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politique

MAM et le «savoir-faire» français

28/01/2011 - par Amaury de Rochegonde

63% des Français ont une opinion positive de Michèle Alliot-Marie.

La personnalité du gouvernement préférée des Français s'appelle Michèle Alliot-Marie, selon le baromètre de l'Ifop publiée le 20 janvier dans Paris Match. Avec 63% d'opinions positives, elle gagne même 3 points en janvier par rapport à décembre 2010, si l'on en croit l'échantillon de 957 personnes de l'Ifop, qui a été interrogé 2 à 3 jours après la fameuse déclaration de MAM du 11 janvier à l'Assemblée nationale: «Nous proposons que le savoir-faire qui est reconnu dans le monde entier de nos forces de sécurité permette de régler des situations sécuritaires de ce type», y lançait la ministre des Affaires étrangères non sans défendre «le droit de manifester» en Tunisie.

Bien sûr, les personnes interrogées par l'Ifop étaient loin d'avoir à l'esprit une telle déclaration polémique, puisque les médias ne s'en étaient pas encore faits l'écho. C'était avant la fuite du chef de l'État tunisien, dans la soirée du 14 janvier, qui allait déchaîner les indignations médiatiques…

Le site Acrimed.org relate comment des médias d'information comme l'AFP, Le Parisien ou TF1 qui parlent en décembre «d'émeutes sanglantes» ou de «flambée de violences meurtrières» changent alors de focale: ils évoquent une «révolution de jasmin» quand les chaînes d'info chargent le «dictateur» Ben Ali.

Frédéric Dabi, de l'Ifop, estime que MAM ne sera pas nécessairement sanctionnée par l'opinion pour cette sortie pour le moins inadaptée (lire ci-dessous). Pourtant, nombreuses sont les voix qui se sont exprimées, après coup, pour condamner ses propos. Alors que Laurent Joffrin, de Libération, demande sa démission dans un éditorial, Jacques Julliard estime dans Marianne qu'elle rejoint la cohorte «des incapables ou des contre-emplois» nommés au Quai d'Orsay pour permettre au président de la République de faire des affaires étrangères sa chasse gardée.

«Obsédée par les morts»

«Alliot-Marie offrait à la dictature, au nom de la France, les moyens de venir à bout du soulèvement, donc de se maintenir au pouvoir, sans faire couler un flot de sang, ce qui aurait fini par faire tache», assène Jean-François Kahn dans le même hebdo du 22 janvier.

Deux jours plus tard, Henri Guaino, conseiller de Nicolas Sarkozy, tente d'éteindre l'incendie en déclarant sur France Inter que les propos de MAM ont été «surinterprétés et déformés», sachant que la France ne s'ingère pas dans les affaires intérieures d'un pays. Oui mais alors, interroge un auditeur, «quand on propose d'apporter de l'aide, c'est de l'ingérence, non?». «L'analyse est juste», consent à lâcher Guaino. Mais la ministre était selon lui «obsédée par les morts».

Reste à savoir si la vision d'une «diplomatie coupée des sociétés» et d'une «France enfermée dans un tête à tête stérile avec des élites vieillissantes», selon les termes de Pierre Haski (Rue 89), ne concerne pas aussi les médias français. Le Monde du 19 janvier rapporte les propos de la blogueuse Houeida Anouar, qualifiée de «figure de proue du cyberactivisme tunisien»: «Même les plus libéraux d'entre nous, qui n'apprécient pas le penchant religieux de la chaîne Al Jazira, se sont mis à la regarder», affirme-t-elle. L'auteur de l'article, Benjamin Barthe, raconte comment la chaîne du Qatar s'est appuyée sur les vidéos amateurs postées sur les sites alternatifs tunisiens signalés par Twitter et reprises sur les réseaux sociaux pour «créer une véritable synergie qui a consolidé l'audace et le pouvoir des manifestants». Une occasion ratée pour France 24?

 
Frédéric Dabi, directeur du département opinion de l'Ifop

 

«Les interviews de notre tableau de bord politique ont été réalisées les 13 et 14 janvier, dans la foulée des propos de Michèle Alliot-Marie mais avant le départ de Ben Ali. Il est illusoire de croire que la cote d'une telle personnalité, présente en politique depuis les années 1980, repose uniquement sur la Tunisie. On verra ce qu'il en sera le 5 février. Il y a eu le précédent Bernard Kouchner, qui a payé cash par une chute de 10 points sa phrase “J'ai eu tort de demander un secrétariat d'État aux Droits de l'homme”, en décembre 2008. Mais je serai extrêmement prudent sur MAM. Une déclaration n'est pas un acte lourd, et elle a fait un sans-faute à l'Intérieur et à la Défense. Elle symbolise le soutien du gouvernement français à Ben Ali.»

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