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Le Président face au «Hollande bashing»

19/12/2013 - par Cathy Leitus

«L'affaire Closer» fragilise encore un peu plus François Hollande. Il y a un mois, Stratégies demandait à dix experts leur lecture de la situation et des pistes de solution face à la défiance de l'opinion et au «Hollande bashing».

Jamais un chef de l’Etat sous la Ve République n’était tombé aussi bas dans les sondages dix-huit mois après son élection. En octobre, suite à l’affaire Léonarda, François Hollande battait un record d’impopularité avec seulement 26% d’opinions favorables, selon BVA. "Après la séquence très “régalienne et  présidentielle” qui vient de se refermer avec les funérailles de Nelson Mandela et l’intervention militaire en Centrafrique, il remonte à 33%», note Gael Sliman, directeur de l’institut de sondages. Alors Stratégies a voulu comprendre, et a interrogé dix professionnels. Chacun des experts sollicités, qu’il soit de gauche, du centre ou de droite, arrive à même conclusion: François Hollande ne dit pas ce qu’il fait, entretient l'ambiguité, et ce déficit d’explication suscite de facto - au-delà de la crise - l’anxiété et la défiance des Français. Au-delà du diagnostic, chacun dans son domaine - la communication, les sondages, l’économie, la politique, le digital, la philosophie - contribue dans une stimulante diversité à la réflexion et délivre son conseil au président de la République.

 Serge Raffy: «En finir avec le rôle usé de l'homme qui rit»

«Donner un conseil au président? Bigre! Tous ceux qui le côtoient depuis des lustres savent que l'exercice relève de la haute voltige, pour ne pas dire du jeter de pavé dans le vide. L'hôte de l'Elysée est fait d'un métal rare dans la galaxie des hommes politiques. L'homme suit sa route et les avis au compte-gouttes. Ses bonnes manières, sa faconde, sa courtoisie masquent une ténacité hors norme. Chez lui, la bonhommie ne relève en rien de la pusillanimité, contrairement à la légende. Tous ses conseillers le savent: aucun d'entre eux n'est vraiment écouté. Ils sont entendus, mais, au fond, ils confient que, sous son allure de chanoine rond et patelin, François Hollande n'en fait qu'à sa tête. Le seul conseiller qu'il écoute vraiment, c'est lui-même. Cette posture, forme joviale du repli sur soi, est un verrouillage suprême. Le rire est un masque dans lequel le locataire de l'Elysée est claquemuré. Pour toucher le cœur des Français, il doit fendre l'armure. Renoncer à l'esquive. Se mettre en colère. En finir avec le rôle usé de l'homme qui rit dont Victor Hugo disait : "comme moi, on lui a mis au cœur un cloaque de colère et de douleur et sur la face un masque de contentement."»

Rédacteur en chef au Nouvel Observateur, auteur de Le Président, François Hollande, itinéraire secret (Ed. Pluriel)

 

 Thierry Pech: «Sortir de l'ambiguïte et clarifier ses choix économiques»

«Deux grands choix ont caractérisé la politique économique de François Hollande. Tout d'abord, un choix de normalisation européenne: dès juin 2012, le chef de l'Etat a renoncé à renégocier les engagements européens de son prédécesseur en échange d'un pacte de croissance en réalité fort modeste. De ce fait, il s'est lié les mains à une politique budgétaire très restrictive. Ensuite, à partir du rapport Gallois sur la compétitivité française, il a procédé à un virage sur l'aile en faveur des entreprises. C'est pour elles qu'a été fait le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE), un effort de 20 milliards d'aide par an financé surtout par les ménages qui vont voir la TVA augmenter à partir du 1er janvier. Mais tout cela - cette politique de l'offre - n'a jamais été clairement expliquée. Du coup, le débat public manque de repères et souffre de confusion. A force de vouloir ménager la chèvre et le chou, François Hollande a réussi l'exploit de paraître trop à droite pour beaucoup à gauche, et trop à gauche pour la plupart des gens de droite. Le flou savant qui entoure sa politique aboutit à nourrir un "Hollande bashing" irrationnel dans les médias et à laisser prospérer l'idée d'un gouvernement fâché avec les entreprises. On ne sort de l'ambiguïté qu'à son détriment, dit-on. Peut-être, mais en l'occurrence l'ambiguïté s'avère de plus en plus coûteuse.» Directeur de la rédaction d'Alternatives économiques 

