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Les journalistes allemandes réclament des quotas de femmes aux postes de direction. En France, le plafond de verre existe également.

«Nous sommes la moitié, nous voulons la moitié», revendique Inka Schneider, journaliste à la radio Norddeutscher Rundfunk. «Pourquoi les femmes doivent-elles prendre des positions dirigeantes? Parce qu'elles en sont largement capables», lance Karen Krüger, du quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung. «Les jeunes journalistes, qui commencent dans la profession, manquent de modèles», estime, quant à elle, Dagmar Reim, de la radio Rundfunk Berlin-Brandenburg.

La colère gronde dans les rédactions allemandes. Sur le site «Pro Quote», plusieurs centaines de femmes journalistes expriment leur frustration: Outre-Rhin, seuls 2% des postes de rédacteurs en chef des 360 quotidiens ou hebdomadaires allemands sont aujourd'hui occupés par des femmes. Les signataires de la campagne Pro Quote ont envoyé une lettre à quelque 250 rédacteurs en chef et patrons de presse allemands, avec cette revendication: qu'un quota de 30 % soit appliqué aux postes à responsabilités dans les médias. L'initiative est soutenue par un homme, en l'espèce le rédacteur en chef du quotidien économique Handelsblatt, Gabor Steingart, qui soulignait dans un éditorial que la mise en place de quotas ne constitue pas uniquement «une question d'équité, mais se justifie d'un point de vue économique».

Qu'en est-il en France? Féminisation y rime avec précarisation: en 2011, les femmes représentent 45,4% des cartes de presse (contre 15,3% en 1965). Mais 51,5% des femmes sont pigistes, 56,2% en CDD. Sans surprise, elles sont sous-représentées dans les fonctions de direction. Selon un rapport de la Délégation aux droits des femmes du Sénat, elles sont moins de 10% des postes de direction: 9,76% pour les chaînes généralistes de télévision, 7,41% pour les radios généralistes, 3,85% pour les quotidiens nationaux et 14,8% pour les magazines.

Le présent du journalisme est indubitablement féminin: 55% des nouvelles cartes sont attribuées à des femmes. De là à dire qu'elles vont s'installer pour de bon dans les postes de direction... «Quand les tâches ménagères et d'éducation des enfants sont encore en majorité assumées par les femmes, le travail en pointillé (CDD) ou à domicile (piges) est plus adapté», remarque Eric Marquis, président de la Commission de la carte d'identité des journalistes professionnels, dans Le Journaliste, publication du Syndicat national des journalistes. Un signe encourageant? En février dernier, le président de l'audiovisuel extérieur français, Alain de Pouzilhac, a nommé deux femmes, Anne-Marie Capomaccio et Nahida Nakad, à la direction des rédactions de France 24, Monte Carlo Doualiya et RFI.

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