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Data

«25 pays d'Afrique sur 54 ont une loi sur la protection des données»

12/11/2019 - par emmanuel Gavard

Après le RGPD en Europe, et alors que le California Consumer Privacy Act est en discussion, où en est l’Afrique sur la protection des données ? Le docteur Mouhamadou Lo, juriste, et président fondateur de la Commission de protection des données personnelles du Sénégal revient pour Stratégies sur le sujet.

Vous avez sorti fin 2018 un livre sur la protection des données en Afrique. Pourquoi ce livre ? Sur quoi vouliez-vous interpeller ? 

Mouhamadou Lo. Mon objectif était de porter l’attention sur les enjeux liés aux données personnelles : les enjeux économiques, stratégiques, juridiques, politiques, etc. Et surtout sur les sources du droit actuel : les lois, les décrets, la jurisprudence en vigueur… Rien n’avait été fait. Il fallait selon moi attirer l’attention des pouvoirs publics, des professionnels et des particuliers sur la manière de réguler certains types de traitement des données, notamment les réseaux sociaux, mais aussi tout ce qui concerne le cloud computing, le big data, la vidéo-surveillance, les données biométriques, de santé, des banques, des opérateurs de télécommunication et des objets connectés. Les données sont partout.

Un an plus tard, où en est le continent africain sur la protection des données ? 

À ce jour, 25 pays du continent sur 54 sont dotés d’une loi : 8 anglophones, 14 francophones, et 3 portugais. Soit moins de la moitié.

Comment expliquez-vous ces différences ? 

Selon moi, l’influence de la francophonie n’y est pas pour rien. Les déclarations des chefs d’État et notamment l’Association francophone des autorités de protection des données personnelles (AFAPDP) ont joué un grand rôle.

Existe-t-il des alliances, ou une coordination entre plusieurs pays pour travailler à ce sujet et unifier les textes de lois ? 

L’entente entre les autorités de protection est primordiale en Afrique. Il existe des organismes regroupant les autorités de protection des données personnelles en vue de promouvoir la coopération entre pays, de contribuer au renforcement des capacités et de faciliter les échanges de bonnes pratiques. Il existe le réseau africain de protection des données personnelles, mais aussi l’Association francophone des autorités de protection des données au sein de l’OIF (Organisation Internationale de la Francophonie) et au niveau international avec la Conférence internationale sur la protection des données personnelles.

Certains pays, comme le Kenya, pourtant très avancés en termes de technologie et de numérique, n’ont toujours pas de législation sur ce domaine. Comment expliquez-vous cela ? 

Pour le Kenya, comme pour le Nigeria d’ailleurs, dans la même situation, j’ai du mal à l’expliquer. La problématique de la question relative à la protection des données est parfaitement assimilée. Mais aucune loi ne sort. Ce que je sais, c’est que la maturité de leur marché passera par des textes garantissant une protection efficace des données personnelles. La situation actuelle ne peut perdurer.

Pensez-vous qu’une législation trop stricte sur les données personnelles pourrait gêner le développement d’un marché du numérique ? 

Non. Aucune exigence légale ne peut empêcher le développement d’un marché numérique. Il faut simplement savoir concilier les droits fondamentaux reconnus aux individus et la manière de profiter des possibilités offertes par la technologie. Sur ce point, la consécration du principe Privacy by design et celui de l’accountability [l’obligation pour les entreprises de mettre en œuvre des mécanismes et des procédures internes permettant de démontrer le respect des règles relatives à la protection des données] facilite le travail de toute personne de bonne foi. Les médias/annonceurs/régies ne peuvent pas s’opposer à une législation simplement parce qu’ils jugent contraignantes les procédures ou formalités préalables à respecter. 

Le grand public est-il sensibilisé aux questions de la vie privée sur internet ? A-t-il conscience des dangers que cela peut représenter pour les libertés ? 

Oui et non. Oui, si l’autorité de protection a les moyens pour le faire, ce qui n’est pas le cas partout en Afrique. Et non, parce que le grand public ne se préoccupe pas de ces questions pour le moment. Ce qui l’intéresse c’est d’accéder à une application utile. C’est la difficulté première à surmonter.

Avez-vous connu des scandales de grande ampleur dans ce domaine ? 

Uniquement ce que rapporte la presse internationale. En Afrique, très peu de pays ont prévu dans leur législation le principe de notification des failles de sécurité. Donc nous ne sommes pas au courant de tout…

En digital, la pub ciblée reste encore balbutiante

En Afrique, le programmatique existe à peine. Lancée il y a trois ans, Gramica est une régie publicitaire digitale spécialisée sur l’Afrique subsaharienne francophone, représentant plus de 200 sites locaux et panafricains, avec la particularité de proposer cet inventaire en programmatique. « Un concept inédit dans cette région, et porteur puisque le mode d’achat automatisé des espaces publicitaires est encore balbutiant », explique Anaïs Girod, fondatrice de Gramica. Le programmatique ne représente que 5 % du chiffre d’affaires de la régie, tant la pratique est peu déployée dans la région : « Nombre d’annonceurs limitent leur approche du digital à une page Facebook. Du reste, tous nos acheteurs viennent d’Europe, nous n’avons aucun acheteur en Afrique », regrette Anaïs Girod. En termes de budget, le digital reste faible par rapport à la télévision et à la presse. « Pour booster le marché, nous espérons en Afrique une réglementation de type RGPD en Europe » poursuit la dirigeante. « La tendance est à la syndication, observe Arthur Jacq, digital et new business manager chez McCann à Dakar. De nombreuses initiatives récentes permettent d’apporter d’autres solutions que celles proposées par Google et Facebook pour des campagnes efficaces en programmatique et sur des audiences précises. » Gramica fait partie de ces projets qui permettent de générer une valeur plus forte et juste pour les médias locaux afin de valoriser leurs inventaires. 

Cécilia Di Quinzio

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