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Chronique

Libra : ceci n'est pas un consortium

16/10/2019 - par Stéphane Distinguin, président-fondateur de Fabernovel

Ces dernières semaines, nous avons eu sous les yeux un magnifique cas d’ambition collective et d’explosion au décollage. Libra, la monnaie virtuelle de Facebook, s’annonçait comme un coup de maître : la plate-forme aux 2,4 milliards de « friends » défiait une fois de plus les États en créant sa propre monnaie, l’occasion de saisir la vague blockchain et cryptomonnaie mais surtout – face à la réussite de WeChat et Tencent – de tisser la toile d’une super-app, un « operating system » ou un écosystème complet d’applications intégrées. Le moyen enfin d’accomplir le rêve originel de Zuckerberg, contrarié par la puissance de Google et Apple et de leur « There’s an app for that ». J’aimerais revenir sur les raisons pour lesquelles seul un partenariat, même pour un acteur tel que Facebook, constitue la solution pour contrer WeChat, et sur les leçons à tirer du récent échec de la mise en place d’un tel consortium pour le lancement de Libra.  
Les utilisateurs de la Libra devraient à partir de 2020 pouvoir s'envoyer des fonds via les services de messagerie WhatsApp et Messenger mais aussi payer en ligne pour des biens et des services sur Facebook et chez l'ensemble des sites partenaires du réseau social. Pour lancer son projet de cryptomonnaie, Facebook a trié sur le volet 27 partenaires, de natures très différentes : sites grand public comme Spotify, e-commerçants comme eBay, Farfetch, Booking, Uber ou Lyft, opérateurs télécom comme Vodafone ou Iliad (bien joué !), mais aussi solutions de paiements établies et fintech, comme Visa, Mastercard, Stripe ou Coinbase. Ici, Facebook a retenu la leçon de l’échec de son initiative Credits, initiée en 2009 et arrêtée en 2013 faute d’utilisateurs, et par défaut d’ouverture et d’interopérabilité. Réunir ce premier cercle de partenaires est la seule façon de rattraper son retard sur WeChat et sa solution Pay.
Facebook est passée sur le grill de plusieurs commissions nationales et banques centrales parce qu’on ne disrupte pas impunément la fonction régalienne la plus sacrée des États, battre monnaie, au moment précis où les soucis pour ne pas dire la défiance s’accumulent avec ces acteurs : manipulations électorales avérées, enquêtes pour pratiques anti-concurrentielles, défauts de sécurité… La pression a été telle sur la Libra – qu’un membre du congrès américain a qualifié de Zuck Buck (dollar Zuckerberg) – que les partenaires qui ont le plus à perdre ou le moins à gagner ont déjà quitté le navire : PayPal, Visa, Mastercard, Stripe et eBay ont annoncé leur départ.

Une trop grande proximité avec Facebook

En synthèse, quelles leçons tirer de cet échec annoncé malgré la qualité du projet et de ses partenaires ?
D’abord, bonne pratique, on soulignera que les premiers partenaires sont des ambassadeurs très engagés du projet. En France, c’est Xavier Niel himself qui s’y colle dans Les Echos : « Libra, le projet de monnaie lancé par Facebook, existera, c'est inéluctable, avec ou sans nous, que les États le souhaitent ou pas. » (…) « Ce système est structurellement plus stable, une valeur refuge dans de nombreux pays en cas d'instabilité monétaire. C'est aussi une alternative à des projets non régulés ou politiquement motivés. »
Deuxième point, il ne doit pas exister de partenaire hégémonique dans un consortium, en tout cas, son indépendance doit être assurée vis-à-vis de tous ses membres. La cryptomonnaie adossée à Libra dépend d’une gouvernance indépendante mais le projet est suspect de par sa trop grande proximité avec Facebook.
Ensuite, un consortium doit être souhaité, en tout cas compris et accepté par les pouvoirs publics. À tout le moins, il doit être présenté comme une réponse écosystémique à un risque stratégique majeur identifié. En cela, Facebook n’a pas suffisamment défendu son projet comme la réponse nécessaire au péril technologique et monétaire chinois. Boeing méritait Airbus. C’est sans doute difficile pour Facebook d’accepter que WeChat justifie une réaction de cette ampleur.
Car, enfin, il doit être question de vie ou de mort. C’est comme ré-entreprendre avec la force du désespoir. Il faut risquer de tout perdre et avoir tout à gagner.
En voulant utiliser les relations entre ses utilisateurs et profiter de l’interopérabilité de leurs échanges sans mieux expliquer son projet et lui donner une ambition plus prosaïque que de vouloir toucher le ciel, Libra est un nouveau Babel : ce n’est pas un consortium.

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