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Voyage au pays de l'éthique

10/04/2008 - Avec plus ou moins d'avance, les professionnels du tourisme se lancent dans le développement durable. Une façon de préserver leur fonds de commerce : la planète.

L'environnement est la matière première du tourisme », explique depuis longtemps Paul Dubrule, coprésident-fondateur du groupe hôtelier Accor. Conscient que le secteur ne doit pas scier la branche sur laquelle il est assis, mais au contraire préserver l'esthétique et la biodiversité de la planète, le groupe s'est investi très tôt dans le développement durable. Jusqu'à élaborer, en 2002, un vaste programme d'actions intégré à sa stratégie d'entreprise. Ses objectifs : réduire de 10 % d'ici à 2010 la consommation en eau et en énergie de son parc d'hôtels tout en mettant l'accent sur le tri sélectif.

Accor mène également des actions de lutte contre l'exploitation sexuelle des enfants, le sida et le paludisme. Le groupe soutient le développement local et lance, ce mois-ci, un programme de reboisement international. L'investissement du groupe hôtelier, certes leader européen et mondial, n'est pas pour autant représentatif d'un secteur plutôt en retrait, voire en retard vu l'ampleur des enjeux.

Le tourisme concerne en effet les deux premières industries responsables du changement climatique : le transport et le bâtiment. D'ici à 2015, les transports aériens seront responsables de la moitié de la destruction de la couche d'ozone. Par ailleurs, le tourisme représente 70 % des revenus des pays les plus pauvres, avec un chiffre qui en dit long : quand un touriste dépense 100 euros via un tour-opérateur, seulement 20 euros reviennent aux pays du Sud. Enfin, certaines destinations très prisées sont directement menacées de disparaître d'ici à la fin du siècle, comme les îles Maldives. « Le tourisme est un facteur de développement indéniable, mais qui peut avoir des effets négatifs et pervers sur les équilibres sociaux, culturels et environnementaux », explique Yves Godeau, le président d'Agir pour un tourisme responsable (ATR). Cette association regroupe des petits et moyens opérateurs très tôt sensibilisés à la dégradation de leur fonds de commerce et décidés à s'impliquer de diverses manières : voyages d'aventure fondés sur la diversité culturelle, échange entre les peuples, découverte de lieux insolites et préservés, à l'image d'Atalante, créateur de la « charte éthique du voyageur ». Aujourd'hui, ATR propose un label délivré par un organisme indépendant agréé par l'État (Afaq-Afnor), soit la première certification officielle française des voyagistes. « De nos jours, les déclarations d'intention fleurissent, précise Yves Godeau. Chacun se veut plus durable que l'autre. Il nous a donc paru indispensable, pour éviter les abus, de clarifier les engagements de chacun. Par exemple, toute action de communication sur une aide au développement d'un pays du Sud doit être chiffrée. » Qu'en est-il pour les opérateurs de tourisme de masse ? « C'est beaucoup plus compliqué pour cette catégorie, reconnaît Yves Godeau. Là, il ne s'agit pas d'aller vers l'autre, mais de retrouver une plage et un cocotier. Les enjeux concernent davantage l'hébergement et le transport. Nous ne pouvons appliquer le même label. »

Attitude ambivalentedu consommateur

Quant au consommateur, son attitude est ambivalente. Certes, les mentalités évoluent, grâce notamment aux médias qui multiplient les articles sur le tourisme responsable. Selon une étude menée en 2007 par TNS Sofres pour Voyages-SNCF.com, les trois quarts des Français estiment qu'il serait légitime que l'industrie du tourisme finance des projets de développement durable dans les pays pauvres où elle s'implante. Et 65 % se déclarent prêts à reverser 5 % du prix de leur transport à une association reconnue pour compenser leurs émissions de CO2. Mais la réalité est parfois tout autre. « Nous proposons ce type de compensation à nos clients qui sont vraiment dans la cible, en termes de revenus et de sensibilité, explique Jean-François Rial, PDG de Voyageurs du monde. Or, seul 1 % d'entre eux l'utilise. En fait, les gens s'en moquent. Ils vont se réveiller un jour, dans cinq ans peut-être, mais ce sera trop tard. » D'où la décision récente de Voyageurs du monde de rendre la taxe de compensation carbone obligatoire.


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TFD lance le passeport solidaire

À l'heure où le développement durable est sur toutes les lèvres, Tourism for develop-ment (TFD) veut gagner en notoriété et en puissance. Cette association, lancée en 1998 par Arielle Renouf, directrice de la communication de la régie de TF1, récolte de l'argent auprès des professionnels du tourisme pour le redistribuer à des ONG dans les pays pauvres ou en voie de développement. Nombre d'agences, notamment événementielles, sont partenaires de TFD. L'association s'apprête à lancer un « passeport solidaire », soit une couverture du passeport officiel, qui permettra de sensibiliser encore plus fortement les particuliers et les entreprises à l'utilité du tourisme responsable.

>www.tourismfordevelopment.com

Chiffres clés

850 millions. Nombre de personnes partant à la découverte d'un autre pays chaque année.

70 %. Part des revenus des pays les plus pauvres générée par le tourisme.

65 %. Nombre des Français prêts à compenser leurs émissions de CO2.

En image
À l'image de Nouvelles Frontières, qui vient d'ouvrir une agence spécialisée dans le tourisme responsable, de Voyages-SNCF.com, qui permet de calculer, grâce à son Écocomparateur, l'impact des divers modes de transport sur l'environnement, et du groupe Accor, qui mène des actions de lutte contre l'exploitation sexuelle des enfants, le sida et le paludisme entre autres, les professionnels du tourisme inscrivent de plus en plus leur activité dans une démarcheréellement durable.
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