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Chronique

Statistiques : qui croire ?

04/09/2020 - par Bernard Sananès, président du cabinet d'étude et de conseil Elabe

Faut-il se fier au taux d’incidence, au fameux R effectif qui dit la reproduction du virus ou plutôt au nombre de tests positifs pour dire la progression de l’épidémie, à la triste courbe du nombre d’admissions dans les hôpitaux ou à celui des lits occupés ? Les chiffres de l’insécurité sont-ils en hausse depuis quelques mois, ou s’agit-il seulement d’une augmentation du nombre d’agressions déclarées ? Huit millions de salariés réellement au chômage partiel en avril ou treize millions de demandes cumulées d’autorisation au chômage partiel ? Les chiffres du chômage qui indiquent une diminution par rapport au trimestre précédent laissent-ils entendre que la situation va s’aggraver ou au contraire qu’elle est moins périlleuse que redouté ? Le PIB est il en recul de 8 ou de 11% ? Le classement de Shangai des universités est-il fiable ?

Chaque jour ou presque, avant même d’engager le débat sur les solutions à mettre en œuvre, les experts s’empoignent, sur la lecture différente qu’ils ont des statistiques de tous ordres. Un esprit critique pourrait même renvoyer à l’auteur de ces lignes des sondages contradictoires selon les questions posées. Comment alors le citoyen, l’électeur, peut-il s’y retrouver ? Comment peut-il attribuer, seul derrière son écran, un label de véracité aux données qui heure après heure circulent sous ses yeux ? Comment par exemple peut-il être convaincu que les 10 milliards promis en réponse aux Gilets jaunes ont bien été distribués, que les 100 milliards du plan de relance le seront efficacement ?

Car c’est dès ce stade, celui du chiffre, que la confusion et la contradiction s’installent sur de nombreux sujets, essentiels pour notre modèle économique et social. Résultat, la confiance dans les statistiques publiques s’effondre. Selon l’étude Elabe « Reboot ou Reset » réalisée en juin 2020 soit après le déconfinement, un Français sur deux n’a pas confiance dans les chiffres sur l’épidémie, 58% dans ceux du chômage, 66% dans ceux de la croissance, 58% dans les données du dérèglement climatique et des pollutions, 63% dans les statistiques de l’immigration.
Alors qui croire ? À quel indicateur se fier pour poser un constat de telle ou telle problématique économique ou sociétale, pour mesurer les effets des politiques publiques ? Pour celles-ci notamment, cette question est essentielle.

La pédagogie des chiffres, un préalable

Pourquoi ? Pour une raison simple, sans constat partagé, il ne peut pas y avoir de débat lucide et éclairé. Sans même parler de recherche de consensus, qui apparait aujourd’hui sur la plupart des thèmes du débat public totalement illusoire, il est essentiel de faire d’abord partager une problématique, son ampleur, son évolution, la spécificité des personnes qui y sont confrontées. Sinon comment convaincre qu’il faut agir, qu’il faut mobiliser des moyens financiers ou humains spécifiquement sur cette politique publique ? Il n’y aurait pas eu l’acceptation de l’interdiction de fumer dans les lieux publics sans le constat partagé du nombre des victimes du tabagisme passif. Il n’y aurait pas eu un niveau suffisant d’acceptation dans l’historique des limitations de vitesse (je ne parle pas ici des 80 km/h qui justement ont été installées sans le travail nécessaire de pédagogie) sans la démonstration chiffrée du lien vitesse-accidentologie. L’entreprise, plus familière avec les chiffres, n’échappe cependant pas à cette règle : faire la pédagogie des chiffres est le premier acte d’une nouvelle organisation, d’une acquisition, d’une évolution stratégique.

Cette bataille pour sacraliser la crédibilité des chiffres est importante. Elle est clé à l’heure des chaines d’information en continu et des réseaux sociaux qui donnent à un fait, à un chiffre, une vitesse et une puissance de propagation inégalée. Elle est redoutable à l’heure du discrédit de la parole publique. Elle est essentielle à l’heure où la démocratie balbutie sous l’effet de l’abstention. Pour pouvoir débattre sereinement des faits, il faut d’abord pouvoir croire dans les chiffres.

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