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Le groupe espagnol de médias a entamé des discussions avec la Société des rédacteurs du Monde en vue de prendre le contrôle capitalistique du groupe de presse français.

Juan-Luis Cebrián, le patron de Prisa, était à Paris, jeudi 6 mai, pour rencontrer la Société des rédacteurs du Monde (SRM). Au centre des discussions avec Gilles Van Kote, son président, les garanties que peut apporter le groupe espagnol, notamment propriétaire d'El País, en cas de montée dans le capital du Monde SA, où il détient déjà 15%. Une question d'autant plus cruciale que Prisa vient d'être absorbé par le fonds américain Liberty Acquisition et qu'il a appelé à changer la gouvernance du Monde (la SRM dispose d'un droit de veto sur la nomination du président du directoire). «Prisa est prêt à monter tout seul dans le capital s'il le faut», estime Gilles Van Kote qui se montre serein : «Nous comprenons tout à fait leur demande d'avoir la main sur la gestion. De notre côté, nous leur avons exposé qu'il faut préserver des droits spécifiques qui soient garants des valeurs fondatrices du Monde. Et cela n'a pas provoqué chez eux de blocage.» La SRM, actionnaire principal du Monde SA, cherche à obtenir un droit de regard sur la nomination des dirigeants ainsi que sur l'actionnariat du groupe en cas d'arrivée d'un nouvel actionnaire (notamment dans l'hypothèse d'une revente future des parts de Prisa par Liberty). Des contacts auraient été pris, en parallèle, avec le groupe italien L'Espresso.

L'attitude de Lagardère

Afin d'éviter une crise de liquidités, le groupe Le Monde doit, selon une source syndicale, trouver 60 millions d'euros avant le 30 juin. Outre 6 millions destinés à «payer les factures urgentes de l'été», 29 millions serviraient à rembourser une partie des obligations remboursables en actions (ORA) souscrites en 2004 par Publicis, BNP, Natixis ou encore La Stampa. Les échéances tombant en 2012 ou 2014, il faut pouvoir garantir à tout nouvel investisseur – tel Prisa – qu'il ne sera pas dilué à l'avenir. En outre, 25 millions d'euros seraient employés à rembourser à BNP Paribas la dette liée au nantissement de Télérama, sachant qu'Eric Fottorino, président du directoire du Monde, continue de se dire attaché au maintien de l'hebdomadaire culturel dans le périmètre du groupe.

Reste à savoir quelle sera l'attitude de Lagardère, premier actionnaire extérieur avec 17% du Monde SA. L'industriel, qui dispose d'un droit de préemption comme de retrait en cas de recomposition de l'actionnariat, dit qu'il n'est pas intéressé par le quotidien. Mais il lorgne Le Monde interactif, dont il possède 34%. Reste à savoir si le groupe Le Monde peut perdre un jour le contrôle de son site au profit d'un tiers… «Difficilement envisageable», selon Gilles Van Kote, pour qui l'on ne peut couper «le lien consubstantiel» entre le quotidien et son site…

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