 

 Stéphane Rozès: «Enoncer là où il emmène la France»

«Le président Hollande devrait faire ce qu'ont fait nos dirigeants depuis des siècles, mais pas son prédécesseur: assembler la diversité des Français à travers une projection de la France dans l'espace (les croisades, les colonies, l'Europe...), le temps (le progrès...) ou une incarnation dans une figure et un récit politiques. Le candidat Hollande a dit au Bourget: "La France n'est pas le problème mais la solution", notre modèle social et républicain a un avenir dans le monde tel qu'il est... Depuis, à l'Elysée, il oublie l'histoire dont il a été l'acteur et avance sans énoncer là où il veut emmener la France. Il semble dire, au contraire, que ce sont les vents de la mondialisation et Bruxelles qui dictent le chemin. La France ne pourrait donc être maîtresse de son destin. Notre imaginaire universaliste fait que nos élites mésestiment la singularité française et ses atouts. Alors les Français affichent leur défiance, se dispersent, se morcellent en jacqueries, se renferment. "Pas de vents favorables pour qui ne sait où il va", dit Sénèque. Or pour savoir où l'on va, il faut savoir qui l'on est et ne pas utiliser l'extérieur pour se justifier mais pour s'y projeter et faire récit de notre avenir commun.»

Politologue, consultant, président de CAP (Conseils analyses et perspectives) , enseignant à Sciences-po et HEC

 

Robert Zarader: «Régler le déficit d'autorité de la fonction communication»

«ll faut reconnaître aujourd'hui que l'exécutif arrive difficilement à écrire sa propre page de communication en raison notamment d'un déficit d'anticipation et de maîtrise de l'agenda médiatique. Pourtant, des mesures justes ont été prises qui ne sont pas portées au crédit du chef de l'Etat. Des choix réels ont été faits mais restent trop peu relayés par les ministres et les parlementaires de la majorité. Les mouvements d'opinion s'expliquent avant tout par manque de pédagogie et de «service après-vente» qui génère de l'anxiété et de la défiance. Tous ces facteurs corrélés à la pensée unique nourrissent le "Hollande bashing", qui emporte tout. Il faut reprendre la main sur le récit économique et politique, faire le pari de l'intelligence et dire la vérité, en privilégiant une parole plus adaptée, plus ciblée et en mettant en place des relais pour porter le discours du président. François Hollande est un excellent communicant, mais il doit pouvoir s'appuyer sur un dispositif articulé qui définisse le rôle et les prises de parole de chacun. Il faut arrêter le brouillage médiatique et régler ce déficit d'autorité de la fonction communication. Il faut aussi sans doute que le chef de l'Etat soit moins exposé et ne s'exprime que sur des sujets régaliens: les jeunes, l'Europe, la sécurité...»

Président d'Equancy & Co, conseiller amical de François Hollande

 

Emmanuel Rivière: «Parler de la France... dans l'Europe»

