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L'achat d'art reprend du galon dans les agences

Dans une agence de publicité, le service achat d'art est à l'affichage et à la presse ce que celui de TV production est au film: un département qui a pour objectif de couvrir l'ensemble des aspects techniques et visuels d'une campagne, que celle-ci fasse appel à une illustration ou à une photographie. Voilà pour la définition pure et dure de la fonction. Dans la pratique, l'acheteur d'art est confronté à une quantité non négligeable d'intervenants, d'imprévus et autres accidents de parcours, qui donnent à son métier des allures de casse-tête chinois. De fait, le métier existe depuis une vingtaine d'années. Il serait une prolongation de l'activité de TV Producer.«La première acheteuse d'art que j'ai connue s'appelait Evelyne Luverdis, à la Snip. Le métier n'était pas encore répertorié, et je crois me souvenir qu'elle faisait un peu de tout. Puis elle est devenue la TV Producer que l'on connaît aujourd'hui chez BDDP»,se souvient Francine Fournier, acheteuse d'art chez Australie. Depuis cette époque, le métier a souvent été considéré par nombre d'agences comme la cinquième roue du carrosse et sacrifié au moindre coup de vent, comme un budget perdu.«Au début des années90, en pleine période de la loi Sapin, ce service a tout à coup paru beaucoup moins important aux patrons de certaines enseignes»,se souvient Claire Nicaise-Schindler, acheteuse d'art chez DDB Paris.«Mais aujourd'hui, allez savoir pourquoi, on redécouvre le print et, du coup, l'achat d'art redevient important»,poursuit-elle.

Marathoniens

Comme son nom ne l'indique pas, l'achat d'art n'est pas seulement une question d'achat. Loin de là.«Il s'agit de faire un peu de tout»,comme l'explique Francine Fournier. L'expression convient parfaitement à cette profession multicarte. Le premier volet indispensable et incontournable de cette profession, le plus visible et peut-être le plus agréable, est celui de conseiller artistique. Rencontrer des agents, repérer des artistes, photographes ou illustrateurs, aller d'exposition en exposition, examiner la presse anglo-saxonne (de préférence) et la presse d'autres pays (accessoirement) afin d'être informé de tous les courants artistiques, telles sont les tâches de l'acheteuse d'art. Sa mission est de découvrir les talents de demain et de les imposer à ses créatifs, toujours persuadés qu'un Mondino travaille mieux qu'un monsieur Dupont. Voilà pour la partie émergée de l'iceberg. Ceux et celles que cette profession intéresse, qui croient qu'il s'agit d'une activité culturelle où finalement, à part regarder, repérer, se balader, il n'y a rien à faire, bref, ceux qui croient que ce métier est fait de vent et d'air du temps, laissez tomber! Car le second volet du métier est moins drôle, plus concret, plus carré. Il s'agit de la production. Imaginez que le client, le directeur artistique, le directeur de création et l'acheteur d'art se soient mis d'accord et engagent Peter Lindbergh pour une prise de vue. C'est alors que commence le marathon. L'acheteuse d'art doit se débrouiller pour coincer Peter Lindbergh, qui a certainement d'autres chats à fouetter. Elle doit ensuite faire coïncider le calendrier des créatifs et le sien, et, enfin, négocier le cachet du photographe. Supposons ensuite que toutes les conditions soient réunies. Cette magicienne doit alors dégotter, s'il s'agit d'un shooting beauté (une prise de vue...), un studio, un mannequin, un maquilleur, un coiffeur, un éléphant rose si nécessaire, une oie blanche, ou, pourquoi pas, des souris dressées à marcher sur les pattes arrière. Bref, elle doit réussir l'impossible cocktail nécessaire à la réalisation de la prise de vue. La photo est bonne? Tant mieux. L'annonceur est heureux? Bravo. Les créatifs trouvent que leur prise de vue est une réussite? Génial. L'acheteuse d'art, elle, à en croire toutes celles que nous avons interrogées, n'y est pour rien. En revanche, qu'il y ait un pépin avec l'éléphant rose, que le coiffeur se soit cassé deux doigts, que Peter Lindbergh ait une crise de foie le jour de la prise de vue, et là, c'est certainement de la faute de cette acheteuse d'art. Vous avez dit ingratitude?

