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Développement durable

« La décarbonation n’est pas assez rapide »

06/07/2020 - par Propos recueillis par Johann Harscoët, à Londres

Spécialiste du développement durable et des nouvelles technologies énergétiques, l’Anglais Chris Goodall détaille dans son dernier ouvrage «What We Need To Do Now» les grandes lignes de la nécessaire transition écologique et du long chemin vers des économies neutres.

La crise du Covid-19 représente-t-elle une opportunité d’accélérer la transition écologique, ou risque-t-elle au contraire de freiner les investissements utiles ?
Il n’y a pas de réponse unique pour tous les secteurs. Mais je pense qu’on peut déjà dire que l’environnement urbain sera transformé pour toujours. Beaucoup de villes vont proposer de plus en plus de circuits pédestres et de pistes cyclables. Dans les pays européens, il y a une volonté politique d’orienter les investissements étatiques vers les secteurs menacés, et d’accélérer l’adoption d’alternatives au carbone, comme cela peut se voir en Allemagne.
Au Royaume-Uni, l’engagement à la décarbonation de l’économie reste très faible au niveau politique. Le pouvoir est très centralisé. Les décisions relatives à l’énergie sont prises par un trop petit nombre de personnes. Certains secteurs très polluants ne vont pas être transformés, et la « normale » va rapidement revenir. Je pense notamment au secteur aérien. Mais les prochaines mesures de relance pourraient accélérer la transition, en donnant notamment un plus grand contrôle aux collectivités territoriales sur les questions énergétiques.

Où situez-vous la France par rapport à l’Allemagne et au Royaume-Uni ?
Durant cette crise, la France a été le premier pays à corréler les aides d’État aux compagnies aériennes à une réduction des engagements sur les émissions de CO2. Elle a demandé à Air France de réduire drastiquement ses vols intérieurs sur les trajets où une ligne ferroviaire existe déjà. C’est très encourageant, même si la France n’a pas encore su montrer autant de résolution que l’Allemagne.

La relocalisation de la production doit-elle devenir une priorité, d’un strict point de vue environnemental ?
Je sais que cette question a pris une grande importance dans le débat en France. Le problème, c’est que si l’on décide de produire des fleurs localement en hiver plutôt qu’au Kenya ou dans d’autres pays du Sud, on est obligé de mettre en place des serres, qui émettent beaucoup de carbone. Par ailleurs, en dehors de quelques exceptions, le transport ne représente pas une fraction très importante dans l’empreinte carbone globale de la production. Ce n’est pas la localisation de la production en soi qui est importante, c’est plutôt le changement dans les habitudes de consommation.

Vous avez été l’un des premiers théoriciens du «peak stuff», c’est-à-dire de la hypothèse que l’humanité ait atteint ou soit sur le point d’atteindre son pic de ressources matérielles globales. La tendance se confirme-t-elle ?
Elle se vérifie en effet particulièrement en Europe, mais aussi dans la plupart des autres pays développés. En conséquence, les émissions de carbone liées à la production de nouveaux matériaux tendent à décliner. Mais comme je l’explique dans mon dernier livre, le processus de décarbonation résultant de la baisse du volume de matériaux consommés ne se produit pas assez vite. Le rythme ne dépasse pas 1 à 1,5% par an. L’Europe consomme un volume moins important de matériaux, mais la Chine n’en est pas encore au même stade.

Jusqu’à la naissance du mouvement Extinction Rebellion, le concept de décroissance était beaucoup plus vivant en France qu’il pouvait l’être au Royaume-Uni. Comment est-il perçu aujourd’hui outre-Manche ?

Je viens justement de participer à un débat avec des membres du mouvement Extinction Rebellion. Et nous avons discuté de cette question précise. Je leur ai demandé s’il était préférable d’essayer de coopérer avec ceux qui s’inquiètent du changement climatique mais ne sont pas prêts à changer leur mode de vie de façon significative, ou s’il vaut mieux adopter une solution radicale, visant à stopper la croissance, au risque d’aliéner une partie de la population. Par exemple : faut-il empêcher les gens de prendre l’avion, ou faut-il travailler sur la manière de produire du carburant propre pour le transport aérien ? Bien sûr, nous devons changer nos habitudes, sur le transport aérien, sur les achats de vêtements, sur la consommation de viande, mais nous devons le faire en tenant compte de ceux qui n’ont pas des vues aussi extrêmes.

Votre dernier livre porte essentiellement sur les responsabilités des grandes sociétés et des politiques pour accélérer la transition et mettre en place de nouveaux systèmes. Cela signifie-t-il que les citoyens n’ont pas réellement le pouvoir d’influer sur le changement climatique, soit parce qu’il est déjà trop tard, soit parce qu’ils font déjà beaucoup de sacrifices ?
Le capitalisme a échoué de façon catastrophique à reconnaître sa responsabilité dans l’évolution de long terme de la société. Trop de grands groupes ont focalisé sur les produits de demain plutôt que sur les structures qui existeront encore dans un siècle. Ils ont été extrêmement lents à s’orienter vers la décarbonation. Mais les choses s’améliorent chaque jour, il n’y aucun doute là-dessus. Et elles s’améliorent car ces groupes ont compris qu’il n’y a qu’en adoptant des politiques authentiquement vertes qu’ils pourraient générer des revenus financiers sur le long terme pour leurs actionnaires. Le capitalisme anglo-saxon doit évoluer vers une forme où les actionnaires ne vendent pas leurs actions du jour au lendemain sur de simples critères financiers. Il doit être au service de la transition écologique.

Dix évolutions vitales
  • Multiplier la génération d’électricité renouvelable
  • Isoler massivement les logements
  • Électrifier l’ensemble des systèmes de transport
  • Limiter la consommation de viande
  • Rendre l’industrie du prêt-à-porter plus soutenable
  • Transformer les technologies de production d’acier, de ciments et de fertilisants
  • Augmenter la surface des forêts
  • Capturer et séquestrer le carbone dans l’atmosphère
  • Introduire une taxe carbone qui a du sens
  • Développer la géo-ingénierie

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