«La défiance à laquelle est confrontée le président de la République touche sa personne, mais ne se cantonne pas à sa personne. Elle affecte le personnel politique mais ne se limite pas au personnel politique. La crise de confiance que nous vivons (pour 83% des Français, les choses ont tendance à aller plus mal) reflète un doute profond des Français dans leur destin collectif. Ces derniers peuvent croire en leurs chances de réussite individuelle, savent tisser des solidarités interpersonnelles pour inventer des solutions à la crise. Mais ne voient pas comment la France peut défendre ses chances dans un contexte mondialisé. La résolution de ce paradoxe est le défi à surmonter. François Hollande a hérité d'un pays divisé. Jouer l'apaisement n'a pas suffi à recoller les morceaux. Les hésitations et volte-face ont au contraire accentué le sentiment que les revendications catégorielles primaient sur le collectif. Pour réduire ces fractures et restaurer la confiance, Le chef de l'Etat doit parler de la France, dire où elle va et avec qui. Et donc nécessairement parler de l'Europe - en laquelle il croit, et, sur ce point, nul ne peut contester sa cohérence - pour réconcilier le rêve Français et le projet européen et dessiner pour le pays un avenir choisi et non subi.»

Directeur du département Opinion de TNS Sofres

 

Benoît Thieulin: «Investir pédagogiquement les médias sociaux»

«L'émergence des médias sociaux ouvre une nouvelle ère dans la communication, celle de la relation à l'autre, qu'elle transforme totalement. Certains se font désormais appeler directeur de la conversation pour bien exprimer ce dialogue qu'ils doivent nouer avec les consommateurs, les clients, mais aussi donc les citoyens! Alors, pourquoi ne pas prendre un peu plus de risque en allant sur les médias sociaux, monsieur le Président? Mais pas n'importe comment, pour intervenir parfois dans le débat public, faire passer des messages différemment, mais aussi écouter. On imagine ce que donnerait votre esprit, vous qui en avez beaucoup, en 140 caractères... De quoi en tout cas nourrir des relations plus incarnées, plus proches, plus directes. L'immense renouvellement des outils et contenus pédagogiques portés par la révolution numérique vient également bousculer "la com politique de papa". Animation, vidéos, simulateurs, infographies, jeux sérieux permettent aujourd'hui d'illustrer de manière simple et même ludique des politiques publiques de plus en plus compliquées. Ainsi, expliquer la réforme fiscale avec un serious game, au-delà de l'expérience inédite, ouvrirait la voie à la coconstruction des politiques publiques.»

Fondateur de la Netscouade, directeur de la campagne Internet de Ségolène Royal et créateur de la plate-forme collaborative Désirs d'avenir

 

Franck Louvrier: «Faire exister la marque Hollande»

«François Hollande est toujours, après dix-huit mois de présidence, dans une communication de conquête du pouvoir et non pas d'exercice du pouvoir. L'exécutif pense à tort que le positionnement contre la politique précédente est encore un moyen de justifier son action. Il considère que "l'hyperprésidence" était seulement le fait de la personnalité de son prédécesseur. Alors que c'est en grande partie la conséquence d'une Ve République devenue quinquennale: la simultanéité des calendriers des élections législatives et présidentielle a fortement atténué le poids politique et médiatique du Premier ministre. Tout remonte désormais au président de la République. Ne pas l'intégrer donne une impression d'amateurisme et de grand flou dans l'action présidentielle. Les institutions obligent donc le chef de l'Etat à créer sa propre empreinte. La “marque Hollande” doit exister plus fortement. La confiance des Français envers leur président ne pourra se retrouver qu'au prix d'un cap clair et assumé. Jean Jaurès soulignait que "la République, c'est la confiance et c'est l'audace". La prise de risques est maintenant indispensable.»

Président de Publicis Events, vice-président de Publicis Consultants, ex-responsable de la communication de Nicolas Sarkozy à l'Elysée  

 

Arnaud Dupui-Castérès: «Ne plus mépriser la communication»

