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La fin des illusions

La rumeur couvait depuis longtemps, mais la décision a été formellement prise le 22janvier dernier. Le groupe Future Publishing a décidé d'annuler le lancement deBusiness 2.0en France, mettant ainsi fin à huit mois d'études.«Depuis environ un mois, le groupe se demandait si c'était vraiment le bon moment d'engager l'aventure»,explique Éric Walther, ancien rédacteur en chef adjoint deCapitalet deVSD,qui avait été recruté comme rédacteur en chef du projet. La société d'édition, ex-valeur de croissance de la Bourse de Londres, affronte actuellement un passage difficile. Fragilisé par la chute de son cours de Bourse, après les irrégularités comptables de sa filiale française, Future Publishing a dû au même moment faire face à la baisse des recettes publicitaires du puissantBusiness 2.0américain. Un coup d'autant plus rude que le mensuel vedette du groupe avait justement accéléré son rythme au printemps dernier pour adopter une parution bimensuelle. En France, la décision d'abandonner le projet entraîne le licenciement de la dizaine de personnes qui y travaillaient. Mais elle serait sans doute passée inaperçue si elle ne traduisait le scepticisme des éditeurs face à la nouvelle économie.«Il ne faut pas se raconter trop d'histoires,estime ainsi Gérard Adamis, PDG du groupe IDG France, qui a abandonné son projet d'adapter le concept d'Industry Standard,dont IDG est actionnaire aux États-Unis.En quelques mois, les conditions ont fortement évolué. Aujourd'hui, le marché ne me paraît pas suffisant, tant en termes de lectorat que de recettes publicitaires, pour justifier des investissements colossaux.»«Je suis très réservé,renchérit Peter Goldstein, PDG de VNU Publications France.Il y a peut-être de la place pour un titre ou deux, mais c'est le maximum. À l'heure où le marché publicitaire professionnel connaît une baisse de 10 à 15%, ce n'est pas le moment pour lancer un titre. »On est loin des déclarations enfiévrées entendues il y a quelques mois, qui pronostiquaient la naissance imminente de cinq à six magazines. Au printemps dernier, le groupe Tests avait même accéléré le lancement du magazineNewbiz, son PDG, Jean Weiss, estimant«important d'arriver le premier sur un nouveau marché». Sorti le 22juin dernier, ce mensuel destiné aux cadres français intéressés par la nouvelle économie est aujourd'hui bien seul sur le créneau, si l'on excepte le précurseurTransfert, créé en 1998 par Christophe Agnus, etFutur(e)s,né en octobre dernier, dont les positionnements sont beaucoup plus culturel et sociétal.

Une cible de 1,3million de personnes

Cette sinistrose ambiante ne perturbe pourtant pas Jean Weiss.«Avec un cumul de 480pages de publicité sur les cinq premiers numéros et une diffusion moyenne de 75000ex.,Newbiza atteint ses premiers objectifs», affirme Christine Kerdellant, directrice de la rédaction du titre. Il s'offre même le luxe d'une certaine cote au sein des agences médias. «Newbizest incontournable sur la nouvelle économie,affirme Delphine Houssay, responsable du développement presse d'Optimédia.C'est une vraie réussite qui ringardise un peuCapitalet apporte une évolution réelle sur le marché de la presse économique.»Fort de cet accueil et bien décidé à s'imposer comme le leader du secteur, Tests s'apprête à lancer, le 2mars, un hebdomadaire professionnel destiné aux acteurs de la Net économie.«Selon une étude que nous avons commandée à Ipsos, cette population représente 1,3million de personnes,affirme Jean-Jérôme Bertolus, directeur de la rédaction deNouvel Hebdo,en comptant les personnels des start-up, Web agency et capital-risqueurs, les salariés des entreprises traditionnelles qui migrent vers la nouvelle économie, les institutionnels ou les enseignants.»Un chiffre important à comparer avec l'objectif de 15000abonnés payants d'ici à deux ans.

