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Les atouts du papier

Les éditeurs de presse passent au vert

16/10/2019 - par Vincent-Xavier Morvan

Démarches éditoriales, efforts d’éco-conception, sensibilisation des salariés… Les éditeurs de presse multiplient les initiatives en matière de développement durable.

Pimpante et nature, Marion Cotillard, de retour du potager, s’affiche en une du Elle. Pour l’occasion, le magazine est imprimé en papier 100 % recyclé et distille au fil des pages des conseils pour « changer ses habitudes, se faire du bien et aimer la planète ». Le numéro en question date de février… 2009. L’environnement n’est donc pas une préoccupation récente chez les éditeurs de presse et chez Elle, ce type d’initiatives est désormais récurrent. « Nous sortons deux numéros “green” chaque année, et sans doute un troisième l’an prochain avec un numéro spécial beauté bio tant la demande de nos lectrices est forte sur ce sujet », explique Erin Doherty, directrice de la rédaction. Au sein du groupe CMI, le magazine féminin a fait école. Télé 7 Jours a sorti en avril dernier un hors-série écoresponsable de 100 pages de conseil, passant son logo en vert pour l’occasion. Version Femina publie aussi des numéros « spécial green ». Et Marianne, assure Claire Léost, directrice générale du groupe, « aborde cette problématique depuis longtemps en donnant la parole à des penseurs de la décroissance ou en parlant des circuits courts ».

Réduire son empreinte environnementale

À côté de l’éditorial, les éditeurs ont aussi pris conscience de leur propre impact. Les initiatives industrielles se multiplient. Le Figaro est aujourd’hui imprimé en papier 100 % fibres recyclées, indique-t-on au siège du quotidien boulevard Haussmann. Ses invendus sont eux-mêmes recyclés à 100 %. Pour Le Figaro Madame et Le Figaro Magazine, le taux de fibres recyclées atteint 80 % et une grande partie des invendus est recyclée. Le magazine Têtu, relancé il y a un an avec un dos carré de 180 pages, a lui choisi un éditeur de Laval, Agir Graphic, pour réduire son empreinte environnementale. « Nous avons cherché à éviter les ruptures de charge avec un partenaire qui pouvait gérer à la fois l’achat du papier, l’impression, le brochage et le routage », note Béatrice Vannière, l’éditrice du trimestriel masculin. Les 50 000 exemplaires tirés sont labellisés PEFC [Programme de reconnaissance des certifications forestières], les encres, minérales et les films utilisés pour les envois aux abonnés, biofragmentables.

Chez CMI, Télé 7 Jours est presque à 50 % composé de fibres vertes, Elle et Version Femina autour de 30 %. « Nous avons pour objectif d’augmenter ces proportions », avance Claire Léost. Elle évoque les efforts faits pour optimiser les formats des magazines, de manière à éviter de gâcher du papier, mais aussi le choix exclusif d’un papier issu de forêts gérées durablement, des approvisionnements limités à l’Europe de l’Ouest pour réduire les transports, des imprimeurs labellisés Imprim'Vert, des encres Blue Angel… Les 20 % d’invendus en moyenne pour le groupe sont ensuite recyclés intégralement par Presstalis.

Des ventes « très bonnes »

Chez Elle, on réfléchit aussi à abandonner le vernis, polluant, qui donne cet effet glossy à la couverture. « Nous l’avons fait pour notre dernier numéro green et nous étudions la possibilité de le faire systématiquement », affirme Erin Doherty. De même, le blister en plastique végétal utilisé pour livrer aux abonnés ce numéro green pourrait devenir permanent, même si le coût est encore un problème. Toutes ces initiatives permettent de répondre aux attentes d’un lectorat de plus en plus sensibilisé à ces questions. « Sur les numéros “green”, les ventes sont toujours très bonnes, avec un delta de 10 000 à 15 000 exemplaires », remarque Erin Doherty. À l’étranger, le sujet est également porteur, comme le prouvent les demandes des éditions internationales du Elle pour une couverture avec Greta Thunberg. « Nous voulions le faire, elle était d’accord à condition de ne pas être maquillée et de porter des vêtements recyclables, mais il y a eu un souci d’agenda », regrette la directrice de la rédaction.
L’autre levier que les éditeurs de presse font jouer concerne la RSE (responsabilité sociétale des entreprises). « Nous sommes en train de mettre en place un accord de télétravail avec nos salariés », note Claire Léost. CMI, qui occupe un immeuble certifié HQE [haute qualité environnementale] à Levallois-Perret, emploie 700 personnes. L’impact sur l’environnement d’une telle mesure peut se révéler non négligeable. « Nous sommes passés au vote électronique pour les élections professionnelles, cela évite d’imprimer des milliers de bulletins », note aussi la DG. Chez CMI comme au Figaro, les bulletins de paie sont dématérialisés. Au 14 boulevard Haussmann, le soir, toutes les lumières s’éteignent grâce à un système de programmation. Les courses du Figaro sont réalisées à vélo pour la moitié d’entre elles, et l’intégralité du papier consommé par les 1 400 salariés présents au siège est recyclé. En 2020, les gobelets en plastique pourraient aussi être bannis des fontaines à eau. La rédaction du Elle a une longueur d’avance en la matière puisque tout gobelet, plastique ou carton, a été interdit au profit d’un mug distribué aux employés. Le Figaro peut se consoler : il est l’un des rares groupes de presse à avoir installé des ruches sur son toit. Elles fournissent du miel proposé ensuite aux salariés.
Un domaine, en revanche, reste encore peu investi par la presse : l’impact environnemental du numérique. Certes, assure Erin Doherty chez Elle, Inès Leonarduzzi, qui milite au sein de l’association Digital for the planet pour limiter l’impact carbone du numérique, est intervenue dans les colonnes du magazine, et doit venir en parler devant la rédaction. Mais aujourd’hui, les consignes données aux salariés se limitent souvent à leur recommander d’éteindre leur ordinateur quand ils quittent leur poste de travail. La prise de conscience est naissante et le sujet peut virer au casse-tête : c’est parfois en voulant économiser, par exemple en dématérialisant les bulletins de salaire pour limiter la consommation de papier, que l’on se trouve confronté au problème de la consommation électrique des serveurs qui les stockent. Voilà peut-être un sujet de débat pour l’événement « green » que les équipes du Elle envisagent d’organiser l’an prochain à l’occasion de la sortie d’un nouveau hors-série Elle aime la planète

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