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Environnement

« Vous pensez que c’est foutu ? »

05/03/2020 - par Gildas Bonnel, président de Sidièse et de la commission RSE de l’AACC

Est-ce qu'on va tous dans le mur ? Est-ce sans espoir ? Gildas Bonnel, président de l'agence Sidièse, a posé la question à dix personnalités engagées.

« Gildas, tu crois que c’est foutu ? ». Un coup de poing dans le sternum. Cette question lâchée, les yeux embués par Pierre, jeune stagiaire de seconde, à la fin de son stage d’observation chez Sidièse me taraude.
Nous avons, nous communicants, agences, émetteurs publics et privés, ONG, influenceurs, médias une immense responsabilité dans la communication sur la crise sociale et environnementale et le compte à rebours du péril climatique. Or, seule une communication positive, empathique et engageante peut participer à la transition de façon efficace. Faire peur ne sert à rien. La peur tétanise, pétrifie. La peur rend méchant, agressif, malveillant. Dans une société fracturée, la communication doit être un agent de progrès en reconnectant les membres du corps social et en accompagnant de nouveaux comportements et de nouveaux modèles, en expliquant, en encourageant, sans dogmatisme et avec une immense bienveillance tous les publics là où ils sont, là où ils en sont.
J’ai souhaité me mettre à la place de Pierre, de mon fils Louis, à la mienne aussi, pour mes jours d’inquiétude et de découragement, en demandant à dix personnalités engagées cette même putain de question : « Dis, tu crois que c’est foutu ? »
 
• Séverine Millet, avocate sur les questions de droits de l'Homme, droit humanitaire, puis droit de l'environnement, cofondatrice de l'association « Nature Humaine »
« Non, ce n’est pas du tout foutu ! Une des grandes solutions est de ne plus aborder la transition écologique et climatique uniquement par le prisme de la technologie, de la loi, des finances et de l’action, mais aussi par le biais de l’humain. Cette dimension explique en grande partie pourquoi nous ne parvenons pas encore à décider et agir à la hauteur des enjeux.
De nombreux “paramètres humains” interfèrent ainsi en permanence avec nos décisions et arbitrages, même lorsque nous avons décidé d’agir : notre culture, nos habitudes, valeurs, croyances, nos échelles de priorités, nos conditionnements biologiques liés à la survie, notre vision du monde et de soi, notre vision de la nature. Mais aussi le sentiment d’impuissance, la colère, la peur, la tristesse… La crise climatique et environnementale nous questionne en profondeur sur nos fonctionnements humains. Ainsi un conflit de valeurs (telle la valeur sécurité financière versus la valeur “prendre soin”) non mis à jour chez un individu ou une entreprise peut freiner les plus belles ambitions.
La bonne nouvelle est que si cette dimension humaine est une des causes centrales du problème, elle est aussi une grande part de la solution car elle nous montre les éléments humains clés à faire bouger prioritairement. Mais encore faut-il cesser de la mettre sous le tapis (c’est ce qu’on fait)... Ce qui n’est pas connu, pas conscient ou qui est maintenu dans l’ombre prend toujours le pouvoir, à notre insu. Prendre en compte cette réalité humaine comme une clé du problème fait émerger de bien meilleures solutions au dépassement des blocages. »

• Isabelle Delannoy, autrice de « L’économie symbiotique, Régénérer la planète, l’économie et la société », Éd. Actes Sud, 2007
« Je comprends la question : l’écologie nous parle de la peur. Peur du changement climatique, peur des cancers et des pollutions.  Elle devrait au contraire nous parler de l’amour : l’amour de la Terre, de nos territoires, de nos villages, de nos quartiers ; l’amour de la bonne nourriture, du bon vin, de l’eau fraîche, de lieux où nous pouvons laisser nos enfants libres d’explorer ; l’amour de produire ensemble là où nous vivons l’essentiel de ce dont nous avons besoin, de partager nos connaissances, nos inventions et investissements pour les faire advenir.  Car c’est bien cela que la société écologique propose. Le sociologue italien Francesco Alberoni compare la naissance des mouvements sociaux à l’innamoramento, Le Choc amoureux [Francesco Alberoni, 1979]. Pourtant avec des discours comme “Changeons nos habitudes, il nous faut moins de…”, nous nous référons au monde que nous voulons quitter. Qui tomberait amoureux d’un homme ou d’une femme qui parlerait sans cesse de son ancien amour ? »

