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Trois mois après son arrivée à la tête du groupe Les Échos, Francis Morel revient sur son plan pour retrouver le chemin de la croissance.

Vous arrivez à la tête d'un groupe qui n'a pas gagné d'argent depuis 2007, date de son rachat par LVMH. Que comptez-vous faire pour redresser les comptes?

 

Francis Morel. Heureusement que LVMH était là pendant cette période économique difficile! Le groupe a des marques fortes et très respectées, qui ont toutes le même client final, qu'il s'agisse du quotidien, des conférences, des études, d'Investir, de Radio Classique... Aujourd'hui, ces différentes activités sont exploitées de façon autonome, en silo. Leur déclinaison Internet est également en retard, d'où les pertes que l'on connaît depuis 2007 et qui se situeront entre 8 et 9 millions d'euros en 2011. Celles-ci mettent en danger la pérennité du journal. J'ai donc annoncé un plan d'économies [l'objectif est de dégager 12 à 14 millions d'euros par an]. Il s'agit de rétablir les comptes et surtout de relancer la machine, grâce à un plan d'investissement de 3 à 5 millions d'euros par an pendant cinq ans. Nous visons un retour à l'équilibre en 2013.

 

Vous avez annoncé l'ouverture d'un plan de départs volontaires sur 8% des effectifs. Dans quelle mesure touchera-t-il la rédaction?

 

F.M. Je ne le sais pas, puisqu'il s'agit d'un plan de départs volontaires sur un périmètre de 430 salariés comprenant Les Échos, la régie et la structure de la société. L'objectif est d'atteindre 30 à 40 départs, ce qui est réalisable sans mettre en danger le groupe. Une chose est sûre: il n'y aura aucun licenciement contraint.

 

Que comptez-vous faire pour rattraper le retard des Échos sur Internet?

 

F.M. Nous sommes le seul titre dont l'audience Internet n'est pas en progression. Il faut changer le contenu du site et redéfinir ce qui est payant et gratuit. Nous allons d'abord lancer un fil d'information économique et financière gratuit, alimenté 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Nous voulons aussi faire du site Lesechos.fr le portail d'entrée de toutes les activités du groupe, y compris Radio Classique, Investir et Connaissance des arts. Il faut mettre en place le réflexe Lesechos.fr chez nos clients. Nous allons aussi proposer des alertes gratuites sur mobile, développer le concept de premier papier sur Internet et clarifier l'offre payante. Celle-ci comprendra le journal papier disponible en ligne la veille dès 22h30, des services, comme les nominations, les bilans, les études… Cela ne signifie absolument pas que nous nous acheminions vers un abandon du papier. Notre force est de pouvoir avoir les deux, le print et le Web, qui sont complémentaires.

 

Comptez-vous investir sur le papier ?

 

F.M. Oui. L'objectif est de proposer une nouvelle offre à l'automne, à l'occasion du changement d'imprimerie [Les Échos passent des presses du Monde à celles du Figaro, à Tremblay en France]. Nous avons une préoccupation, celle de rester conforme aux racines du journal, à savoir un quotidien lu majoritairement en province et très orienté PME/TPE. Nous réfléchissons également sur l'offre week-end. Actuellement, Enjeux-Les Echos est diffusé une fois par mois, tout comme Série limitée. Il y a une demande pour une offre renforcée: le journal du vendredi se vend plus que celui du reste de la semaine.

 

Envisagez-vous un magazine hebdomadaire ?

 

F.M. C'est de l'ordre du possible.

 

Pensez-vous que La Tribune peut-être sauvée ?

 

F.M. Je n'en sais rien, car je ne connais pas ses comptes, mais il faut le souhaiter. Ce ne serait pas une très bonne chose pour Les Echos que La Tribune disparaisse. Ça n'aurait qu'un faible effet sur la diffusion de notre journal. Quant à la publicité, un annonceur ne va pas passer deux fois plus dans Les Echos sous prétexte que La Tribune n'existe plus, et la concurrence vient aussi du Figaro et du Monde. Que la France compte deux quotidiens économiques, c'est très bien.

 

Vous anticipez de sérieuses difficultés en 2012 ?

 

F.M. Oui, très grandes. Je pense que tous les médias vont beaucoup souffrir. Nos premiers clients sont les banques et les constructeurs auto, et le début d'année sera difficile. La présidentielle est aussi une mauvaise période pour les investissements publicitaires, qui représentent 35 à 40% de nos recettes. En 2012, l'année publicitaire durera quatre mois. 

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