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Radio

Pourquoi la grève dure à Radio France

10/12/2019 - par Amaury de Rochegonde

Les matinales des radios du groupe public restent perturbées du fait d'une mobilisation des personnels emmenée par six syndicats, en particulier la CGT, qui a prolongé son préavis de grève.

Radio France entame sa troisième semaine de grève, avec notamment des matinales perturbées ces lundi et mardi sur France Inter et France culture. Vendredi, la direction affichait un taux de grévistes peu élevé (3,69% des effectifs sur l'ensemble de la journée), mais stable sur la semaine. Le taux de grévistes était alors revenu à son étiage habituel, après une mobilisation très élevée le 5 décembre, jour de grève interprofessionnelle contre la réforme des retraites (19,59% des effectifs prévus). Lundi, le taux de grévistes sur la journée s'élevait à 2,28% des effectifs prévus, toujours selon la direction du groupe.
La grève a été lancée le 25 novembre par les six syndicats de la Maison ronde, avec des durées variables, pour protester contre le plan d'économies entrainant 299 suppressions de postes et, en parallèle, la création de 76 postes, présenté par la PDG du groupe Sibyle Veil. La CGT a déposé un préavis reconductible, toujours valide, et l'a prolongé jusqu'à ce mercredi.
Lors d'une assemblée générale organisée vendredi, les responsables syndicaux sont revenus sur leur rencontre avec la patronne du groupe mercredi : « On est toujours dans un dialogue de sourds où on n'avance pas d'un pouce. Elle n'a même pas tendu la moindre petite perche d'espace de négociation », a regretté un élu, selon l’AFP. Les premières séances de négociations sur le plan de départs ne doivent démarrer qu’à partir de cette semaine, ce que les syndicats dénoncent comme une « provocation ».
Pour la CGT du groupe, l'heure était aussi à la convergence des luttes avec des représentants de la RATP invités à s'exprimer en assemblée générale, alors que les transports publics sont aussi en grève pour protester contre la réforme des retraites. Un élu CGT-RATP a ainsi dénoncé une « politique de démantèlement dans les services publics en général ». Revue de détails des principales pierres d’achoppement.


Une direction jugée peu à l’écoute

C’est d’abord un « refus de discuter » qui est pointé du doigt par les syndicats chez Sibyle Veil, la présidente de Radio France. « Elle refuse d’impliquer les salariés, observait Renaud Dalmar, réalisateur à France Culture et délégué CFDT, le 28 novembre, devant la presse. Pourtant, quand on est passé de l’analogique au numérique, c’est par nous-mêmes, grâce à des réunions internes ». A Sud, Jean-Paul Quennesson, apporte son concours de corniste de l’Orchestre national de France, au chœur syndical : « On s’est dit que sur l’inclusion des métiers, sur les organisations, peut-être qu’on pouvait s’entendre. Mais cela a été une fin de non-recevoir ».  La masse salariale, en raison d’une économie annuelle de 20 millions d’euros, est programmée en 2022 identique à celle de 2015. Mais Sibyle Veil estime avoir préservé l’essentiel des effectifs et limité le nombre de départs alors que la  fourchette envisagée jusque-là était comprise entre 270 et 390 suppressions de postes. « Tout le secteur public est appelé à faire des économies, a-t-elle rappelé le 30 novembre auprès de la médiatrice de Radio France. D’ailleurs nos moyens n’ont jamais été liés à nos audiences, ni à la hausse ni à la baisse.  Mais je refuse que cela touche à la qualité de ce que nous faisons. C’est pourquoi mon projet est de maintenir chacune de nos chaînes, chacune de nos formations musicales (…)». En clair, si le choeur de Radio France va être amputé d'une trentaine de postes, aucun des actifs existants, notamment les deux orchestres, Fip et Le Mouv, n’est remis en cause.

 

Un accroissement de la précarité

Les syndicats estiment que les emplois précaires vont augmenter pour remplacer les départs et les postes supprimés. Mais cela n’empêchera pas d’accroître la charge sur ceux qui restent. Il n’est plus question, comme avant l’été, de réduire la portée du plan si un effort est fait sur les congés. Au global, le plan de départs volontaires ne concerne que 6% des 4800 employés. Mais les syndicats craignent qu’il ne se répercute sur les collaborateurs de Radio France qui vivent de contrats précaires – de parfois deux heures -, accumulent 42 semaines de travail et ne bénéficient pas de congés. Ce sont les fameux contrats à durée déterminée d’usage (CDDU), que l’on retrouve notamment chez les collaborateurs d’émissions ou préparateurs de fiches à France Inter ou France Cuture. Officiellement, ils ne font pas partie des effectifs du groupe public. Dans les métiers de techniciens, monteurs, réalisateurs et documentaristes, on compte jusqu’à 14% de suppressions d’emplois. « Le groupe a recruté en octobre 2018 une DRH d’Air France, Catherine Chavanier pour faire une GEPC [gestion prévisionnelle de l’emploi et des compétences]. On l’attend toujours », rappelle Valeria Emanuele, déléguée du Syndicat national des journalistes (SNJ), qui observe que le plan taille surtout dans les techniciens et réalisateurs, ce qui laisse augurer des coûts importants de mise à jour informatique et d’investissement dans des outils numériques.


