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Digital

Le spectateur connecté

20/06/2016 - par Cécilia Di Quinzio

Le monde du spectacle vivant s’ouvre aux nouvelles technologies et fait participer les internautes grâce aux interfaces numériques et à la réalité virtuelle.

«Elle arrivera par le train de 18h56. En provenance de Paris. Elle vous attend au pied de l’escalier C.» Le rendez-vous donné aux spectateurs est précis. Au cœur de la gare Part-Dieu à Lyon, à l’heure indiquée, se déroule la première scène de Journal d'un seul jour, drame chorégraphique de la compagnie Acte (1). Une rencontre, une histoire d’amour naissante, qui durera 24 heures. Huit épisodes d’un feuilleton dansé qui embarque le public à travers la ville, dans la vie réelle, mais également en ligne, par SMS ou en vidéo.

«Ce spectacle a la particularité d’utiliser une interface numérique. Mais il a d’autres caractéristiques: il se joue à l'échelle d’une ville, en plusieurs endroits, il est aussi beaucoup plus long qu’un spectacle ordinaire. Justement, les outils numériques sont clés dans le système narratif. Il permettent de montrer les hors-champs, de continuer à suivre l’histoire qui se trame entre les scènes physiques», raconte Annick Charlot, directrice artistique et chorégraphe du projet.

Le spectateur, qui s’est inscrit sur un formulaire en ligne et a fourni ses coordonnées téléphoniques, est relié à l’un des personnages. Il a accès à son journal intime, à des vidéos, des sons, des images, à tout moment. Comme lorsque le personnage principal se retrouve arrêté par la police et placé en garde à vue. Les spectateurs reçoivent sur leur téléphone une vidéo qui contient la scène qui se déroule dans un commissariat. «Le numérique a changé la manière de penser le monde. Ce qui m'intéresse, c’est de l'envisager comme un espace public, une source de rassemblement», décrypte la chorégraphe.

Paradoxe

À première vue, le théâtre est basé sur l’instant présent. C’est le lieu où l’on demande d’éteindre son téléphone portable. Mais les opportunités offertes par les nouveaux usages engendrent aujourd’hui une rupture, un paradoxe. «Veuillez laisser votre téléphone allumé», s’amuse au contraire le slameur suisse Narcisse, auteur du spectacle Cliquez sur j’aime (2), qui invite les spectateurs à télécharger son application avant d’entrer dans la salle. Sur scène, il égrène ses morceaux, évoque la société actuelle, virtuelle, ironise sur l’hyperconnexion et l’envahissement du numérique dans notre quotidien. Soudain, les lumières s'éteignent et Narcisse apparaît dans chaque smartphone aux mains du public. «Je prend possession de l’application et la pilote à distance. Je simule une prise de contrôle: appeler des amis, supprimer des documents, faire de l’ordre dans la photothèque, rédiger des statuts Facebook… à la place des spectateurs», sourit le slameur. Cet interlude technologique intervient pendant son titre «La Femme mécanique». Un morceau volontairement cynique au sujet d’un homme qui s’est acheté une femme sur internet. «Je ne suis pas uniquement critique à propos des nouvelles technologies, tient à préciser l'artiste, le numérique est aussi le lieu de la liberté d'expression.»

Transmédia

La tendance est à l’exploration des possibilités d’immersion des spectateurs, dans la lignée de l’évolution rapide des recherches en matière de réalité virtuelle. Il s’agit, pour la plupart des projets, de pièces plutôt classiques dans leur forme, que le metteur en scène complète par une installation transmédia. À l’instar de La Chambre de Kristoffer (3), en cours de création, de la compagnie Ex Voto à la lune. Une installation interactive, immersive et individuelle qui se consomme au casque Oculus Rift. Le spectateur s’installe dans la chambre même de l’enfant, et par des jeux de proportion (chaise plus grande) et des interactions sonores avec le père, partage ses doutes existentiels, ses angoisses. «Le mur de la fiction est traversé», peut-on lire dans le résumé du projet.

Ces initiatives, qui réconcilient le spectacle vivant et les nouvelles technologies, sont encore rares mais se développent à grands pas ces dernières années. Selon Pauline Augrain, en charge de la création numérique au sein du CNC (Centre national du cinéma et de l'image animée) et notamment du fonds Dicréam (lire encadré), 25% des projets soutenus en 2015 sont des projets de théâtre. Un chiffre qui grimpe à 42% en incluant le spectacle vivant dans son ensemble (danse et musique). «Je n’ai pas l’impression que le théâtre soit à la traîne sur les nouveaux outils. Mais on ne peut pas nier que certaines difficultés existent et que les freins sont multiples», reconnaît la professionnelle. Les coûts financiers, l’équipement, le personnel qualifié ou encore le refus idéologique de certains artistes peuvent expliquer une certaine frilosité du secteur pour s’approprier ainsi les nouvelles technologies.

Le Dicréam soutient la crème du numérique

Le Dispositif d'aide pour la création artistique multimédia et numérique existe depuis 2001. Il permet de soutenir financièrement des œuvres expérimentales aux écritures novatrices faisant spécifiquement appel à l'utilisation de technologies multimédias et numériques. Des projets issus de tous les champs disciplinaires: arts visuels, littérature, jeux vidéo, spectacle vivant… Le fonds est géré par le CNC et cofinancé par le ministère de la Culture et de la Communication et le Centre national du livre. En 2015, 113 projets ont été soutenus.

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