• Pierre Rabhi, essayiste, romancier, agriculteur, conférencier et écologiste français et fondateur du mouvement Colibris
« Il ne faut surtout pas dire aux jeunes que c’est foutu. Personne ne doit leur dire cela. Je crois que, j’espère que, nous allons avoir, au vu des réalités, assez d’intelligence pour redresser la barre. Dire aux jeunes que c’est foutu ce serait leur couper les ailes d’emblée. Je ne dirais pas à un jeune que c’est foutu, parce que ça lui ferait beaucoup de mal puisqu’il se dirait “alors à quoi bon vivre ?”. D’autant plus que le redressement des situations reste entre nos mains ; c’est à nous d’être moins stupides. Aujourd’hui il y a une humanité peu intelligente qui met à la tête de certains états des abrutis qui conduisent l’histoire d’une façon très négative.
On ne peut pas dire aux jeunes que tout va bien mais on ne peut pas non plus dire que tout va mal. Il y a aussi beaucoup des bonnes volontés qui essayent de construire un monde meilleur. Il faut donner de l’espérance, il ne faut pas perdre les jeunes. Il faut leur dire que, certes, beaucoup de choses ne vont pas mais aussi que de plus en plus de gens s’engagent pour que la vie des générations futures soit meilleure ; ne les laissons pas penser qu’il n’y a pas de solution.
Il faut susciter en eux l’éveil de leur énergie et de leur détermination pour qu’ils se mettent eux aussi dans l’engagement positif ; je déteste la façon dont on éduque nos enfants – la compétition, la concurrence... C’est fou qu’on éduque nos enfants encore ainsi. L’écologie devrait faire partie intégrante des programmes scolaires, tout comme l’apprentissage de la coopération et non de la compétition. Nous sommes dans une situation plutôt anxiogène, de tension, de chômage, il y a de plus en plus de gens exclus de la société, etc. Cela pourrait encore s’aggraver !  Il faut, plus que jamais, aujourd’hui être solidaire les uns des autres. L’énergie du changement doit primer sur le désespoir et l’impuissance. J’y crois encore sinon il y a longtemps que j’aurais donné ma démission ! » 

• Corinne Lepage, ex-Ministre, avocate et femme politique française engagée dans la protection de l'environnement
« La Vie est belle. Ce film de Benigni nous montre que rien n’est jamais désespéré. Et pour les hommes et les femmes convaincus de la nécessité absolue d’atteindre un objectif, tout est possible. Les exemples de l’histoire sont innombrables et l’invention humaine dans le pire et dans le meilleur est sans limite. L’espoir, ou plutôt l’espérance, ce sont les jeunes générations qui le portent. Elles savent le prix de la vie, le risque anthropique auxquelles elles sont confrontées et elles ont la foi qui sauve : celle à laquelle rien ne résiste et qui peut encore sauver le Vivant. Les solutions techniques sont là, les moyens financiers sont immenses et il est encore temps d’éviter la catastrophe absolue. Seule manque la volonté acharnée de gagner la bataille de l’homme contre lui-même. Rien n’est perdu car les jeunes ont décidé de mener cette guerre et peuvent l’emporter. »

 

• Emmanuelle Wargon, secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire
« Si quelqu’un pense que c’est foutu, c’est bien parce qu’un jour, quelque part, il a entendu cette musique qu’on entend partout : il est trop tard, on ne peut rien faire, c’est peine perdue. C’est une musique agaçante, un peu comme un tube d’été, personne ne l’écoute mais tout le monde l’entend et à force, elle reste dans la tête. Mais cette musique en cache une autre, moins connue et plus puissante, pleine d’espoir : la transition écologique c’est possible, la transition écologique, c’est en route. Ce n’est pas juste une musique, c’est un fait : non, ce n’est pas foutu. Si vous entendez que c’est foutu, coupez le son ou changez de chaîne. Car la transition écologique existe déjà. Partout en France, des gens se lèvent le matin et vont travailler sur des centrales solaires, sur des éoliennes, à vélo ou en bus électrique, cultivent des fruits et légumes bio, en sauvent du gaspillage et les servent dans des cantines à côté de chez eux. Des ingénieurs inventent des moyens pour économiser l’eau, l’énergie, pour lutter contre la pollution et des entreprises commercialisent des solutions écologiques concrètes. Et c’est comme ça qu’on peut agir et faire entendre cette musique à notre tour : notre action n’est pas une goutte dans un océan, c’est un projet qui va en inspirer un autre, puis un autre, puis un autre. Ne perdons pas une minute à penser que c’est foutu : allons regarder ce qui marche et battons-nous pour l’avoir près de chez nous, que ce soit dans notre village, dans notre région ou dans notre pays. Battons-nous parce qu’il n’est pas trop tard, parce qu’ensemble on peut faire beaucoup et que ce n’est pas perdu ! »