Nombreux projets en suspens

Ce n'est surement pas un hasard, non plus, si Axel Ganz, patron international de Gruner + Jahr, a racheté, peu avant Noël, le magazine américainFast Company(lire ci-dessous). En France, Prisma Presse, même s'il s'en défend, pourrait bien s'en inspirer un jour pour offrir un concurrent àNewbiz. Ne dit-on pas, aussi, que Gérard Ponson a présenté à Hachette un projet de magazine déjà très abouti, qui reste pour l'instant dans les cartons. Le groupe dirigé par Gérald de Roquemaurel préférant se concentrer pour l'instant surMaximal, lancé avec Gérard Ponson à l'automne dernier. L'intérêt manifesté par le marché publicitaire est pourtant encourageant.«La presse sur la nouvelle économie constitue encore souvent un média de complément des news, des magazines économiques ou informatiques,analyse Delphine Houssay.Il n'est pas certain qu'elle le reste. C'est une vraie famille qui émerge. Les magazines économiques doivent prendre garde à ne pas être un jour substitués.»De quoi amener les groupes IDG et VNU à revoir leurs positions. Gérard Adamis ne promet-il pas, sans en dire davantage, un lancement, sur la cible professionnelle, avant la fin septembre?«Le marché nous trouvera là où il ne nous attend pas»,se contente-t-il de dire. De même, VNU s'apprête à tester le potentiel du secteur sous la forme de suppléments.«Nous allons lancer avant l'été, avec une périodicité trimestrielle, un guide exhaustif des sites français dansSVM, annonce Peter Goldstein.Quant à notre produit "e-shoper", il sera inséré dansPC DirectSi ces dernières semaines ont bel et bien douché leur enthousiasme, les éditeurs n'ont cependant pas abandonné tout espoir. Rendez-vous au second semestre 2001.
La rumeur couvait depuis longtemps, mais la décision a été formellement prise le 22janvier dernier. Le groupe Future Publishing a décidé d'annuler le lancement deBusiness 2.0en France, mettant ainsi fin à huit mois d'études.«Depuis environ un mois, le groupe se demandait si c'était vraiment le bon moment d'engager l'aventure»,explique Éric Walther, ancien rédacteur en chef adjoint deCapitalet deVSD,qui avait été recruté comme rédacteur en chef du projet. La société d'édition, ex-valeur de croissance de la Bourse de Londres, affronte actuellement un passage difficile. Fragilisé par la chute de son cours de Bourse, après les irrégularités comptables de sa filiale française, Future Publishing a dû au même moment faire face à la baisse des recettes publicitaires du puissantBusiness 2.0américain. Un coup d'autant plus rude que le mensuel vedette du groupe avait justement accéléré son rythme au printemps dernier pour adopter une parution bimensuelle. En France, la décision d'abandonner le projet entraîne le licenciement de la dizaine de personnes qui y travaillaient. Mais elle serait sans doute passée inaperçue si elle ne traduisait le scepticisme des éditeurs face à la nouvelle économie.«Il ne faut pas se raconter trop d'histoires,estime ainsi Gérard Adamis, PDG du groupe IDG France, qui a abandonné son projet d'adapter le concept d'Industry Standard,dont IDG est actionnaire aux États-Unis.En quelques mois, les conditions ont fortement évolué. Aujourd'hui, le marché ne me paraît pas suffisant, tant en termes de lectorat que de recettes publicitaires, pour justifier des investissements colossaux.»«Je suis très réservé,renchérit Peter Goldstein, PDG de VNU Publications France.Il y a peut-être de la place pour un titre ou deux, mais c'est le maximum. À l'heure où le marché publicitaire professionnel connaît une baisse de 10 à 15%, ce n'est pas le moment pour lancer un titre. »On est loin des déclarations enfiévrées entendues il y a quelques mois, qui pronostiquaient la naissance imminente de cinq à six magazines. Au printemps dernier, le groupe Tests avait même accéléré le lancement du magazineNewbiz, son PDG, Jean Weiss, estimant«important d'arriver le premier sur un nouveau marché». Sorti le 22juin dernier, ce mensuel destiné aux cadres français intéressés par la nouvelle économie est aujourd'hui bien seul sur le créneau, si l'on excepte le précurseurTransfert, créé en 1998 par Christophe Agnus, etFutur(e)s,né en octobre dernier, dont les positionnements sont beaucoup plus culturel et sociétal.

Une cible de 1,3million de personnes

Cette sinistrose ambiante ne perturbe pourtant pas Jean Weiss.«Avec un cumul de 480pages de publicité sur les cinq premiers numéros et une diffusion moyenne de 75000ex.,Newbiza atteint ses premiers objectifs», affirme Christine Kerdellant, directrice de la rédaction du titre. Il s'offre même le luxe d'une certaine cote au sein des agences médias. «Newbizest incontournable sur la nouvelle économie,affirme Delphine Houssay, responsable du développement presse d'Optimédia.C'est une vraie réussite qui ringardise un peuCapitalet apporte une évolution réelle sur le marché de la presse économique.»Fort de cet accueil et bien décidé à s'imposer comme le leader du secteur, Tests s'apprête à lancer, le 2mars, un hebdomadaire professionnel destiné aux acteurs de la Net économie.«Selon une étude que nous avons commandée à Ipsos, cette population représente 1,3million de personnes,affirme Jean-Jérôme Bertolus, directeur de la rédaction deNouvel Hebdo,en comptant les personnels des start-up, Web agency et capital-risqueurs, les salariés des entreprises traditionnelles qui migrent vers la nouvelle économie, les institutionnels ou les enseignants.»Un chiffre important à comparer avec l'objectif de 15000abonnés payants d'ici à deux ans.

Nombreux projets en suspens

Ce n'est surement pas un hasard, non plus, si Axel Ganz, patron international de Gruner + Jahr, a racheté, peu avant Noël, le magazine américainFast Company(lire ci-dessous). En France, Prisma Presse, même s'il s'en défend, pourrait bien s'en inspirer un jour pour offrir un concurrent àNewbiz. Ne dit-on pas, aussi, que Gérard Ponson a présenté à Hachette un projet de magazine déjà très abouti, qui reste pour l'instant dans les cartons. Le groupe dirigé par Gérald de Roquemaurel préférant se concentrer pour l'instant surMaximal, lancé avec Gérard Ponson à l'automne dernier. L'intérêt manifesté par le marché publicitaire est pourtant encourageant.«La presse sur la nouvelle économie constitue encore souvent un média de complément des news, des magazines économiques ou informatiques,analyse Delphine Houssay.Il n'est pas certain qu'elle le reste. C'est une vraie famille qui émerge. Les magazines économiques doivent prendre garde à ne pas être un jour substitués.»De quoi amener les groupes IDG et VNU à revoir leurs positions. Gérard Adamis ne promet-il pas, sans en dire davantage, un lancement, sur la cible professionnelle, avant la fin septembre?«Le marché nous trouvera là où il ne nous attend pas»,se contente-t-il de dire. De même, VNU s'apprête à tester le potentiel du secteur sous la forme de suppléments.«Nous allons lancer avant l'été, avec une périodicité trimestrielle, un guide exhaustif des sites français dansSVM, annonce Peter Goldstein.Quant à notre produit "e-shoper", il sera inséré dansPC DirectSi ces dernières semaines ont bel et bien douché leur enthousiasme, les éditeurs n'ont cependant pas abandonné tout espoir. Rendez-vous au second semestre 2001.