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Les desseins animés d'Angoulême

Mercredi 5janvier 2000, 23h30. Chez Lucien, un bar du vieil Angoulême, qui porte le nom du héros à «banane» de Margerin, l'ambiance est animée. Sans jeux de mots! C'est une sorte de repaire pour les dessinateurs de BD et autres professionnels de l'image immigrés dans cette ville charentaise qui, depuis trois ans, se démène pour les accueillir. Capitale de la BD grâce à son festival annuel inauguré en 1974, Angoulême est une municipalité de 100000habitants, très endettée, à cause de la gestion hasardeuse et des frasques de son ancien maire (PS), Jean-Michel Boucheron. Dix ans après son départ, Philippe Mottet, le maire actuel (UDF) et ses équipes doivent encore éponger 840MF d'ici à 2016. La ville compte parmi les plus sinistrées en Europe, ce qui lui permet de bénéficier de la part de la Communauté de fonds structurels, pour financer sa reconversion industrielle. Le département, lui, compte investir 600MF sur 7 à 10ans dans le projet de Pôle Image, baptisé depuis un mois Magelis. Avec une trentaine d'entreprises spécialisées dans la création d'images (BD, animation 2D/3D, multimédia...) et près de 600professionnels sur son site, Angoulême est en passe de gagner son pari économique: créer 1500emplois d'ici à 2004 et s'imposer comme l'un des premiers sites européens de l'image. Une sorte de Los Angeles français de l'animation. Depuis plus de trois ans, la ville, soutenue par la Chambre de commerce et d'industrie, le département de la Charente et l'agence Charente Développement, se mobilise pour mettre en place Magelis. Sa stratégie repose sur trois axes de développement: un site de production, un centre de ressources et un espace touristique. Ils devraient favoriser l'implantation des entreprises du secteur, faire d'Angoulême un lieu de formation et de recherche de renom lui permettant de devenir un centre de transfert de technologies, et attirer 500000visiteurs en moyenne en créant un centre ludique de découvertes autour des nouvelles technologies de l'image.

Projets touristiques en suspens

Une décision inattendue, prise en décembre dernier par le nouveau préfet, Marie-Françoise Haie-Guillaud, interdisant la construction du centre de découvertes sur l'île Marquet aux bords de la Charente (par peur des inondations), risque de compromettre le pan touristique de ce dispositif, soutenu pourtant par le précédent préfet. Paul Mourier, secrétaire général de Magelis et directeur général des services au Conseil général, prend acte de cette décision publique. Il est pourtant difficile aux promoteurs du projet de dissimuler leur amertume... Le clou du centre de découvertes, conçu autour de cinq espaces ludiques, devait être la fusée Tintin construite grandeur nature, selon les plans d'Hergé. Elle ne pointera pas son nez à 50mètres de haut, au coeur du pôle Image, au centre ville, comme l'avaient rêvé ses concepteurs. Son inauguration, envisagée le 1erjanvier 2001, est donc reportée sine die.«Nous nous donnons trois mois pour étudier l'implantation du centre de découvertes sur un autre lieu, notamment à la périphérie de la ville,précise Paul Mourier.Nous voulons trouver une solution de remplacement, mais peut-être serons nous contraints d'y renoncer. Nous prendrons les décisions de façon pragmatique et réaliste. En toute hypothèse, nous aurons des équipements de haute technologie sur le site de Magelis pour maintenir un effet vitrine.»En attendant, la fusée se construit virtuellement au Laboratoire d'images numériques de la ville... Les deux autres axes de développement se mettent en place sous de meilleurs auspices. Sur le plan des ressources, Angoulême propose une gamme de formations permettant de couvrir tous les besoins (cf. l'encadré p.42). Sur le plan industriel, la ville peut s'enorgueillir d'être le deuxième centre français de production de dessins animés après la région parisienne. La mobilisation des acteurs locaux est impressionnante, tout comme l'énergie déployée par Alain Magnan, directeur général de Charente Développement, pour convaincre les entreprises de venir à Angoulême. Une batterie d'incitations financières est à la disposition des candidats: aides à l'emploi (40000F pour un CDI, 20000F par salarié au titre de la mobilité...), aides à l'installation (prise en charge d'une partie des frais de déménagement et d'hébergement, fonds de garantie pour les prêts...), aides à la production... Angoulême dispose également d'une pépinière qui héberge à loyer préférentiel des start-up pendant deux à trois ans. Le Conseil général peut aussi soutenir financièrement de jeunes sociétés, comme il le fait pour Ego comme X, un label indépendant d'édition de BD cofondé par un ancien élève de l'ESI, Loïc Nehou, qui a déjà révélé des talents.«Nous avons bénéficié de 160000F d'aide à l'embauche», confirme Bertrand Echaudemaison, président de Mirages et Légendes Multimédia, qui édite des BD à partir de dessins animés selon un procédé exclusif de vidéogravure. Il a déménagé son studio de production à Angoulême fin 1998, tout en conservant un bureau commercial à Suresnes.«Ici, on trouve des infographistes de qualité pour 40% moins cher qu'à Paris,ajoute-t-il.Idem pour les loyers.»Gribouille, qui produitXcaliburpour Canal+, a aussi rejoint la Charente en mai dernier, sensible aux avantages offerts par le département et malgré la réticence de son équipe marseillaise. Cette société d'images de synthèse a suivi en cela l'exemple d'Anabase/Expand (Sheherazade), des Armateurs (Kirikou et la sorcière, Belphegor, Ciné furax...), ou du belge Neurones (200emplois chez Toonimages et Animatoon).