 

• Pablo Servigne, ingénieur agronome, auteur et conférencier sur les questions de de transition écologique, d'agroécologie, de collapsologie et de résilience collective

« Si ta question se situe dans la tête, alors, je peux te répondre que TOUT n'est pas foutu, c'est-à-dire qu'il est effectivement trop tard pour beaucoup de choses, mais il n'est pas trop tard pour d'autres choses. Autrement dit, il n'est jamais trop tard pour agir, et, par exemple, pour essayer de sauver un maximum de vies. Nous allons être confrontés tout au long du siècle, tout au long de nos vies, à des défis incroyables, et je pense qu’il faudra tout faire pour rester soudés. Autre chose : demande-toi QU’EST-CE QUI pourrait être foutu ? Ta retraite ? Ta carrière ? Ta vie ? Ton avenir ? La vie sur Terre ? Le capitalisme ? La démocratie ? L’espoir d’avoir un jour des enfants ? Chaque réponse amène des manières différentes d’être et d’agir…
En revanche, si ta question part du cœur, alors il se peut que tu ressentes de la tristesse, peut-être du désespoir, ou même de la peur. Ce que tu ressens est normal, c’est un signe de bonne santé mentale, car les nouvelles du monde sont terribles, bouleversantes, fracassantes. Le sentiment de perte est très puissant chez nous, les humains, et il provoque une succession d’émotions (déni, tristesse, peur, colère, honte, culpabilité, etc.). La clé est d’arriver à les accueillir, les exprimer, les partager, avec authenticité. Pour cela, il faut t’entourer de personnes de confiance, et à l’écoute. C’est important de remettre ces affects en mouvement, de les traverser ensemble, car c’est ce qui permet de retrouver l'action et qui crée du lien entre nous. C’est donc ce qui permet d’entrevoir d’autres avenirs. »

• Professeur Feuillage, youtubeur qui vulgarise les enjeux environnementaux de notre temps
« On a la chance de vivre une des périodes les plus excitantes de l’histoire. D’un côté, c'est pas de chance parce que ça tombe sur notre génération et celle de nos enfants, mais en même temps c’est une bénédiction, parce que c’est le premier combat que l'humanité va devoir gagner en étant unie par-delà les différences sociales, politiques, de couleur de peau. C'est inédit et ça pourrait être un vrai moteur pour mener à un monde en paix. De toute façon, c’est un combat qu’on n’a pas le choix de mener. Alors plutôt que de pleurer, réjouissons-nous d'avoir l'opportunité d'écrire l'histoire.
“Va-t-on se prendre un mur ?” oui. “À quelle vitesse ?” Tout dépendra du moment où l'action collective et concrète arrivera.L'action collective, cela implique que les entreprises, les institutions, les élus et les citoyens fassent tous leur part. C'est pas encore gagné ! Alors, à tous ceux qui sont inscrits dans une démarche individuelle de sobriété et qui se découragent de voir le monde se « gaver » autour, je dis ceci : vos efforts vers l'écoresponsabilité ne sont pas vains. Dans la préservation de l'environnement, les grandes actions sont souvent la somme de petites actions. Leur impact se mesure au nombre de ceux qui ont agi. Plus vous serez heureux d'agir, plus le monde autour voudra vous imiter. C'est un cercle vertueux dont vous êtes les moteurs. N'abandonnez pas ! »

 

• Séverine Millet, co-fondatrice de l'association Nature Humaine

 

« Non, ce n’est pas du tout foutu. Une des grandes solutions est de ne plus aborder la transition écologique et climatique uniquement par le prisme de la technologie, de la loi, des finances et de l’action, mais aussi par le biais de l’humain. Cette dimension explique en grande partie pourquoi nous ne parvenons pas encore à décider et agir à la hauteur des enjeux.
De nombreux « paramètres humains » interfèrent ainsi en permanence avec nos décisions et arbitrages, même lorsque nous avons décidé d’agir : notre culture, nos habitudes, valeurs, croyances, nos échelles de priorités, nos conditionnements biologiques liés à la survie, notre vision du monde et de soi, notre vision de la nature. Mais aussi le sentiment d’impuissance, la colère, la peur, la tristesse… La crise climatique et environnementale nous questionne en profondeur sur nos fonctionnements humains. Ainsi un conflit de valeurs (telle la valeur sécurité financière versus la valeur prendre soin) non mis à jour chez un individu ou une entreprise peut freiner les plus belles ambitions.
La bonne nouvelle est que si cette dimension humaine est une des causes centrales du problème, elle est donc une grande part de la solution car elle nous montre les éléments humains clés à faire bouger prioritairement. Mais encore faut-il cesser de la mettre sous le tapis (c’est ce qu’on fait). Ce qui n’est pas connu, pas conscient ou qui est maintenu dans l’ombre prend toujours le pouvoir, à notre insu. Prendre en compte cette réalité humaine comme une clé du problème fait émerger de bien meilleures solutions au dépassement des blocages.»

