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Décryptage

Quand la mobilisation sociale se réinvente

10/02/2020 - par Ambrine Ziani

Flash mob, clip de rap, mobilisation virtuelle... Loin des pratiques habituelles, des formes d'engagement innovantes, alimentées par les réseaux sociaux, s’inscrivent dans les nouvelles stratégies de communication.

À Paris et en régions, depuis le début du mouvement des Gilets jaunes et de la grève liée à la réforme des retraites, tous les moyens sont bons pour interpeller l’opinion. Deux mots d’ordre : spontanéité et créativité. Récemment dans la capitale, le 24 janvier 2020, un flash-mob féministe devant la gare de l’Est... «À cause de Macron, grands perdants nous serons, faut t’le dire sur quel ton ?!» À Marseille le 2 janvier 2020, des manifestants ont défilé avec un flambeau à la main sur la Canebière. Ou encore à Toulouse le 20 janvier 2020, le rappeur D1ST1 et l'agence créative NFCA Media ont tourné un clip en plein cortège de l'acte 10 des Gilets jaunes. Sur Youtube, la vidéo enregistre plus d'un million de vues.

Bien loin des campagnes de tractage, ces nouveaux modes de mobilisation pacifiques ont pour dénominateur commun de faire un coup d’éclat. «Elles reposent sur une autre logique que la manifestation qui elle, consiste à faire nombre. Ici, ce sont plutôt des gens qui jouent sur une asymétrie : être peu nombreux, mais gagner une audience médiatique», résume le politologue Rémi Bourguignon. 
De plus, ce qu’on observe, c’est que ces actions collectives à moindre coût visent à mieux représenter les professions. Des mobilisations dites plus «horizontales» donc. Les exemples des blouses noires associées aux avocats et des blouses blanches associées aux personnels de santé, illustrent d'ailleurs cette nouvelle stratégie de communication.

«Habituellement, c’est l’appareil syndical qui est à la manœuvre, or ici, on cherche plutôt à apprendre aux syndicats à se mettre en retrait pour que la performance se mette en avant. Reste à savoir maintenant qui est à l’initiative. Est-ce des organisateurs de l'ombre ou plutôt le fruit d’actions locales ou des propositions de jeunes militants remontées aux organisations syndicales ?», s’interroge le professeur à l'université Paris-Est Créteil. 
Les séquences vidéo identifiées par Stratégies sur Twitter, soulèvent deux points intéressants. D’une part, les manifestants ne brandissent pas systématiquement un drapeau aux couleurs d’une organisation syndicale. D'autre part, les propriétaires de ces contenus (souvent localisés en régions) sont multiples : médias, journalistes, syndicats ou particuliers.

Lire aussi : Le luxe s'invite au cœur de la révolte

Ces formes de mobilisation ont déjà fait école dans d’autres pays. Et puis les réseaux sociaux sont loin d’être de nouveaux lieux de contestation. On l’a vu par exemple avec le Printemps arabe en 2011, qualifiés de «révolution 2.0».

Ce qui diffère en revanche, c'est la façon dont elles se structurent puis se déploient. Tristan Mendès-France, maître de conférences associé à l’université Paris Diderot et spécialisé dans les cultures numériques, prend en exemple les groupes Facebook des Gilets jaunes. «Ce n’était pas forcément quelque chose de volontaire, mais le mouvement s’est appuyé sur ces groupes Facebook à un moment où le réseau social poussait les contenus produits par les groupes Facebook, notamment à travers ses algorithmes.» 
Autre forme de mobilisation, cette fois née sur Twitch. Pour alimenter les caisses de grève contre la réforme des retraites, des youtubeurs avaient entamé en décembre 2019 un marathon de jeu vidéo, depuis la chaîne Stream Reconductible. Une mobilisation virtuelle qui s’inspire notamment du Z Event. «Les jeunes générations utilisent de façon opportune les outils qu’ils ont entre les mains, avec bien sûr les particularités de diffusion de données et des engagements qu’ils peuvent générer, donc pourquoi pas un jour utiliser TikTok, Snapchat ou d’autres services dédiés à la vidéo», soulève Tristan Mendès France. 
Ces nouvelles formes de mobilisation de rue sont-elles un levier de communication durable ? Pour Rémi Bourguignon, «elles peuvent s’articuler avec d’autres plus classiques, mais ne peuvent pas être majoritaires et vivre de manière autonome, car ce sont des actions spontanées». 

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