Synergies

«Le concept de pôle crée un environnement convivial et intéressant en termes de recrutement et de partenariat,souligne Didier Brunner, président des Armateurs.Nous nous sommes ainsi rapprochés de la société 2D3D Animation et nous allons créer avec Neurones une Sofica destinée à soutenir les projets d'animation initiés en Poitou-Charentes.»Neurones coproduit aussi son prochain long métrage d'animationLes Triplettes de Belleville,initié par Les Armateurs. Pour encourager ces synergies, les entreprises de Magelis ont créé 16000Images, une association présidée par Paul Hannequart (Neurones). Son objectif:«Entreprendre toute action collective de nature à développer les parts de marché de ses adhérents, mais aussi être un lieu d'échange dans les domaines de la recherche et de la veille technologique.»À l'occasion du Festival de la BD, Magelis et 16000Images vont ainsi recevoir l'association Arcade, qui réunit de grandes entreprises (comme le Crédit mutuel), pour présenter les savoir-faire du Pôle. L'Atelier Sanzot, qui rassemble des auteurs indépendants qui mettent la bande dessinée au service de la communication d'entreprise et institutionnelle, s'est aussi tout naturellement installé ici. Pour Angoulême, l'année 2000 sera décisive.«Elle marquera notre diversification vers de nouveaux secteurs comme le jeu vidéo, l'Internet, le documentaire...», résume Alain Magnan. Magelis devrait bientôt accueillir Alphanim Digital (Christian Davin), qui prépare, pour juin, verysmalltv.com., un portail pour les 13-20ans. Alain Magnan est aussi en discussion avec la société de jeux vidéo bordelaise Kalisto et ne désespère pas de convaincre Softimage, AB, Nelvana et Infogrames... En attendant, pour attirer et retenir les talents, Magelis ouvrira courant 2000 la Maison des auteurs, un lieu d'échange et de rencontre pour tous les créateurs d'images. Une sorte de Villa Médicis au bord de la Chartente!
Mercredi 5janvier 2000, 23h30. Chez Lucien, un bar du vieil Angoulême, qui porte le nom du héros à «banane» de Margerin, l'ambiance est animée. Sans jeux de mots! C'est une sorte de repaire pour les dessinateurs de BD et autres professionnels de l'image immigrés dans cette ville charentaise qui, depuis trois ans, se démène pour les accueillir. Capitale de la BD grâce à son festival annuel inauguré en 1974, Angoulême est une municipalité de 100000habitants, très endettée, à cause de la gestion hasardeuse et des frasques de son ancien maire (PS), Jean-Michel Boucheron. Dix ans après son départ, Philippe Mottet, le maire actuel (UDF) et ses équipes doivent encore éponger 840MF d'ici à 2016. La ville compte parmi les plus sinistrées en Europe, ce qui lui permet de bénéficier de la part de la Communauté de fonds structurels, pour financer sa reconversion industrielle. Le département, lui, compte investir 600MF sur 7 à 10ans dans le projet de Pôle Image, baptisé depuis un mois Magelis. Avec une trentaine d'entreprises spécialisées dans la création d'images (BD, animation 2D/3D, multimédia...) et près de 600professionnels sur son site, Angoulême est en passe de gagner son pari économique: créer 1500emplois d'ici à 2004 et s'imposer comme l'un des premiers sites européens de l'image. Une sorte de Los Angeles français de l'animation. Depuis plus de trois ans, la ville, soutenue par la Chambre de commerce et d'industrie, le département de la Charente et l'agence Charente Développement, se mobilise pour mettre en place Magelis. Sa stratégie repose sur trois axes de développement: un site de production, un centre de ressources et un espace touristique. Ils devraient favoriser l'implantation des entreprises du secteur, faire d'Angoulême un lieu de formation et de recherche de renom lui permettant de devenir un centre de transfert de technologies, et attirer 500000visiteurs en moyenne en créant un centre ludique de découvertes autour des nouvelles technologies de l'image.

