35% des Français se déclarent pauvres

Alors qu'à Bruxelles, la bataille pour la survie de l'aide alimentaire européenne (remise en cause par l'Allemagne, le Royaume-Uni, la République tchèque, la Suède, le Danemark et les Pays-Bas) fait rage, 92% des Français considèrent que«la difficulté à se procurer une alimentation saine et équilibrée» est un critère de définition de la pauvreté. Une donnée tirée de la récente enquête «Les Français et la pauvreté»menée par l'institut Ipsos pour Le Secours populaire. Les Français sont de fait très sensibles sur ce sujet (67%), ainsi que sur l'accès aux soins et aux médicaments (61%). Un point important lorsque l'on sait que, selon un récent sondage CSA pour Europ Assistance, un tiers de la population a renoncé à des soins médicaux en 2011, faute de moyens.

Selon l'enquête d'Ipsos, 35% des Français affirment connaître la pauvreté, contre 33% en 2010 et 30% en 2009. Ils sont 22% à craindre, à terme, d'y être confrontés (20% en 2010). Une augmentation soulignée par diverses études de l'Insee: le niveau de vie médian d'une famille se situe à 19 080 euros par an, soit 15,80 euros par jour et 13,5% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté (46% des familles monoparentales du pays). Des chiffres qui, pour Julien Laupêtre, président du Secours populaire, attestent d'un «raz-de-marée de la misère». Christine Craplet, directrice d'étude chez Ipsos, note également que les jeunes sont surreprésentés, à la fois parmi ceux qui se déclarent pauvres et ceux qui craignent de le devenir. Un constat partagé par le président de l'association caritative, dont le prochain congrès, qui se tiendra à Nancy du 25 au 27 novembre, sera transformé en «assises de la jeunesse solidaire». Un diagnostic entériné par les Français eux-mêmes puisque 85% d'entre eux sont persuadés que leurs enfants vivront moins bien qu'eux.

Une perception différente

À noter que, pour les Français, le seuil de pauvreté se situe autour de 1 031 euros, soit très près du Smic (1073 euros net) et bien loin des 950 euros calculés par l'Insee. Une forte proportion de Français cite comme critères de pauvreté l'impossibilité d'envoyer ses enfants en vacances au moins une fois par an (73%), d'accéder à des biens et activités culturels et de loisirs (71%), démontrant que «le sentiment de pauvreté, c'est aussi être exclu d'un système social». Ceci explique sans doute l'écart entre le seuil de pauvreté perçu par la population et celui indiqué par l'Insee. L'important, dans une société, n'est pas tant d'être pauvre, mais la perception qu'on a de la pauvreté, et le fait de savoir si on est plus pauvre que les autres. C'est sans doute aussi la raison pour laquelle, en plus de son programme alimentaire, le Secours populaire propose aux démunis une écoute psychologique et un programme de départs en vacances, d'accès à la culture et au sport.

 

Parole d'expert

Julien Lauprêtre, président du Secours populaire

Quand les familles d'un département nous disent qu'il y a 20% de demandes en plus, on voit bien que la misère augmente. Il y a aussi le cataclysme de la menace d'arrêt du PEAD, le Programme européen d'aide aux démunis. En Europe, des dizaines de millions de personnes en dépendent pour vivre. Si cela se confirme, cela fera 130 millions de repas annuels en moins. Des pourparlers sont en cours. Toutes les associations concernées: le Secours populaire, les Restos du cœur, la Banque alimentaire, etc., sont mobilisées sur ce sujet. L'an dernier, nous avons distribué 90 millions de repas. Si le PEAD cesse, nous n'en distribuerons que la moitié. Le pire est que l'Europe dépense des milliards dans des programmes, là où le PEAD ne représente qu'un euro par an et par Européen.»

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