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Audiovisuel

Gilles Pélisson, TF1 : « Nous, chaînes de TV, avons des boulets aux pieds »

30/08/2018 - par Propos recueillis par Delphine Soulas-Gesson et Gilles Wybo

Nouveau plateau pour les JT, avenir de LCI, assouplissement réglementaire… Pour sa troisième rentrée à la tête du groupe TF1, Gilles Pélisson, PDG de TF1, revient pour Stratégies sur les chantiers à suivre cette saison 2018-2019.

Le 27 août, vous avez inauguré un nouveau plateau pour vos JT. Qu’attendez-vous de l’information pour la saison 2018-2019 ?

Gilles Pélisson. Aujourd’hui, quand le journal démarre, la majorité du public connaît déjà l’actualité du jour. Partant de là, l’ambition de Thierry Thuillier [directeur général adjoint information du groupe] est de renforcer la différenciation de notre information. Cela passe notamment par la réinvention de nos journaux télévisés. C’est avant tout un travail de fond éditorial, pour que les téléspectateurs retrouvent ce qui fait la force des JT de TF1 tout en se disant qu’il y a un vrai coup de jeune, de la technologie et une mise en valeur de l’information un peu différente. L’idée de ce nouveau plateau est d’avoir quelque chose de spectaculaire, avec un mur d’écrans de 70 m2 derrière nos journalistes et un espace permettant la réalité augmentée ou virtuelle. C’est aussi un plateau à taille humaine, pour renforcer le sentiment de proximité entre le présentateur et les téléspectateurs.

 

Vous avez terminé la saison 2017-2018 sur une PDA de 20,3 % en moyenne, stable sur un an. Comment appréhendez-vous cette nouvelle saison ?

Nous avons enregistré au premier semestre des audiences très fortes sur les cibles publicitaires, à la fois pour TF1 et pour les autres chaînes du groupe. Cela fait longtemps que TF1 ne s’était pas aussi bien porté : la chaîne a terminé la saison sur la cible des femmes responsables des achats de moins de 50 ans (FRDA -50) à 22,3% (+0,4 point) et sur les 25-49 ans à 19,9 % (+0.1). Nous sommes confiants, car nous abordons la rentrée avec un très beau line-up. La télévision qui continue à progresser, c’est la télévision de création. C’est cette télévision premium, qu’incarnent nos antennes, TF1 en particulier. Nous vivons une rupture. Il n’y a plus de middle market. Et c’est grâce à ces contenus de grande qualité, nos fictions, nos grands divertissements, que nous avons réussi à creuser l’écart par rapport à notre concurrent M6.

 

Deux ans et demi après son passage en gratuit, LCI est à 0,5 % de PDA, loin derrière BFM TV. Comment comptez-vous développer l’audience de la chaîne ?

L’ambition n’est pas de rattraper BFMTV. De toute façon, nous ne sommes pas une chaîne de hard news ; la convention de LCI ne nous le permet pas. Étant partis plus tard que les autres, nous avons le handicap de la numérotation, c’est une réalité. Mais cela n'a pas empêché LCI de devenir la 2e chaîne d'info. En cette rentrée, nous allons renforcer la grille de LCI autour de ses cases performantes comme La Matinale ou le 18-20, avec notamment une nouvelle émission présentée par Audrey Crespo-Mara, la création d’une case de formats longs en soirée, ou encore l’arrivée de François Lenglet, sur TF1 et LCI. Notre objectif est de tangenter le 0,8 %. C’est vrai que nous n’y sommes pas encore, cela va prendre du temps, mais je suis confiant.

 

Dans le cas où Franceinfo récupérerait le canal 14 de France 4, demanderiez-vous une réattribution des numérotations de chaînes pour que LCI ne reste pas isolé sur le canal 26 ?

Nous ne rentrons pas dans ces spéculations. Le CSA est le maître du jeu et il faut déjà qu’il s’empare du sujet. L’abandon de France 4 est prévu à l’horizon 2020, ce qui laisse un peu de temps. Nous serons naturellement très vigilants à tout ce qui peut arriver aux autres, mais pour le moment, ce n’est pas notre cheval de bataille. 

Cela concerne la libéralisation dont la télévision dans son ensemble pourrait bénéficier à travers l’ouverture de secteurs interdits ou la possibilité de proposer de la télévision adressable. Chaque jour qui passe, les acteurs mondiaux du web font à peu près ce qu’ils veulent et les Gafa moissonnent le marché de la publicité locale, alors que nous, chaîne de télévision qui soutenons le cinéma et la création française, nous sommes encore avec des boulets aux pieds.

 

Sentez-vous le gouvernement prêt à bouger sur le sujet des secteurs interdits et de la publicité adressable ?