Agents de liaison

Le troisième aspect, tout aussi important que les deux précédents, est celui du relationnel. Une acheteuse d'art, considérée tantôt comme une bonne à rien, tantôt comme le centre du monde, a également pour mission de mettre un maximum de gens d'accord, que ce soit à l'extérieur ou à l'intérieur de l'agence. Le client, le photographe ou l'illustrateur, les créatifs, le directeur de création, tous ces intervenants qui, par nature, sont forcément difficiles, exigeants ou tout simplement divergents, doivent toujours finir par s'entendre. Et c'est à l'acheteuse d'art de faire prendre la mayonnaise.«Une mission d'autant plus compliquée lorsque l'on doit, et c'est de plus en plus souvent le cas, vendre nos devis en réunion client,explique Claire Nicaise-Schindler.Je suis bien évidemment d'accord avec cette pratique, puisque nous sommes les mieux placées pour discuter un devis. Revers de la médaille, la relation est encore plus délicate à gérer.»Ce tour d'horizon serait incomplet si nous n'évoquions pas la paperasse. Elles détestent toutes ça. Elles sont pourtant obligées d'en tenir compte. C'est, disent-elles, la partie la plus pénible de leur métier.«Nous devons nous occuper des droits de reproduction avec les agents, de toute une partie juridique qui devient chaque fois plus compliquée»,commente Laurence Namias, responsable du service achat d'art d'Ogilvy&Mather.«Moi qui ne m'occupe jamais de ce genre de choses à la maison, j'arrive à l'agence vers 9heures le matin pour régler ces détails, qui finissent par être une véritable corvée»,ajoute Francine Fournier. Vous l'aurez compris, au sein des agences, l'achat d'art n'est pas le métier du superflu. Simplement, en regard des services de TV production qui gèrent des budgets de quelques millions, les centaines de milliers de francs dont sont responsables les services d'achat d'art semblent plutôt dérisoires. Mais on l'a dit, le print revient aujourd'hui en force.
Dans une agence de publicité, le service achat d'art est à l'affichage et à la presse ce que celui de TV production est au film: un département qui a pour objectif de couvrir l'ensemble des aspects techniques et visuels d'une campagne, que celle-ci fasse appel à une illustration ou à une photographie. Voilà pour la définition pure et dure de la fonction. Dans la pratique, l'acheteur d'art est confronté à une quantité non négligeable d'intervenants, d'imprévus et autres accidents de parcours, qui donnent à son métier des allures de casse-tête chinois. De fait, le métier existe depuis une vingtaine d'années. Il serait une prolongation de l'activité de TV Producer.«La première acheteuse d'art que j'ai connue s'appelait Evelyne Luverdis, à la Snip. Le métier n'était pas encore répertorié, et je crois me souvenir qu'elle faisait un peu de tout. Puis elle est devenue la TV Producer que l'on connaît aujourd'hui chez BDDP»,se souvient Francine Fournier, acheteuse d'art chez Australie. Depuis cette époque, le métier a souvent été considéré par nombre d'agences comme la cinquième roue du carrosse et sacrifié au moindre coup de vent, comme un budget perdu.«Au début des années90, en pleine période de la loi Sapin, ce service a tout à coup paru beaucoup moins important aux patrons de certaines enseignes»,se souvient Claire Nicaise-Schindler, acheteuse d'art chez DDB Paris.«Mais aujourd'hui, allez savoir pourquoi, on redécouvre le print et, du coup, l'achat d'art redevient important»,poursuit-elle.

