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Chronique

L’intrus qui dérange la campagne

06/12/2021 - par Bernard Sananès, président du cabinet d’études et de conseil Elabe

Tout était prêt. Les zéniths réservés. Les tracts maquettés. Les cornes de brume ressorties des permanences longtemps désertées. Les hologrammes augmentés. Le rythme des déplacements minuté. Les punchlines affutées. Il ne manquait à certains que les signatures, à d‘autres l’investiture, et pour nombre d’entre eux, la déclaration de candidature. Le tour de chauffe de la pré-campagne n’était pas passionnant certes mais pouvait laisser espérer de beaux débats. Dans quelques jours, comme tous les cinq ans, après la trêve des confiseurs, engagés dans une course d’obstacles, tous allaient s’élancer. Sur la ligne de départ, cependant, un invité avançait masqué. Il était de retour. La vague 1 avait mis KO les municipales, la 3 les régionales, la 5 menaçait l’élection suprême. Le covid s’était invité dans la présidentielle. 
Si la poussée épidémiologique se poursuit, c’est la première fois qu’une campagne présidentielle se déroulera dans ces conditions. Si les sondages, eux, ne sont jamais prédictifs, on peut en revanche essayer d’imaginer ce que l’irruption du virus dans la campagne pourrait bouleverser dans l’échéance 2022. 
D’abord, comment faire campagne ? C’est la première question qui peut peser sur la tonalité comme sur la matérialité de celle-ci. S’agissant de la tonalité, le variant, l’épuisement des soignants, les images de réa, peuvent-elles laisser place à ces moments parfois joyeux des campagnes, aux enthousiasmes des salles en liesse et sans distance, à l’humeur potache des jeunes militants et des réseaux sociaux ? Avec le virus, c’est sans doute une forme de gravité qui va dicter les codes. Sur la matérialité évidemment, les fondamentaux des campagnes pourraient être revisités : qui fera les marchés ? qui remplira les salles ? qui réunira les militants ? Et évidemment qui au final ira voter ? La composition du corps électoral et notamment le poids décisif des personnes âgées pourrait bien être remis en cause si la vague 5 n’était pas contenue d’ici avril.

Un bruit médiatique inégalé 

Ensuite, pourra-t-on parler d’autre chose ? Depuis septembre, pouvoir d’achat, immigration, sécurité et dans une moindre mesure l’environnement se sont installés dans la campagne. Chaque candidat essaye de mobiliser son électorat potentiel sur le thème déterminant dans son vote. Mais déjà les médias ont refait de la propagation du virus, d’Omicron, des fermetures d’école, leurs unes et leurs éditions spéciales. Dans ce contexte, une déclaration forte sur les salaires, sur la taxe carbone, ou sur le durcissement du code pénal peut se retrouver ce jour-là broyée par l’actualité sanitaire et son impact sur le quotidien des Français. Jamais un évènement n’a eu autant d’impact en bruit médiatique ; dès lors il est peu probable que même confronté à la campagne présidentielle, le virus n’en sorte pas vainqueur. 
La gestion de crise au cœur de la campagne ? Séguéla nous l’a tellement appris, on ne vote jamais pour un bilan… Mais la jurisprudence Hollande l’a démontré, le bilan peut être éliminatoire. À ce titre, et après de premiers mois d’une gestion de crise critiquée, la situation du président sortant est pour l’instant renforcée, d’un côté par le sentiment qu’il n’y a pas vraiment d’autre politique sanitaire qui aurait pu être menée, et d’autre part par le « quoi qu’il en coûte ». Qu’en serait-il après trois mois supplémentaires de passe sanitaire, de restrictions et un doute qui s’ouvrirait sur l’efficacité du vaccin? Si aujourd’hui les Français ont toujours approuvé les mesures prises, les oppositions ne sont pas groupusculaires (elles pèsent environ 30% des Français). Sous la pression de la campagne, la lassitude peut-elle être le terreau fertile de la contestation ? 
Reste à savoir enfin si la menace du covid sur la campagne permettra quand même de voir se confronter des visions de l’avenir du pays. La France de 2030, les réformes structurelles, la puissance chinoise, tout cela peut sembler bien loin, quand on doit affronter une épidémie et qu’individuellement on se recentre sur son « premier cercle ». Pour les candidats, ce sera une épreuve supplémentaire que de réussir à parler covid et à projeter leur action dans le moyen et long terme. Pour toutes ces raisons, cette campagne sera sans doute encore plus complexe que toutes celles que nous avons connues. 

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