrigé sur France 5, Morandini sur Europe 1 et Direct 8, J'ai mes sources sur France Inter, Pif paf sur Paris Première s'inscrivent dans cette lignée, chacune avec ses spécificités. Si elles se sont multipliées, c'est « d'abord parce qu'elles ne coûtent pas cher à produire », lance Fabrice d'Almeida, historien spécialiste des médias et auteur d'une Brève Histoire du XXIe siècle (Éditions Perrin). Souvent, on réunit autour d'une table des rédacteurs en chef de la presse, qui donnent leur avis sur les médias, au nom de leur titre. « Ces chroniqueurs ne sont pas payés », affirme Emmanuel Maubert, rédacteur en chef du Grand Direct de la télé, la quotidienne présentée par Jean-Marc Morandini sur Europe1. Par ailleurs, le spectateur aime revoir ce qu'il connaît déjà. « Le phénomène est notoire : lorsqu'une chaîne rediffuse pour la troisième fois une série américaine, l'audience explose », note Fabrice d'Almeida.

Mais derrière cette logique économique, il y a surtout un réel intérêt du public pour les médias. Le télérépondeur du Grand direct de la télé regorge de messages d'auditeurs encensant tel ou tel programme, s'étonnant de ne plus voir tel présentateur, critiquant le traitement d'un événement... De fait, le grand public aime qu'on lui parle de ce monde à part. « Internet a permis une éducation aux médias », dit Colombe Schneck, qui présente chaque matin J'ai mes sources sur France Inter. Le grand public est donc plus informé, moins dupe... et « veut savoir ce qui se passe " dans les cuisines " », poursuit Emmanuel Maubert. Pour Fabrice d'Almeida, « même si c'est illusoire, le public aimerait se sentir autonome vis-à-vis des médias ». Et toutes ces émissions y participent, d'abord en le faisant entrer dans les coulisses médiatiques. « Inclure » le public dans la fabrique de l'information, c'est aussi lui donner la parole en direct. Sur Pif paf, un panel est équipé de télécommandes pour intervenir pendant l'émission, « tel un Audimat en live », dit Philippe Vandel, son animateur. Dans Revu et Corrigé, des personnes du public interpellent les journalistes invités. Pour Paul Amar, « le public veut être partie prenante du décryptage des médias ».

Décryptage : le mot est lâché. Certains en font leur cheval de bataille, une sorte de nec plus ultra du journalisme médias. Paul Amar, lui, parle de double décryptage, celui de l'actualité et du traitement médiatique. Colombe Schneck, quant à elle, précise « décrypter la révolution numérique, ses conséquences sur l'information et son traitement ». Pour d'autres, le terme est galvaudé. « Je préfère parler d'explication », affirme Christophe Beaugrand, du JT des médias (Canal+). « Le terme est prétentieux, dit Emmanuel Maubert. On essaye juste de donner des clés au public. » « Décrypter ? Cela voudrait dire qu'on nous cache forcément quelque chose, lance Philippe Vandel. Or l'information à la télévision est moins trafiquée qu'on ne le pense. Moins en tout cas que dans la presse écrite, où il suffit d'un stylo pour bidonner. »

Ton souvent léger

Tous tombent en tout cas d'accord sur un point : ils ne se veulent pas donneurs de leçons. « Nous ne sommes pas là pour critiquer systématiquement le travail des autres », dit Emmanuel Maubert. « Distribuer les bons et les mauvais points ? Je ne suis pas dans cette logique-là », renchérit Charlotte Le Grix de La Salle, présentatrice de + Clair, sur Canal +. Paul Amar ne veut en aucun cas « s'ériger en juge de paix des médias ». Seule Colombe Schneck, ancienne de l'équipe Schneidermann, se démarque : « Il y a dix ans, lors de mes débuts à Arrêt sur images, je me faisais insulter par beaucoup de journalistes. Aujourd'hui, j'ai dépassé tout ça. Je me sens tout à fait légitime pour parler des médias. » Une chose est sûre : même si le citoyen en est friand, critique et autocritique sont difficilement tolérées par la profession.

Cette réticence quasi générale à juger ses pairs se ressent dans le contenu des émissions. Comme pour « dédramatiser », le ton se fait léger, les sujets aussi. L'élection de Miss France, par exemple, a été traitée par toutes les émissions médias... « Ce qu'apprécient les gens, c'est notre bonne humeur, on traite les infos de manière fun », lance Christophe Beaugrand. Dans + Clair, la part belle est laissée à des rubriques comme l'Observatoire des séries, Webzone ou la Télé des voisins : « C'est ce cocktail entre infos sérieuses et moins sérieuses qui plaît », explique Charlotte Le Grix de la Salle. Sur TPS Star, l'émission Telle est ma télé s'attache à « révéler le véritable visage des présentateurs télé » : « Lorsqu'on a reçu Claire Chazal, elle a avoué qu'elle avait peur quand TF1 nommait une remplaçante pour les vacances et Thierry Ardisson, nous a parlé de son amertume du fait de sa productrice », raconte Matthias Gurtler, le présentateur de l'émission. Bref, on s'aventure plus dans le people. Le 6 janvier, une spéciale de l'émission réunira d'ailleurs seize animateurs.

« Finalement, ces émissions sont davantage dans le commentaire que dans l'analyse, constate Fabrice d'Almeida. Du coup, les thèmes abordés ne déclenchent pas de grandes polémiques. » « Mais, tempère-t-il, elles ont le mérite de nous informer sur le monde des médias. Si j'en sors en sachant qui est le patron de la radio que j'écoute le matin, c'est déjà ça. » Il y a quinze jours, beaucoup ont, par exemple, consacré un sujet au documentaire sur Marie Humbert, afin de reparler de l'euthanasie et de la manière dont la télévision a traité ce sujet difficile. L'occasion de poser un regard distancié sur des images ou des informations ingurgitées parfois sans recul. « Cela nous permet aussi de réfléchir à voix haute sur notre métier de journaliste », pense Paul Amar. Sauf que ces réflexions tournent un peu en rond, puisque l'on retrouve les mêmes chroniqueurs d'une émission à l'autre... Christophe Beaugrand (JT des médias) a ainsi sa chronique dans Le Grand Direct de la télé de Morandini et une autre sur I-Télé. Quant aux rédacteurs en chef de magazines TV, c'est à celui qui se montrera le plus sur les plateaux.

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