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« Après chaque manifestation, on vit 72 heures compliquées »

17/12/2019 - par Gilles Wybo

Le cabinet d’études et de conseil, Occurrence, comptera ce mardi 17 décembre les manifestants, en partenariat avec plus de 70 médias. Un engagement qui vaut au cabinet et à son président Assaël Adary, des attaques d’une rare violence. Interview.

Après chaque manifestation, les médias publient vos chiffres et vous subissez des représailles très violentes…
Oui, après chaque mouvement social, on vit 72 heures compliquées : on reçoit des dizaines de messages, des appels téléphoniques, et une centaine d’insultes et de messages sur les réseaux sociaux. Je suis pris pour cible, tout comme le cabinet Occurrence lui-même. Il y a quelques semaines une vingtaine de Gilets jaunes sont même venus manifester dans la cour devant notre entreprise. Certains collaborateurs, effrayés, étaient cachés sous leur bureau. Cela nous a obligé à nous poser des questions : faut-il placer un vigile devant Occurrence ? Faut-il enlever les pages « équipe » sur notre site web ? Sur les réseaux sociaux, nous devons faire face aux attaques d’une frange de l’extrême droite ou de l’extrême gauche, organisée comme une forme d’infanterie.

 

Pourquoi vous êtes-vous lancé dans le comptage des manifestants ?

L’idée date de 2006. Nous voulions créer le Médiamétrie des salons professionnels, pour compter les visiteurs, mesurer les flux, en installant des capteurs directement sur les stands. Nous avons testé et utilisé cette technologie sur des salons. Puis en 2008, nous avons testé pour la première fois le comptage de manifestations, sans que cela ne fasse grand bruit. En 2017, nous avons ressorti notre technologie. Entre-temps le monde avait changé : développement des fake-news, du fact-checking et du data journalisme… Nous nous sommes dits que c’était le bon moment pour relancer notre technologie, avec le soutien de Thomas Legrand, de France Inter. Occurrence est un cabinet d’étude et nous exerçons un métier du chiffre, cette nouvelle activité est très cohérente avec ce que l’on est.

 

Comment avez-vous convaincu les médias ?

Nous avons réalisé trois mesures tests pour les médias sans publier les chiffres, puis une manifestation filmée intégralement par BFM TV fin 2017. Les rédactions ont recompté à la main à partir de la bande vidéo. Il n’y avait qu’un intervalle de 8%. Du coup, les médias nous ont suivis. Aujourd’hui il y a plus de 70 médias partenaires : toute la PQR, Radio France, les Échos, Le Parisien, Mediapart, La Croix, Le Figaro, l’AFP…

 

Comment se déroule chaque comptage de manifestation ?

Je mobilise les équipes du cabinet, nous nous établissons sur la première moitié du cortège pour pouvoir fournir les chiffres aux médias le plus vite possible. Nous nous installons dans des chambres d’hôtels situées entre le 4ème et le 6ème étage. Nous nous appuyons sur une technologie et un algorithme, mais nous ne laissons jamais la technologie sans correction humaine car la technologie seule a des limites s’il y a des fumigènes, des banderoles ou trop de luminosité.
On compte du trottoir au trottoir, en incluant tout le monde qui passe, là où l’on est disposés. Si des gens décident de faire les cinq premiers mètres de la manifestation et de partir ou de ne participer qu’à la fin du parcours, on ne les compte pas.

 

Quel impact a cette nouvelle activité pour Occurrence ?
Nous avons fait un bond en notoriété : l’entreprise est passée de 0 à 7% de notoriété auprès des Français. Nous étions une société B-to-B, et nous sommes devenus une société B-to-C en quelque sorte. Les 25 salariés du cabinet sont fiers de dire qu’ils travaillent dans l’entreprise qui compte les manifestants. Peut-être que certains ne sont pas contents des chiffres que l’on donne. Certains salariés sont aussi parfois dans les manifestations, elles-mêmes. Et puis nous avons compté des manifestations de droite comme de gauche. Il arrive que nos opposants aillent chercher dans les bios de nos collaborateurs des activités extra professionnelles pour démontrer que nous ne sommes pas indépendants…

 

Est-ce que vous regrettez de vous être lancé dans cette activité très polémique ?

Ce sujet je m’en suis emparé car je considère que c’est un bien pour la démocratie française. Le chiffre est un bien commun et ne doit pas être instrumentalisé, idéologisé. Maintenant il est vrai que j’avais un autre scénario en tête : je pensais que l’on allait réaliser ce comptage une dizaine de fois, que cela ferait converger les chiffres des manifestants et de la préfecture. Et que l’on aurait plus besoin de le faire. Nous avons compté une cinquantaine de manifestations.

 

Quelles sont vos relations avec la préfecture de police ?

Aujourd’hui, comme on collabore avec un collectif de médias notre relation est correcte avec la préfecture. Mais en 2008 quand nous avions testé le comptage pour la première fois, j’avais été convoqué aux renseignements généraux, ils m’avaient longuement questionné pour savoir pour qui je travaillais.

 

Lire aussi : le portrait d'Assaël Adary

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