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Internet

Les femmes lesbiennes à l’assaut du SEO

11/03/2020 - par Romain Burrel, directeur de la rédaction de Têtu

En exposant la lesbophobie des moteurs de recherche, une spécialiste du SEO a contribué à infléchir les algorithmes de Google. Un parfait exemple de militantisme 2.0.

Il y a un an à peine, si vous tapiez le mot « lesbienne » dans le moteur de recherche Google, vous aviez peu de chance de tomber sur une bio d’Adèle Haenel ou d'Ellen DeGeneres. Mais plutôt sur des tonnes et des tonnes d’images pornographiques. « Le premier résultat non-porno était une page Wikipédia qui apparaissait à la onzième page de Google, détaille Fanchon Mayaudon-Courtel. Dans Google Images, il n’y avait que du X. » Pour cette spécialiste des stratégies SEO et de communication marketing d’entreprise, elle-même homosexuelle, cette représentation uniquement pornographique du corps des femmes lesbiennes n’est pas à prendre à la légère : « C’est une violence. On nous confisque un mot qui doit nous définir. Le mot lesbienne ne vous appartient pas. Il est privatisé par des gens qui l’utilisent à des fins de divertissement. »

Aussi en octobre 2019, elle crée le compte Twitter SEO Lesbienne. Son but ? Discuter du référencement des femmes homosexuelles dans les moteurs de recherche. On ne peut qu’imaginer les dégâts qu’une telle représentation peut avoir, par exemple, sur l’esprit d’une jeune femme qui partirait à l’assaut de la compréhension de son orientation sexuelle sur le web. « C’est un sentiment de honte, de malaise et de peur d’être associée à une image hypersexualisée. Ce sont des sentiments que j’ai connus lorsque j’étais moi-même adolescente. Et je me dis que rien n’a changé. » Un travail de sape terrible puisque les femmes lesbiennes, dans ce marasme pornographique, ne trouvent ni assos, ni les données sur la lutte contre l’homophobie, ni les réponses à des questions de santé sexuelle.

Un manque de diversité dans les métiers techniques

À celles et ceux (et surtout ceux) qui pensent que les algorithmes n’ont pas de préférences sexuelles et qu’il n’y a rien de plus neutre qu’une formule mathématique, Fanchon répond par un sourire. « Les sphères de la tech sont très majoritairement des corpus d’hommes qui parlent des hommes et de ce qu’ils aiment. Les ingénieurs, ceux qui créent les algorithmes, ont des biais comportementaux sexistes et lesbophobes. C’est la faute d’un système patriarcal dans lequel les images attachées aux femmes sont plus sexualisées. Et a fortiori sur internet. On est à l’intersectionnalité des discriminations car nous sommes minorées à la fois en tant que femmes et en tant que lesbienne. »

Grâce à la discussion entamée par Fanchon, avec l’aide de la nouvelle rédaction du site Numerama qui va suivre assidûment le sujet, Google va plier. En mai 2019, à la veille des marches des fiertés et des célébrations des 50 ans des émeutes de Stonewall, le géant numérique va enfin nettoyer son moteur de recherche pour une plus juste représentation des femmes homosexuelles. Lorsqu’on tape le mot « lesbienne » dans sa barre de recherche, celui-ci ne propose plus des contenus à caractère pornographique mais une page Wiki, des articles de presse féminine ou de santé. Pour Fanchon et le collectif qu’elle anime, c’est une première victoire. « Pourtant on n’a eu aucune interaction directe avec Google. Mais ils ont fini par nous entendre. On a appris que nos revendications étaient très discutées au sein même de l’entreprise. » La jeune femme l’assure, tout cela n’était absolument pas organisé. « Mais j’ai pris mes responsabilités, s’il faut une figure de proue, je veux bien l’être. Même si je ne suis pas la première à m’en saisir. Je m’inscris dans une revendication qui jusqu’ici n’a pas été écoutée. »

Mais il reste du boulot. « Si vous ajoutez “ado” au mot “lesbienne” dans votre recherche, vous ne tombez pas sur des forums mais sur des sites classés X mettant en scène des jeunes filles.  » Selon Fanchon Mayaudon-Courtel, pour en finir avec ces problèmes de représentation, les géants de la tech doivent faire un effort pour recruter davantage de femmes. « Les femmes ont été historiquement écartées des métiers techniques. Les métiers des développeurs, des codeurs, d’ingénieurs, ceux qui développent des algorithmes et qui font travailler des intelligences artificielles, sont très majoritairement des hommes. Google s’est rendu compte que lorsqu’on inclut des femmes et des personnes issues de la diversité pour travailler sur des projets notamment liés à l’intelligence artificielle, on multiple les alertes et on déjoue mieux ces biais. »

Plus qu’une discussion suivie sur les réseaux sociaux, Fanchon veut désormais structurer son militantisme. « On travaille avec le laboratoire de l’égalité sur une éthique du SEO. Car aujourd’hui, les professionnels de SEO n’en ont pas. Mais je suis plus inquiète sur l’aspect marketing SEO que sur l’intelligence artificielle. Dans le marketing, on est au même point que dans le milieu de la pub des années 1980. Il n’y a pas de limite à l’indécence. »

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