Projets touristiques en suspens

Une décision inattendue, prise en décembre dernier par le nouveau préfet, Marie-Françoise Haie-Guillaud, interdisant la construction du centre de découvertes sur l'île Marquet aux bords de la Charente (par peur des inondations), risque de compromettre le pan touristique de ce dispositif, soutenu pourtant par le précédent préfet. Paul Mourier, secrétaire général de Magelis et directeur général des services au Conseil général, prend acte de cette décision publique. Il est pourtant difficile aux promoteurs du projet de dissimuler leur amertume... Le clou du centre de découvertes, conçu autour de cinq espaces ludiques, devait être la fusée Tintin construite grandeur nature, selon les plans d'Hergé. Elle ne pointera pas son nez à 50mètres de haut, au coeur du pôle Image, au centre ville, comme l'avaient rêvé ses concepteurs. Son inauguration, envisagée le 1erjanvier 2001, est donc reportée sine die.«Nous nous donnons trois mois pour étudier l'implantation du centre de découvertes sur un autre lieu, notamment à la périphérie de la ville,précise Paul Mourier.Nous voulons trouver une solution de remplacement, mais peut-être serons nous contraints d'y renoncer. Nous prendrons les décisions de façon pragmatique et réaliste. En toute hypothèse, nous aurons des équipements de haute technologie sur le site de Magelis pour maintenir un effet vitrine.»En attendant, la fusée se construit virtuellement au Laboratoire d'images numériques de la ville... Les deux autres axes de développement se mettent en place sous de meilleurs auspices. Sur le plan des ressources, Angoulême propose une gamme de formations permettant de couvrir tous les besoins (cf. l'encadré p.42). Sur le plan industriel, la ville peut s'enorgueillir d'être le deuxième centre français de production de dessins animés après la région parisienne. La mobilisation des acteurs locaux est impressionnante, tout comme l'énergie déployée par Alain Magnan, directeur général de Charente Développement, pour convaincre les entreprises de venir à Angoulême. Une batterie d'incitations financières est à la disposition des candidats: aides à l'emploi (40000F pour un CDI, 20000F par salarié au titre de la mobilité...), aides à l'installation (prise en charge d'une partie des frais de déménagement et d'hébergement, fonds de garantie pour les prêts...), aides à la production... Angoulême dispose également d'une pépinière qui héberge à loyer préférentiel des start-up pendant deux à trois ans. Le Conseil général peut aussi soutenir financièrement de jeunes sociétés, comme il le fait pour Ego comme X, un label indépendant d'édition de BD cofondé par un ancien élève de l'ESI, Loïc Nehou, qui a déjà révélé des talents.«Nous avons bénéficié de 160000F d'aide à l'embauche», confirme Bertrand Echaudemaison, président de Mirages et Légendes Multimédia, qui édite des BD à partir de dessins animés selon un procédé exclusif de vidéogravure. Il a déménagé son studio de production à Angoulême fin 1998, tout en conservant un bureau commercial à Suresnes.«Ici, on trouve des infographistes de qualité pour 40% moins cher qu'à Paris,ajoute-t-il.Idem pour les loyers.»Gribouille, qui produitXcaliburpour Canal+, a aussi rejoint la Charente en mai dernier, sensible aux avantages offerts par le département et malgré la réticence de son équipe marseillaise. Cette société d'images de synthèse a suivi en cela l'exemple d'Anabase/Expand (Sheherazade), des Armateurs (Kirikou et la sorcière, Belphegor, Ciné furax...), ou du belge Neurones (200emplois chez Toonimages et Animatoon).

Synergies

«Le concept de pôle crée un environnement convivial et intéressant en termes de recrutement et de partenariat,souligne Didier Brunner, président des Armateurs.Nous nous sommes ainsi rapprochés de la société 2D3D Animation et nous allons créer avec Neurones une Sofica destinée à soutenir les projets d'animation initiés en Poitou-Charentes.»Neurones coproduit aussi son prochain long métrage d'animationLes Triplettes de Belleville,initié par Les Armateurs. Pour encourager ces synergies, les entreprises de Magelis ont créé 16000Images, une association présidée par Paul Hannequart (Neurones). Son objectif:«Entreprendre toute action collective de nature à développer les parts de marché de ses adhérents, mais aussi être un lieu d'échange dans les domaines de la recherche et de la veille technologique.»À l'occasion du Festival de la BD, Magelis et 16000Images vont ainsi recevoir l'association Arcade, qui réunit de grandes entreprises (comme le Crédit mutuel), pour présenter les savoir-faire du Pôle. L'Atelier Sanzot, qui rassemble des auteurs indépendants qui mettent la bande dessinée au service de la communication d'entreprise et institutionnelle, s'est aussi tout naturellement installé ici. Pour Angoulême, l'année 2000 sera décisive.«Elle marquera notre diversification vers de nouveaux secteurs comme le jeu vidéo, l'Internet, le documentaire...», résume Alain Magnan. Magelis devrait bientôt accueillir Alphanim Digital (Christian Davin), qui prépare, pour juin, verysmalltv.com., un portail pour les 13-20ans. Alain Magnan est aussi en discussion avec la société de jeux vidéo bordelaise Kalisto et ne désespère pas de convaincre Softimage, AB, Nelvana et Infogrames... En attendant, pour attirer et retenir les talents, Magelis ouvrira courant 2000 la Maison des auteurs, un lieu d'échange et de rencontre pour tous les créateurs d'images. Une sorte de Villa Médicis au bord de la Chartente!