Hommage
Le publicitaire Frank Tapiro se souvient de Bernard Tapie, avec qui il a notamment réalisé une pub pour les magasins Connexion. Il était un «génial touche-à-tout», un homme avec du «génie», une «énergie» et une «foi sans limite».

Quand on a l’occasion de rencontrer l’idole de sa jeunesse, de travailler avec lui, de le faire jouer devant une caméra pour se moquer de lui-même, on se dit qu’on a de la chance. Bernard était une chance pour ceux qui le rencontraient. Avec lui, je ne réalisais pas une pub, je réalisais un rêve d’enfant. Le brief était simple : Connexion, enseigne indépendante en électronique grand public, voulait faire une pub cinéma sévèrement burnée pour la rentrée 1999, face à ses concurrents mastodontes du retail. Il fallait secouer, perturber, chatouiller et surtout déstabiliser avec du courage et beaucoup moins de moyens.

Le choix de Bernard Tapie en ambassadeur s’imposa comme une évidence, lui qui a débuté comme vendeur de téléviseurs. Star populaire passée par la case prison, Nanard faisait son come-back. Ce génial touche-à-tout était toujours là où on ne l’attendait pas. Le script mettait en scène deux Tapie. Le Tapie d’après – qui a muri en sortant de prison, qui a pris du recul sur sa vie et ses erreurs – qui observe le Tapie d’avant, qui fait connerie sur connerie. D’une « erreur d’arbitrage » (prémonitoire de son arbitrage financier de 2008) à une « erreur judiciaire », en passant par une « erreur de manœuvre », on revoit la vie de Tapie. Le film se termine dans un magasin Connexion pour bien faire comprendre que, même pour choisir son matériel électronique, les conneries, c’est fini.

Comédien hors-pair

Arrivé sur le lieu de tournage, dans cette sublime ville de Saint-Malo, je compris tout de suite qu’on avait changé de registre. Bernard voulait tout contrôler, les plans, la mise en scène, les cadrages, le rythme, la lumière, les décors... Toutes ses remarques étaient à la fois pertinentes et judicieuses. C’était un homme de com hors pair et un fils de pub génétique. Il était le porte-parole de tout ce qu’il faisait et avait un instinct de ce qui était populaire ou non, de ce qui était juste, de ce qui était fort. Il fallait bien entendu l’écouter tout en lui rappelant qu’il n’y avait qu’un seul boss sur le plateau et que, pour une fois, ce n’était pas lui.

Après une explication cash et directe, le tournage allait être l’un de mes plus beaux souvenirs de réalisateur. Comédien hors-pair, il mettait du rythme pour renforcer l’esprit burlesque du film. Toujours juste, jamais too much, à la fois physique et serein, nerveux et calme. Il jouait à fond en prenant un malin plaisir à chaque prise à me dire ce qui allait ou non. Et il avait raison. L’erreur aurait été de ne pas le choisir. L’erreur aurait été de ne pas l’écouter ou de le traiter comme un acteur lambda. Il était Tapie. Unique, irremplaçable, inimitable.

Je réalisais là mon rêve de gosse. À 15 ans, je me voyais déjà, en haut de l’affiche. Avec lui à mes côtés en photo sous le titre « Tapie et Tapiro sont dans un bateau ». Ce n’était pas mégalo, juste un rêve d’ado. 20 ans plus tard, le jour de la sortie du film, Stratégies titra « Tapie et Tapiro sont dans un bateau ». J’en frissonne encore. Merci Bernard de m’avoir autant appris à tes côtés. Merci pour ton génie, ton énergie, et cette foi sans limite. Merci pour ta générosité, ton courage et ton enthousiasme. Merci d’avoir dépassé le modèle que j’imaginais.

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