 

•  Isabelle Autissier, navigatrice, écrivaine et présidente de WWF France

 

«Le développement incontrôlé de nos sociétés a produit des effets délétères qui mettent à mal les fondamentaux de la vie sur terre. L’accélération des conséquences commencent à affecter notre mode de vie et les prévisions scientifiques sont noires.
Ce n’est pas la première fois que l’humanité prend conscience qu’elle a le pouvoir de s’autodétruire. L’avènement de la bombe atomique avait produit en son temps la même réflexion.
Comme à l’époque, il faut regarder la réalité en face, avec ses risques et ses solutions et surtout il faut se battre individuellement et collectivement pour que le meilleur arrive. L’avenir n’est en aucune manière écrit. La science nous propose des scénarios, dont nous disposons par les politiques que nous formons ou soutenons.
Le futur ne sera ni tout blanc, ni tout noir, sans doute d’un gris plus ou moins foncé, car chaque 1/100ème de degré qui ne montera pas et chaque espèce que nous sauverons nous sera utile pour tirer parti de ce monde qui, de toutes façons, changera.
De nos questionnements peuvent aussi naître des solidarités, des idées, des organisations nouvelles porteuses de bienêtre. L’avenir est encore dans nos mais, mais exige notre combat.»

 

• Hubert Reeves, astrophysicien

 

«Les menaces sont graves, en particulier le réchauffement de la planète et la perte de biodiversité. Mais, en parallèle, nous assistons à un ensemble considérable d’efforts pour garder notre planète habitable et agréable. Des lois de protection de la nature sont adoptées et leurs effets commencent à se faire sentir. Des animaux qui semblaient voués à l’extinction reviennent en nombre (bisons, baleines, castors, loutres,…). Un domaine où la situation s’améliore rapidement est celui des finances. Un nombre croissant de banques, dans de nombreux pays, refusent aujourdhui de financer les compagnies qui font des forages pour extraire le pétrole. On prend progressivement conscience de la nécessité de laisser le pétrole et le charbon dans le sol. Le problème c’est que, dans les médias, on parle beaucoup des mauvaises nouvelles, et très peu des bonnes nouvelles. Résultat : une tendance sociale à la dépression et au fatalisme démoralisateur. Les bonnes nouvelles ont un effet bénéfique sur le moral des gens. Elles entretiennent l’énergie et le dynamisme. Elles montrent qu’il y a un avenir possible sur notre planète. Même si nous savons que les efforts requis pour y arriver seront considérables…»

 

• Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France

 

«Il faut s’engager, lutter, rester déterminé et chercher à obtenir des résultats. Il n’y a pas de fatalité et aucune raison d’accepter sans rien faire la dégradation de notre planète. Nous devons mettre toute notre énergie pour lutter contre les dérèglements du climat et l’extinction des espèces.
Nous devons être réalistes sur le diagnostic même lorsqu’il peut paraître effrayant. Le rôle des adolescents compte énormément car ils influencent positivement leurs parents et leurs camarades. Depuis les grèves pour le climat lancées par Greta Thunberg, de plus en plus de gens, notamment les jeunes, se mobilisent pour demander aux responsables politiques d’accélérer les transformations nécessaires.
Il est normal d’avoir peur parfois. La peur est une alerte qui peut engendrer de la colère. Il faut laisser de la place à ces sentiments, ne pas les nier, ne pas chercher à les minimiser. Et puis, il faut agir pour ne pas les transformer en angoisse paralysante. Agir rend optimiste et, à son tour, l’optimisme donne la force d’agir. Chacun a un rôle à ajouter, en adoptant les comportements les moins nuisibles pour l’environnement (arrêter l’avion, préférer le train, les transports publics et le vélo), acheter moins de vêtements neufs, réduire sa consommation de viande très émettrice de gaz à effet de serre. Tous ces gestes sont importants.
Et puis il faut poursuivre la mobilisation citoyenne. Jamais les gouvernements et les puissants de ce monde ne se sont sentis autant bousculés, dans leur raisonnement et leur vision du monde. Il faut amplifier ce mouvement et continuer à transformer nos sociétés et nos modes de vies.»

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