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Numérique

Des civic tech en Afrique contre la colère et l’impuissance

06/11/2020 - par Amaury de Rochegonde

De nombreuses plateformes et applications citoyennes se sont développées sur le continent afin de raviver et parfois de réveiller la démocratie. Exploration.

Le troisième mandat présidentiel d’Alassane Ouattara, qui a conduit à des élections boycottées par l’opposition en Côte d’Ivoire, est sans doute ce qu’est l’analogique au numérique. Un système de diffusion contrôlable, censurable, où tout vient d’en haut sans tenir compte réellement de la demande des citoyens. Tout l’inverse des civic tech, ces technologies numériques qui partent du bas vers le haut, impliquent une plus grande transparence de la décision publique et invite les administrés à participer à la délibération.
Cartographies sur les élections
Depuis 2008, une start-up kenyane, Ushahidi (« témoignage » en swahili) sert de référence en la matière. Cette plateforme en open source a permis de réaliser des cartographies en temps réel sur les élections, les fraudes dans les urnes, les violences post-électorales puis le suivi des épidémies, etc. Il suffit au mobinaute d’envoyer un SMS pour que son information soit traitée et reportée sur une carte. Selon Angela Oduor Lungati, directrice exécutive de l’entreprise, cette solution a essaimé dans plus de 168 pays, avec plus de 100 000 rapports quotidiens et 50 millions d’utilisateurs.
Au Mali, c’est Tuwindi qui s’essaie à la démocratie directe avec l’appli MonElu (sur Google Play). Son patron-fondateur, Tidiani Togola, rappelle qu’il s’agit de « renforcer la participation des citoyens et la redevabilité de l’élu ». Créée en 2017, l’application a compté, avant le coup d’État de cet été, jusqu’à 60 députés sur 140. Le principe ? Les politiques s’engagent par convention à être au service de la population en répondant aux interpellations des internautes qui leur sont faites. Au total, 20.000 utilisateurs de 24 à 25 ans en moyenne peuvent ainsi solliciter leurs élus sur le respect de leurs promesses de campagne, l’avancée de reformes ou de travaux, etc. L’appli, qui prévoit de s’exporter en 2021 au Niger et au Burkina Faso, reste opérationnelle sur les municipalités. « D’habitude, on communiquait à travers la presse écrite, les radios. Mais ici, c’est un champ beaucoup plus large » déclarait en 2017 à RFI Abdoulaye Dembélé, élu de Tominian au Mali.

On retrouve ce rôle de vigie de la démocratie dans PesaCheck qui suit les promesses des personnalités politiques au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda. La plateforme met en relation des experts capables d’analyser des chiffres ou des données complexes et des médias susceptibles de les vulgariser. En Tunisie, l’ONG Al Bawsala propose, de son côté, un observatoire de l’activité parlementaire avec agenda des élus, compte-rendu de commission, etc. Dans le même courant, l’Association tunisienne des contrôleurs publics lutte depuis 2011 avec sa plateforme de données officielles, cabrane.com, contre la corruption et le détournement de fonds publics en suivant les appels d’offres. Quant à Barr al Aman (« parlement »), elle s’appuie sur les médias et notamment une émission de radio hebdomadaire sur la radio nationale tunisienne pour s’attacher à la réalité quotidienne face aux enjeux électoraux, la décentralisation ou les dysfonctionnements de l’État.

S'intéresser à l'espace public
Plus original, le collectif Save Dakar, au Sénégal, qui a publié sur les réseaux sociaux des photos et de vidéos d’exemples d’insalubrité et d’irrespect des habitants comme des autorités. Mandione Laye Kebe, son initiateur se souvient « s’être fait lyncher » quand il a publié des photos d’ordures mais le partage de ces clichés a fait réagir les pouvoirs publics. Il est aussi à l’origine de journées de nettoyage de rues ou de plages. En Tunisie, le mouvement Winou Etrottoir a commencé, lui, en recensant sur les plateformes les empiètements des terrasses sur l’espace public. Puis il s’est intéressé à l’occupation illégale à travers des constructions anarchiques, donc à la corruption et à la démission des pouvoirs publics. Aujourd’hui, il a édifié des principes de bonne gouvernance locale et se propose de labéliser les candidats aux élections.

« Plaisimètre »

« Les civic tech regroupent à la fois des applications d'une grande technicité et des initiatives qui s’intéressent aux choses quotidiennes et à la gestion de l’espace public », constate Philippe Couve, directeur de Samsa Africa à l’origine des premières Connexions citoyennes, avec CFI (agence française de coopération médias, lire encadré). Tidiani Togola insiste sur l’idée de co-construire avec les citoyens. « On conçoit avec les utilisateurs, cela garantit l’appropriation », souligne-t-il. Avec ses 300 messages par jour, l’appli MonElu a ainsi réduit des fonctionnalités jugées trop complexes pour se concentrer sur la navigation vocale afin de répondre au besoin d’oralité des électeurs. On y retrouve le « plaisimètre » sur le contrôle des promesses des candidats, et même le « Mackymètre », pour savoir si le président sénégalais est fidèle à ses engagements. « Une civic tech ne peut pas être pensée à 100% par le numérique, il faut aussi une dimension physique », observe Mathieu Lebègue, responsable du projet Connexions citoyennes au CFI.

Écueil économique

Ces technologies civiques sont-elles pour autant en plein boom ? « Cela reste sporadique », estime Philippe Couve. Les raisons peuvent être politiques : « Souvent, en Afrique subsaharienne, celui qui soulève un problème ou pointe une défaillance est accusé d’avoir partie liée avec l’opposition », poursuit-il. Des menaces au Burkina Faso ou au Mali ont conduit certains députés à se retirer d’un programme de transparence. C’est pourquoi Tidiani Togola rappelle que MonElu n’est pas au service de politiques mais de collectivités. Ensuite, il faut vaincre des difficultés techniques, en raison des inégalités de connexion, et réglementaires (MonElu a ainsi dû s’interrompre en 2018 car on la soupçonnait de ne pas respecter la loi sur la protection des données).

Mais le premier écueil est surtout économique. Malgré la formation, l’audit ou les études, les jeunes pousses de la civic tech ont du mal à trouver leur modèle économique en dehors des subventions internationales. Tuwindi, avec ses 22 salariés, a créé un abonnement à des services à valeur ajoutée (analyse de données, études…) et teste la publicité auprès de ses 100 000 utilisateurs avec des « civic coins » à gagner pour construire une classe ou fournir des cahiers aux élèves. « Au-delà de l’impact et de la pérennité, il y a une énergie qui atteste qu’il y a encore quelque chose à faire dans le pays. Et ça, c’est extrêmement positif », conclut Philippe Couve.

Connexions citoyennes, saison 2

Depuis le 19 octobre, fort de 4500 inscrits, Connexions citoyennes s’étale sur six semaines en se concentrant sur la sensibilisation aux civic tech via un Mooc. Plusieurs étapes sont prévues qui vont de la formation à l’incubation puis à la mobilisation. Stages à Paris et dans les pays africains (en temps normal), appui de mentors, aide au speech et à l’amorçage, financements… Cette saison 2, après une première édition en 2017, va développer 50 projets en 2021 et 2022. Avec 60% d’experts africains et 40% de femmes. Elle est financée à hauteur de 2,9 millions d’euros par l’Agence française de développement, de 300 000 euros par CFI et de 50 000 euros par le Ministère des Affaires étrangères.

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