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Internet

Surf in Africa

09/06/2005

Avec 11 % de la population mondiale, l'Afrique ne compte que 1,1 % des internautes de la planète. Le Web est pourtant un sésame pour le développement.

Stella surfe sur le Web depuis une heure déjà. Cette étudiante togolaise en gestion a pris l'habitude de venir« au moins trois fois par semaine »dans ce petit cybercafé de Lomé« pour tchater avec des amis partis faire des études à l'étranger ou avec des inconnus »,sourit-elle.« Trouver un flirt virtuel, voire un prince charmant, pour 300 F CFA (0,45 euros) de l'heure, ça vaut le coup, non ? »interroge, le regard espiègle, son amie installée à côté devant un vieux PC. Certes, la connexion via la ligne téléphonique est lente - 54 kb par seconde au mieux - mais qu'importe quand on n'a jamais connu mieux.

En cinq ans, ce petit pays d'Afrique de l'Ouest a vu son nombre d'internautes augmenter de 110 %, selon le site Internet World Stats. Bien que ce ne soit pas le boom le plus fulgurant du continent - en Somalie, par exemple, on a assisté à un accroissement de plus de 44 000 %, tandis que la République démocratique du Congo a enregistré une hausse de presque 10 000 % ! -, le Togo figure en bonne place s'agissant de la pénétration d'Internet au sein de sa population. Quatre pour cent des Togolais sont régulièrement connectés. Mais à l'instar de Stella, peu disposent d'un ordinateur à leur domicile. Le coût - que ce soit celui de l'équipement ou de l'abonnement - est encore trop prohibitif, alors que les cybercafés qui pullulent dans les grandes villes du pays offrent des tarifs imbattables. Le constat vaut pour l'ensemble de la partie subsaharienne du continent, excepté peut-être pour l'Afrique du Sud (voir encadré). Selon une récente étude - unique en son genre et dont le premier volet publié fin 2004 traite de la zone ouest-africaine - réalisée par Balancing Act, une entreprise londonienne de conseil et d'édition spécialisée dans les nouvelles technologies sur ce continent, 7 pays seulement de cette région occidentale comptent plus de 10 000 abonnés à un fournisseur d'accès Internet.

Reste que, malgré ces progrès patents et rapides, l'Afrique demeure la partie du monde la moins connectée. Avec 11 % de la population mondiale, elle ne compte que 1,1 % des internautes de la planète. Conscients des dangers inhérents à cette fracture numérique, les gouvernements africains membres du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (Nepad) considèrent l'accès à Internet et aux nouvelles technologies de la communication comme leur deuxième priorité. Ils ont d'ailleurs plaidé leur cause au cours du Sommet mondial sur la société de l'information, dont la première phase s'est déroulée à Genève en décembre 2003. À cette occasion, le président sénégalais, Abdoulaye Wade, a proposé de créer un Fonds de solidarité numérique (FSN). Inauguré en mars 2005 à Genève, le FSN devrait fonctionner dès 2006 sur la base du volontariat : les autorités qui le souhaitent pourront verser 1 % du montant de leurs marchés relatifs aux technologies de l'information et de la communication pour réduire les inégalités Nord-Sud. Sans Internet, impossible de bénéficier de la mondialisation des marchés et des savoirs.

Un clavier plutôt qu'une kalachnikov

En Afrique, les nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) ont d'abord été perçues comme un tremplin en termes d'éducation, sésame du développement. Les Nations unies, mais aussi les États-Unis, le Canada ou la France ont apporté leur aide à des projets de formation virtuelle. En 1997, la Banque mondiale a ainsi lancé le programme d'éducation à distance Université virtuelle africaine (UVA). Le but : permettre à des étudiants africains de suivre les cours dispensés par les professeurs canadiens de l'université de Laval, dans la région de Montréal. Au départ cantonnée au Cameroun, au Bénin, à la Côte d'Ivoire, au Burkina Faso et au Tchad, l'UVA est aujourd'hui disponible dans 26 pays. Depuis sa création, plus de 40 000 étudiants ont non seulement été formés aux NTIC mais ont aussi pu suivre des enseignements de haute qualité, diplôme à l'appui, sans quitter leur pays. Un atout non négligeable pour ce continent qui souffre de la fuite de ses cerveaux... Les NTIC servent aussi, dans d'autres pays tels que la Sierra Leone ou le Liberia, à réintégrer les enfants-soldats dans la vie civile. SchoolNet Africa, une organisation indépendante établie en Afrique du Sud et présente dans une trentaine de pays, a pu redonner le goût d'apprendre à plus de 100 petits Angolais, Rwandais et Libériens habitués jusqu'alors au maniement des kalachnikovs et des machettes plutôt qu'à celui des crayons ou des claviers.