«Dans une France "immergente", la population doute des capacités des leaders politiques à être maîtres du destin collectif et les Français ont peur de l'avenir et du déclassement. Pour 86% d'entre eux, "on a besoin d'un vrai chef en France pour remettre de l'ordre" (Cevipof 2013). L'autorité comme valeur refuge, mais pas l'autoritarisme. Ségolène Royal l'avait compris avec son "ordre juste", Nicolas Sarkozy l'a incarné, puis a perdu pour avoir bafoué cette attente d'autorité. C'est avec ce paradigme qu'on peut analyser la popularité de Manuel Valls et la chute dans les sondages du président... Il s'y essaie au travers de sa politique internationale (intervention militaire au Mali et en Centrafrique) mais pas en politique intérieure. Le début du quinquennat est marquée par l'incompréhension de François Hollande pour la communication, pourtant essentielle à la vie démocratique car elle permet autant de comprendre l'opinion publique que d'expliquer la politique et de donner un sens à l'action publique. François Hollande ne prend en compte ni le verbe, ni le geste, ni les symboles, ni le tempo pour faire la pédagogie de son action. Tant qu'il ne fera pas son aggiornamento sur sa relation ambigüe à la communication, il n'a guère de chance de rétablir sa situation.»

Fondateur de Vae Solis, ex-conseiller en communication du Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin.

 

Jean-Christophe Alquier: «Moi président je donnerai du sens à l'histoire»

«Le problème de François Hollande est que son système de convictions ne s'inscrit dans aucune pensée, aucune tradition. "Ultramoderne politique"... Comme Tony Blair, Bill Clinton ou Nicolas Sarkozy, le chef de l'Etat est un "professionnel de la politique" qui poursuit une carrière dans une absence revendiquée de tout référentiel idéologique puisque, disent-ils, la réalité est tellement complexe qu'aucune idée ne l'épuise, en dehors de la molle nécessité de la réforme. Le chef de l'Etat est un homme normal... sans "histoire". Une conviction le guide. La prééminence de la méthode, du mode opératoire, de la gestion sur la vision du monde. Relisez ce qui est resté comme la matrice de la geste hollandaise, l'anaphore du "Moi président de la République...". Un climax ? Non... Un vade-mecum de bonnes manières démocratiques. L'affaire Léonarda? Le même vide idéologique. Car l'erreur n'était pas tant d'intervenir à la TV sur ce dossier que de nous expliquer, en magistrat aux affaires familiales, comment il allait être traité, alors même que la question des Roms fracture le gouvernement, la société française et l'Europe. En communication, il est des événements qui créent une attention collective et requièrent une vision de la part d'un leader politique. Il faut le courage d'en faire des moments de sens, et non pas se contenter de les gérer. Ils sont souvent des points de bascule majeurs. En marketing, on dirait "avoir le sens du timing". En politique... le sens de l'histoire.»

Fondateur d'Alquier Communication  

 

Alexandre Lacroix: «Définir un nouveau contrat social»

«Comment mener une politique de gauche quand les caisses sont vides? Le chef de l'Etat pourrait s'inspirer du philosophe irlandais Philip Pettit, qui fut conseiller de l'ex-Premier ministre espagnol Zapatero. Quand la redistribution est en panne, l'Etat peut encore agir par la législation, en protégeant les catégories sociales vulnérables de toute domination. En France, le mariage pour tous ou le projet de loi sur l'égalité entre les femmes et les hommes sont présentés comme des mesures isolées, alors qu'on pourrait les arrimer à un socle philosophique solide: un nouveau contrat social où la loi prendrait le pas sur la redistribution. Comment lutter contre le sentiment ambiant de déclin? Il faudrait oser repenser l'Etat. Au lieu d'essayer de maintenir l'ensemble des services publics en réduisant leurs moyens, ce qui force tout le monde à rogner sur ses ambitions, mieux vaudrait choisir quelques missions (l'hôpital, la police, la justice) et augmenter significativement leurs moyens, en réduisant la voilure ailleurs. Il y aurait des heureux et des mécontents, mais pas de mécontentement général. Comme priorités, l'éducation et la recherche sont essentielles: le niveau de diplôme est aujourd'hui le seul avantage comparatif d'un travailleur européen par rapport à un chinois. Si cette avance en termes de savoir disparaît, le déclin sera une réalité.»

Directeur de la rédaction de Philosophie Magazine

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