Marathoniens

Comme son nom ne l'indique pas, l'achat d'art n'est pas seulement une question d'achat. Loin de là.«Il s'agit de faire un peu de tout»,comme l'explique Francine Fournier. L'expression convient parfaitement à cette profession multicarte. Le premier volet indispensable et incontournable de cette profession, le plus visible et peut-être le plus agréable, est celui de conseiller artistique. Rencontrer des agents, repérer des artistes, photographes ou illustrateurs, aller d'exposition en exposition, examiner la presse anglo-saxonne (de préférence) et la presse d'autres pays (accessoirement) afin d'être informé de tous les courants artistiques, telles sont les tâches de l'acheteuse d'art. Sa mission est de découvrir les talents de demain et de les imposer à ses créatifs, toujours persuadés qu'un Mondino travaille mieux qu'un monsieur Dupont. Voilà pour la partie émergée de l'iceberg. Ceux et celles que cette profession intéresse, qui croient qu'il s'agit d'une activité culturelle où finalement, à part regarder, repérer, se balader, il n'y a rien à faire, bref, ceux qui croient que ce métier est fait de vent et d'air du temps, laissez tomber! Car le second volet du métier est moins drôle, plus concret, plus carré. Il s'agit de la production. Imaginez que le client, le directeur artistique, le directeur de création et l'acheteur d'art se soient mis d'accord et engagent Peter Lindbergh pour une prise de vue. C'est alors que commence le marathon. L'acheteuse d'art doit se débrouiller pour coincer Peter Lindbergh, qui a certainement d'autres chats à fouetter. Elle doit ensuite faire coïncider le calendrier des créatifs et le sien, et, enfin, négocier le cachet du photographe. Supposons ensuite que toutes les conditions soient réunies. Cette magicienne doit alors dégotter, s'il s'agit d'un shooting beauté (une prise de vue...), un studio, un mannequin, un maquilleur, un coiffeur, un éléphant rose si nécessaire, une oie blanche, ou, pourquoi pas, des souris dressées à marcher sur les pattes arrière. Bref, elle doit réussir l'impossible cocktail nécessaire à la réalisation de la prise de vue. La photo est bonne? Tant mieux. L'annonceur est heureux? Bravo. Les créatifs trouvent que leur prise de vue est une réussite? Génial. L'acheteuse d'art, elle, à en croire toutes celles que nous avons interrogées, n'y est pour rien. En revanche, qu'il y ait un pépin avec l'éléphant rose, que le coiffeur se soit cassé deux doigts, que Peter Lindbergh ait une crise de foie le jour de la prise de vue, et là, c'est certainement de la faute de cette acheteuse d'art. Vous avez dit ingratitude?

Agents de liaison

Le troisième aspect, tout aussi important que les deux précédents, est celui du relationnel. Une acheteuse d'art, considérée tantôt comme une bonne à rien, tantôt comme le centre du monde, a également pour mission de mettre un maximum de gens d'accord, que ce soit à l'extérieur ou à l'intérieur de l'agence. Le client, le photographe ou l'illustrateur, les créatifs, le directeur de création, tous ces intervenants qui, par nature, sont forcément difficiles, exigeants ou tout simplement divergents, doivent toujours finir par s'entendre. Et c'est à l'acheteuse d'art de faire prendre la mayonnaise.«Une mission d'autant plus compliquée lorsque l'on doit, et c'est de plus en plus souvent le cas, vendre nos devis en réunion client,explique Claire Nicaise-Schindler.Je suis bien évidemment d'accord avec cette pratique, puisque nous sommes les mieux placées pour discuter un devis. Revers de la médaille, la relation est encore plus délicate à gérer.»Ce tour d'horizon serait incomplet si nous n'évoquions pas la paperasse. Elles détestent toutes ça. Elles sont pourtant obligées d'en tenir compte. C'est, disent-elles, la partie la plus pénible de leur métier.«Nous devons nous occuper des droits de reproduction avec les agents, de toute une partie juridique qui devient chaque fois plus compliquée»,commente Laurence Namias, responsable du service achat d'art d'Ogilvy&Mather.«Moi qui ne m'occupe jamais de ce genre de choses à la maison, j'arrive à l'agence vers 9heures le matin pour régler ces détails, qui finissent par être une véritable corvée»,ajoute Francine Fournier. Vous l'aurez compris, au sein des agences, l'achat d'art n'est pas le métier du superflu. Simplement, en regard des services de TV production qui gèrent des budgets de quelques millions, les centaines de milliers de francs dont sont responsables les services d'achat d'art semblent plutôt dérisoires. Mais on l'a dit, le print revient aujourd'hui en force.