D'autres secteurs se sont ensuite approprié l'espace numérique. Les médecins, par exemple, peuvent faire de la prévention sur le virus du sida via des CD-Rom ou des sites Internet disponibles dans des centres multimédias. Ces derniers remplacent alors peu à peu l'arbre à palabres des villages africains. Car la priorité des gouvernements est de n'oublier personne dans sa marche effrénée vers les nouvelles technologies. Les régions isolées, où vivent en moyenne plus de 70 % de la population africaine, sont devenues les cibles privilégiées des nouveaux projets Internet. Les Centres multimédias communautaires (CMC) installés au Mali, au Mozambique et au Sénégal, combinent la radio de proximité avec le Web et d'autres technologies modernes pour informer les paysans. Ainsi, chaque jour, les cultivateurs de coton de Koutiala, une ville située à 420 km de Bamako, la capitale malienne, écoutent attentivement les prévisions météorologiques et les conseils agricoles diffusés par Radio Jamana. Cette radio de proximité, dont le siège se trouve dans un bâtiment qui abrite un télécentre doté d'une connexion Internet, d'un fax, d'un scanner et d'un appareil photo numérique, invite les auditeurs à venir consulter sur place d'autres données. C'est donc par le biais d'un média adopté par tous que les nouvelles technologies sont progressivement introduites dans la société. Le télécentre répond aussi aux besoins locaux en organisant des cours d'alphabétisation ou encore d'initiation à l'informatique. Le tout en bambara et en minianka, les langues locales.« Ces CMC sont des plates-formes de communication pour la communauté »,se réjouit Stella Hughes, la responsable de ce programme lancé par l'Unesco et la Suisse.

Autre projet à destination des populations rurales couronné de succès : Manobi, au Sénégal. Là-bas, les paysans utilisent un téléphone portable pour se connecter à Internet grâce à la technologie du WAP. Avant d'aller travailler, ils peuvent ainsi connaître les prix auxquels sont vendus sur les marchés de Dakar et d'ailleurs les produits qu'ils cultivent.« J'utilise le WAP depuis deux ans,confie Mamadou Diop, un agriculteur de 37 ans.Ça a vraiment changé ma vie et j'ai pu augmenter ma production de 15 %, et ce sans grever mon chiffre d'affaires puisque Manobi me facture 100 F CFA par jour[soit près de 5 euros par mois]».Au lieu de se rendre au marché quotidiennement, lequel se trouve à trois quarts d'heure de piste du village, pour écouler ses tomates et ses oignons au meilleur prix, Mamadou Diop peut s'occuper de ses 15 hectares et de ses 8 employés en attendant le moment le plus propice et en évitant de se faire« avoir par les intermédiaires ».Le réseau, qui compte aujourd'hui presque 500 abonnés - mais beaucoup plus d'utilisateurs car plusieurs paysans utilisent le même terminal -, est le fruit de la collaboration entre une société française, Manobi, et le principal opérateur de téléphonie mobile au Sénégal, Sonatel. Consciente de s'adresser à une population largement analphabète, l'entreprise propose des informations iconographiées. Forte de sa réussite auprès des agriculteurs, Manobi vient de lancer un nouveau service à destination des pêcheurs en mer, qui peuvent désormais recevoir les informations météorologiques en temps réel sur leur portable et lancer des SOS depuis le large.

Bénin, Cameroun, Gabon... dans la course à l'ADSL

Si Manobi a choisi d'adopter la technologie mobile, c'est sans doute parce que les infrastructures de télécommunications sont souvent inexistantes dans les régions rurales. Seules les grandes villes ont des réseaux permettant d'envisager d'autres types d'accès. En 2002, a été inauguré à Dakar le premier câble numérique sous-marin d'une longueur de 28 800 km reliant le Sud au Nord. La capacité de la bande passante a été multipliée par plus de 120 pour atteindre aujourd'hui 120 gigabits dans les villes côtières. Cette modernisation permet à certains pays de promouvoir l'ADSL. Le Bénin, le Cameroun, le Sénégal, la Côte d'Ivoire, le Gabon et le Ghana sont dans la course depuis le début de l'année. Autre technologie qui devrait dynamiser le marché sous peu : le VoIP (Voix sur IP ou téléphonie sur Internet). Marchant sur les pas de la Guinée Bissau - premier pays de la région à l'avoir légalisé -, la Côte d'Ivoire, le Ghana, le Mali, la Mauritanie, le Nigeria et le Sénégal viennent de mettre fin, ou vont le faire bientôt, au monopole de leurs sociétés nationales de télécommunications. Le Wi-Fi, la version sans fil de l'Internet à haut débit, fait également une timide apparition. Combiné avec la liaison par satellite VSAT, il a déjà fait son entrée dans la capitale éthiopienne, Addis-Abeba, et à Cotonou, au Bénin, où l'entreprise fournisseur d'accès Mantic cible les hôtels, les centres de conférences et les universités.

Grâce à ces récentes liaisons à haut débit, de nouveaux marchés prennent leur essor. Les centres d'appels, notamment, commencent à fleurir sur le continent africain. Au Sénégal, la société PCCI, spécialisée dans la gestion à distance de la relation client, utilise le réseau Internet à haut débit mis en place par France Télécom entre Paris et Dakar pour téléphoner. Depuis sa création en 2001, cette entreprise a généré 2 500 emplois et de nombreux concurrents. De quoi conforter les « internetophiles », pour qui le réseau des réseaux est indispensable pour réaliser l'intégration économique et le développement du Continent Noir.

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