Le numérique, une justification qui passe mal

L’idée d’investir 20 millions d’euros dans le numérique, et en particulier dans le recrutement d’équipes digitales, forcément coûteuses quand il s’agit par exemple de développeurs, est aussi contestée. Surtout, la justification qui l’accompagne, la « transformation numérique de Radio France », annoncée par Sybile Veil, passe mal. « Que dire alors des 55 millions de podcasts mensuels ? », interroge dans Libération un collectif de journalistes le 29 novembre, qui conteste tout retard et vante une adaptation permanente du groupe à la modernité et aux nouveaux usages. « La PDG nous fait régulièrement passer pour des ringards, qui ne seraient plus dans le coup des nouveaux usages. Mais c’est oublier bien vite qu’au contraire, Radio France est montée, il y a déjà longtemps, sur la première marche du podium en terme de numérique », rappelle dès le 25 novembre le SNJ dans un communiqué.  « Notre production de podcasts sera dépendante de l’obtention de partenariats », regrette au passage Jean-Paul Quennesson. Un podcast, Radio Dedans Dehors, a d’ailleurs été créé pour expliquer les motifs de la grève.

Une baisse de la qualité

Conséquence de la précarité, une perte de qualité est annoncée, y compris par des animateurs comme Charline Vanhoenacker, qui défend ses collaborateurs lui assurant des fiches sur ses invités. Les syndicats mettent en avant un « artisanat d’excellence » et, « à coups de rabot successifs », une « perte de savoir-faire » dans le son  : « Avec les suppressions d’emplois et la non intégration de CDD pour perpétuer ce savoir-faire, il est en danger », ajoute Jean-Paul Quennesson. « La raison d’être de Radio France est d’être différent. On ne voit pas pourquoi on nous financerait si on fait la même chose que le privé », explique de son côté Renaud Dalmar, pour la CFDT. Deux cabinets d’expert ont été mandatés sur la faisabilité du plan. En attendant, Sibyle Veil assure que le PDV est compatible avec un maintien de la qualité :« Oui, il va y avoir des départs dans l’entreprise, notamment des départs en retraite. Mais j’ai veillé à limiter le nombre de ces départs au strict minimum. Ces départs seront uniquement volontaires et progressifs pour ne pas désorganiser le travail de nos équipes », déclare-t-elle à la médiatrice de Radio France.


Un risque pyscho-social

« On a demandé à l’entreprise qu’un diagnostic soit élaboré sur les risques psycho-sociaux pour repenser nos organisations. La direction n’en a cure », s’alarme Jean-Paul Quenesson, de Sud. Le syndicaliste alerte sur les conséquences de la précarité sur les femmes. Il cite des cas de harcèlement sexuel et de burn out, notamment dans les stations locales. « Ce plan ne peut qu’aggraver ce genre de situations », dit-il.


Une tutelle contestée

« Y-a-t-il un ministère de la Culture ? Franck Riester ne répond pas aux demandes des salariés », a regretté un élu du personnel lors de l'assemblée générale, lundi 9 décembre, déplorant que « par rapport à 2015, il y a une certaine omerta dans les médias sur ce conflit », selon l'AFP. Le choix du gouvernement de baisser d’un euro très symbolique la contribution à l’audiovisuel public (ex-redevance) a eu pour conséquence un manque à gagner de 25 millions d’euros pour les entreprises concernées. Alors qu’il doit assurer un tiers du coût de réhabilitation de la Maison ronde sur son propre budget, le groupe radiophonique peut amèrement regretter cette somme qui correspond à l'économie qui lui est demandée. D'autant que depuis 2015, selon le collectif de journalistes, ce sont 280 emplois qui ont déjà été supprimés au fil des départs à la retraite. Enfin, la la future loi sur l’audiovisuel public, qui prévoit la création d'une holding coiffée par une présidence commune, risque, selon Renaud Dalmar, délégué CFDT , « d’écraser la radio ». «

 

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