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Chronique

Je ne suis pas l'Amish de service

05/10/2020 - par Gildas Bonnel, Gildas Bonnel, président de Sidièse et de la commission RSE de l’AACC

Plus de 150 entreprises dont Apple, Microsoft ou Google, viennent d’appeler solennellement l’Union européenne à fixer à 55 % l’objectif de diminution des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. Oui, oui, on a bien lu ! les géants du numérique souhaitent, eux aussi, être acteurs de la croisade climatique. Cet été, Amazon annonçait la création d’un fonds d’investissement (The « Climate Pledge ») de deux milliards de dollars pour financer des technologies permettant de réduire les émissions de CO2. Le mastodonte de la distribution avait déjà annoncé vouloir atteindre la neutralité carbone en 2040. Plus encore, Amazon s’est engagé à valoriser dans son catalogue plus de 25 000 produits, de l’épicerie à l’électronique, accompagnés du label « Engagement favorable pour le climat ». Le rêve !
Dans cette même séquence, Google a annoncé, par la voix de son patron Sundar Pichai, qu’elle était la première grande entreprise complètement « carbon neutral ». Facebook, de son côté, a présenté un partenariat avec le Giec pour lutter contre le dérèglement climatique en créant un Centre d’information sur le climat. Apple annonce un objectif de neutralité carbone en 2030 (réduire de 75% ses émissions d’ici à 2030 et en compenser 25%) et Microsoft fait partie des neuf multinationales (avec Nike, Danone, Starbucks, Mercedes ...) engagées dans le programme « Transform to Net Zero », une initiative de partage des meilleures pratiques pour atteindre la neutralité carbone.
C’est fou cet engouement sur le climat. Cela dit, quand on sait que le numérique représente environ 4 % des émissions de gaz à effet de serre émis par l’humanité et une augmentation de 9% par an de sa consommation énergétique, on est heureux de voir ces géants se retrousser les manches. Mais si on regarde de plus près l’impact énergétique du numérique, on découvre que 80 % de l’impact est dû à l’explosion de la vidéo. Dans un rapport publié en 2019, « L’insoutenable usage de la vidéo en ligne », le think tank The Shift Project estimait que le visionnage de vidéos en ligne avait généré plus de 300 millions de tonnes de CO2 en 2018, soit autant de gaz à effet de serre que l’Espagne, ou près de 1% des émissions mondiales. Tout de suite, on se sent concernés non ? 

Quels impacts pour la 5G ? 

J’en viens au fait : et nous, les communicants, on s’engage à quoi ? Les Gafam ne nous ont pas habitués à prendre des décisions contre leurs intérêts. Amazon n’est pas un modèle d’errance stratégique, de fourvoiement commercial, de sacrifice de ses marges ...  Et nous, quand changerons-nous de regard sur les contraintes climatiques ? Quand est-ce qu’on décide d’y voir des voies d’amélioration plus que des entraves au business ? Et la 5G, on continue à la vouloir sans même attendre les conclusions des études d’impact en cours ? Juste parce qu’on n’a pas envie d’être vu comme des Amish ?
Le truc c’est que la consommation d’énergie n’est pas le seul impact de l’industrie digitale. Car si l’on parle de durabilité du secteur, on doit regarder l’ensemble des externalités. Le numérique est une ressource non renouvelable au regard des métaux et terres rares qu’elle dévore, de l’acidification des mers, de l’eutrophisation des sols ... On parle de ressources pour trente ans. C’est pas beaucoup ! Le risque, dans cette fuite en avant, est de jeter aux orties des centaines de millions d’appareils obsolètes pour nous permettre de télécharger plus rapidement des vidéos dans nos TGV à pleine vitesse.
Si on croyait vraiment au potentiel inestimable des services digitaux dans l’éducation, la santé, la sécurité, la communication, on devrait réfléchir aussi à en laisser à nos enfants non ? La sobriété numérique, expression chère à Frédéric Bordage de GreenIT prend tout son sens. Il ne s’agit pas de lampes à huile mais de bonne gestion pour notre avenir commun.
Si les Gafam sont devenus Amish, alors je veux bien me faire nonne ! En attendant qu’on me le démontre, je suis et reste communicant proclimat, en avant toute !

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