Il y a une véritable écoute, le gouvernement semble prêt à entendre la voie de la réforme, mais il faut maintenant le faire. Nous ne pouvons pas rester le seul pays au monde à ne pas déployer la télévision adressée. Même chose pour les secteurs interdits. Face aux craintes de certains acteurs en France, nous proposons de faires des expérimentations. Sur ces questions, il ne faut pas attendre, sinon la télévision française prendra un retard majeur par rapport aux opérateurs internationaux. Faisons un test d’un an ou deux et voyons.

 

Quel bilan faites-vous de la Coupe du monde de football ?

Comme tous les Français, nous sommes admiratifs du parcours de l’équipe de France, ravis des audiences (9 millions de téléspectateurs en moyenne pour les 28 matchs diffusés), et surtout de la capacité du groupe à magnifier un tel événement, à lui donner le meilleur rayonnement possible, du documentaire France 98 le 10 juin au retour des Bleus en France au lendemain de leur victoire. Cette mise en musique a permis une monétisation formidable, avec des recettes en forte hausse par rapport au Mondial 2014. Nous avons réduit les pertes de l’événement même s’il reste très coûteux [46 millions d’euros sur le premier semestre]. Et c’est une question d’image et de leadership.

 

Après l’acquisition d’Aufeminin en avril, vous êtes entrés en négociations exclusives pour racheter Doctissimo. Pourquoi ces investissements dans le numérique ?

L’objectif est de diversifier le groupe et de nous positionner sur des marchés porteurs. À l’heure où les Gafa captent l’essentiel de la publicité digitale, il nous semble fondamental d’être présents sur le numérique avec des marques digital natives, sur des verticales très proches des cibles traditionnelles du groupe TF1 et permettant d’apporter des réponses innovantes aux annonceurs. Avec Aufeminin, nous sommes dans un prolongement de nos territoires, c’est pour cela que ça fait sens. Cela nous permet d’atteindre une taille critique et de passer de la 20e à la 3e place au classement du digital en France, lorsqu'on agrège l'ensemble de nos entités numériques. Ce n’est pas rien. L’idée est de continuer à nous renforcer sans nécessairement faire des acquisitions de la taille d’Aufeminin. Notre sujet n’est plus là.

 

Si un groupe comme NRJ était en vente, pourriez-vous vous porter acquéreur ?

Cela fait vingt ans que la question est régulièrement posée. On en reparlera le jour où NRJ sera officiellement en vente.

 

Où en est le projet de plateforme vidéo Salto, annoncé en juin par les groupes TF1, France Télévisions et M6 ?

Nous préparons le dossier qui doit être instruit par l’autorité de la concurrence à Bruxelles. J’espère que d’ici 6 à 12 mois, nous aboutirons. Dans plusieurs pays européens, il y a eu des regroupements d’acteurs domestiques autour d’un one-stop shopping pour le téléspectateur, avec le meilleur du replay du pays et dans la langue locale. Ce type d’offre constitue une alternative intéressante aux plateformes internationales comme Netflix ou Amazon, qui proposent surtout des contenus mondiaux. Avec Delphine Ernotte et Nicolas de Tavernost, nous avons voulu avancer sur ce sujet en France.

 

La saison dernière a été marquée par votre bras de fer avec les opérateurs télécom. Vous attendiez-vous à des négociations aussi difficiles ?

Sincèrement oui. Nous savions que faire basculer le marché vers un nouveau modèle économique serait extrêmement dur et qu’il faudrait peut-être aller à la rupture avec certains opérateurs. Nous nous y attendions et nous n’avons pas été déçus... Quatre opérateurs ont signé, le modèle de la télévision a basculé avec désormais la distribution de nos contenus rémunérée par les opérateurs. Avec Canal+, les négociations sont en cours et nous espérons trouver un accord. Aux États-Unis et dans de nombreux pays européens, les revenus des chaînes viennent autant de la publicité que des câblo-opérateurs. Je ne dis pas du tout que ça va être le cas en France, même si on en rêve !

 

En tant que chef d’entreprise, jugez-vous le monde de la télévision différent des autres secteurs que vous avez connus ?

C’est un secteur très enthousiasmant, et quand on aime le monde de la création et de l’actualité, c'est fascinant de voir tout ce que vous pouvez mettre en œuvre, imaginer et construire. Une des spécificités, c’est le rythme. Dans beaucoup de secteurs, comme l’hôtellerie, vous avez des résultats mensuels. À TF1, c’est 9h02 tous les matins [avec les résultats d’audience de Médiamétrie]. Et que vous le vouliez ou non, vous ne pouvez pas vous décoller de ça.

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