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Grand Prix Stratégies de l'innovation média

Violences sexuelles : l'enquête choc de L'Équipe

25/09/2020 - par Émilie Esnaud-Victor

Avec son enquête sur les violences sexuelles, parue en début d’année, L’Équipe a voulu faire bouger les lignes dans le milieu du sport. Une prise de position forte qui permet au journal de remporter le Grand Prix Stratégies de l’innovation média.

Le 29 janvier 2020, quand L’Équipe sort son numéro titré « La fin de l’omerta », le journal déclenche un véritable tsunami. Ses révélations sur les violences sexuelles dans le sport – qui s’affichent en une et dans un dossier de six pages –, couplées à la sortie du livre de Sarah Abitbol, Un si long silence, dans lequel l’ancienne patineuse révèle qu’elle-même a été une victime, aboutiront moins de deux semaines plus tard à la démission du président de la Fédération française des sports de glace. Didier Gailhaguet quitte ses fonctions au terme d’un bras de fer politique et médiatique, également couvert par L’Équipe, avec la ministre des Sports Roxana Maracineanu.

Le travail de L’Équipe, mené par la cellule enquête créée en janvier 2019, a duré plus de six mois. Six mois à recueillir des témoignages de victimes de violences sexuelles dans le milieu du patinage, mais aussi de la natation. Deux journalistes, Jean-Christophe Collin et Grégoire Fleurot, ont été détachés à temps plein pour récolter ces récits, avec une difficulté majeure, le « on ». Car dans cette enquête, l’ambition est bel et bien de briser le silence : d’anciens grands espoirs du sport français parlent ici à visage découvert, et livrent des noms. « Nous avons fait tout un travail de pédagogie, parfois vis-à-vis des parents ou des victimes, explique Jérôme Cazadieu, directeur de la rédaction du quotidien. Mais nos révélations ont eu pour but également de faire comprendre aux prédateurs que l’impunité était terminée. C’est d’ailleurs ce que j’ai voulu exprimer avec le titre de mon édito du 29 janvier : "La peur doit changer de camp". »


Un engagement de longue date

L’engagement du journal sur le sujet ne date pas d’hier. « Le travail sur les violences sexuelles dans le sport, c’est un travail de longue haleine à L’Équipe, poursuit Jérôme Cazadieu. Nous avons déjà travaillé sur ce sujet dans le passé. D’abord au milieu des années 1990, avec la lanceuse de marteau Catherine Moyon de Baecque, qui avait été victime d’agressions sexuelles et de viol. Puis au début des années 2000, quand nous avons accompagné la joueuse de tennis Isabelle Demongeot dans le procès de Régis de Camaret, son ancien entraîneur. » D’autres enquêtes ont suivi au début des années 2010, mais aucune n’a eu les conséquences de celle de 2020. Ce qui a changé ? La vague #MeToo, qui a clairement accéléré la libération de la parole, et la société dans son ensemble, un peu plus prête à ouvrir les yeux.
Et en 2020, l’ambition du journal est également autre : ce n’est plus seulement de dénoncer des cas précis, mais bien de démonter les rouages de l’emprise des entraîneurs sur leurs élèves. Car si les violences sexuelles touchent tous les milieux, le domaine du sport, surtout de haut niveau, a ses particularités. « Dans le sport, certains encadrants peuvent se substituer aux parents, indique Jérôme Cazadieu. Des enfants vont ainsi quitter le giron familial pour passer leur temps, entre les entraînements et les compétitions, avec d’autres adultes. Il y a une forme de délégation parentale à une structure sportive souvent incarnée par une ou deux personnes. Et quand un encadrant utilise sa position dominante pour passer d’une emprise psychologique à une emprise physique, puis à une emprise sexuelle, les sportifs sont dans une très grande difficulté pour mettre des mots sur ce qui se passe, pour porter plainte, pour se protéger. »

 
Un succès en kiosque
Et pour le directeur de la rédaction, c’est bien le rôle de L’Équipe que d’aborder ces questions qui touchent la société dans son ensemble. « Évidemment, nous allons raconter ce qu’est le sport par le prisme des résultats, mais nous devons aussi être capables de proposer plus de profondeur, plus d’enquêtes, plus de réflexion à nos lecteurs. Ils sont en attente de cela », affirme Jérôme Cazadieu. Il en veut pour preuve le succès de ce numéro exceptionnel : le journal a vu ses ventes en kiosque augmenter de 10 000 exemplaires le jour de la sortie de l’enquête, qui a aussi été extrêmement lue sur les plateformes numériques du quotidien et a déclenché des prises d’abonnement. « On a joué notre rôle de média autour d’une question de société, conclut-il. Et je suis très fier du travail qui a été fait par mes journalistes et par L’Équipe. »

« L’obstacle principal, c’est le silence »

Grégoire Fleurot, journaliste à la cellule investigation de L’Équipe

« Beaucoup de gens que j’ai contactés n’ont pas souhaité parler de ce sujet. Pourtant, de nombreuses personnes dans le monde du patinage savaient – sans forcément toujours connaître les détails ou les cas particuliers – qu’il y avait au bas mot des problèmes de comportement de la part de certains entraîneurs. L’obstacle principal à ce genre d’enquête, c’est le silence. Pour qu’il y ait un véritable impact, il fallait des témoignages à visage découvert, mais aussi cette évolution récente de la société. Si cette enquête avait été publiée il y a dix ans, les conséquences n’auraient pas été les mêmes. » 

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