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Les sites d'info entre accès libre et abonnement

30/04/2008 - par Anne-Lise Carlo

Faut-il faire payer ses contenus, comme Mediapart, ou jouer la gratuité, comme Rue 89 ? Les sites de presse tâtonnent dans leur quête de rentabilité.

Même si les résultats d'audience de Marianne2.fr sont excellents, l'équilibre financier de ce genre de sites, personne ne le voit se dessiner », lance Maurice Szafran, le directeur de Marianne. « Pour l'instant, Internet coûte de l'argent à tout le monde. Claude Perdriel [propriétaire du groupe Nouvel Observateur], qui a commencé très tôt, m'a dit qu'il avait perdu 20 millions d'euros sur Internet. Tout le monde se dit qu'un jour, ce sera le jackpot... Mais peut-être aussi qu'un jour, il faudra dire stop ! »

Dire stop au « tout-gratuit » et aux investissements à perte ? La tentation doit effleurer par moments les patrons des sites de presse qui hésitent tous entre gratuité et paiement de leurs contenus. À travers le monde, différents modèles coexistent sans que l'un l'emporte sur les autres. Toutefois, avec la distribution, via les grands portails généralistes, des dépêches d'agence, l'accès libre à un certain type de contenus d'informations s'est imposé. Plus que la dématérialisation des supports et le passage au numérique, la vraie révolution à laquelle la presse se trouve confrontée est bien celle du « tout-gratuit » sur Internet.

Les sites payants sont beaucoup moins référencés...

En France, le débat « gratuit-payant » a été relancé par le site Mediapart. L'ambition de son fondateur, Edwy Plenel, est de produire une information de qualité, relayée par des grandes plumes journalistiques revenant aux sources de leur métier d'investigation. À l'heure du « scoop à tout prix » sur le Web et des couacs réguliers, l'idée paraît alléchante. Et pourtant, contrairement au site américain Pro Publica lancé avec des ambitions éditoriales quasi similaires, Mediapart n'a pas trouvé de richissimes mécènes du journalisme pour se financer.

Résultat, Edwy Plenel table sur un public susceptible de payer pour avoir une information « sans pollution publicitaire ». Un modèle très proche de l'édition en ligne du Guardian que l'on peut obtenir pour 30 livres, sans publicité intempestive. Pour Solenne Blanc, directrice associée de Greenwich Consulting, la publicité n'est pourtant pas un frein à l'audience : « Il y a une tolérance vis-à-vis de la publicité chez les internautes. Celle-ci existe bien déjà sur les autres ­médias. » Au-delà de l'absence de publicité, Mediapart défend également un modèle économique mixte avec une partie gratuite, celle produite par les internautes, et une partie payante, celle produite par les journalistes. ­L'adhésion s'élève à 9 euros par mois, un prix élevé pour le Web. Mais ramenée à un coût de 30 centimes d'euros par jour, l'offre devient très bon marché si on la compare au prix d'un journal papier. À la fin mars, le site a déjà dépassé son objectif des 5 000 abonnés, mais la route est encore longue car celui-ci mise sur 60 000 à 65 000 abonnés au bout de trois ans.

Considéré comme un pionnier par certains, le modèle de Mediapart vient trop tard pour d'autres, la gratuité sur Internet étant ancrée dans l'esprit des internautes. « En 2007, la tendance majoritaire a d'ailleurs été celle du retour au modèle gratuit parmi les grands sites d'informations généralistes : tels que le New-York Times, El Pais ou le Parisien », rappelle Solenne Blanc. Pourquoi les sites d'info abandonnent-ils le payant ? « Parce que l'essentiel, sur le Net, est de s'inclure dans le réseau, d'intégrer les moteurs de recherche, d'être référencé, de participer à l'économie de l'information au sens large, répond Versac, de son vrai nom Nicolas Vanbremeersch, un blogueur influent. Si vous êtes payant, derrière un mur, vous n'existez plus. L'Internet ce sont les liens. Le payant les supprime, il exclut. »

Cette analyse est partagée par la rédaction du site Rue 89. « Ce qui fait le succès d'un site, c'est son référencement sur la Toile. Si vous devenez payant, vous vous coupez du réseau, estime Laurent Mauriac, directeur général de Rue 89. Par ailleurs, pour nous, la logique d'Internet n'est pas de souscrire un abonnement ». Le site d'information lancé en mai 2007 mise, lui, sur une politique d'accès ­gratuit, associée à du « journalisme participatif et citoyen ».

« Pour vivre sur un modèle gratuit, il faut atteindre des seuils d'audience ­suffisants, estimés aujourd'hui à 1 million de visiteurs uniques par mois », précise Solenne Blanc chez Greenwich Consulting. Rue 89, qui a atteint fin mars les 640 000 visiteurs uniques mensuels, est donc logiquement à la recherche de nouveaux financements. Depuis sa création, il poursuit ainsi de front une activité d'édition commerciale, qui représente 50 % des revenus du site. Rue 89, qui vise l'équilibre fin 2009, vient d'ailleurs de changer de régie, passant de MK2 à Hi Média, et se lance dans de nouveaux projets éditoriaux en ligne (lire l'encadré).

De Mediapart à Rue 89, Internet permettra-t-il à deux modèles aussi différents de coexister ? Tant que le basculement des investissements publicitaires du papier vers le Web ne s'est pas totalement réalisé, il est impossible de répondre. Souhaitant accélérer le mouvement, les groupes de presse développent tous une stratégie Web ­offensive, et cherchent par tous les moyens à capter les investissements publicitaires des annonceurs qui migrent vers Internet. Jusqu'à modifier, comme le Wall Street Journal, leur contenu papier pour trouver une meilleure imbrication entre les deux supports. « À l'avenir, on trouvera peut-être autant de stratégies Web qu'il y a de titres de presse», conclut ­Solenne Blanc.

www.mediapart.fr

http://rue89.com

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