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Les 15 engagés

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Phumzile Mlambo-Ngcuka est la directrice exécutive d'ONU Femmes, qui organise en juillet prochain à Paris le Forum Génération Égalité. Elle a été aussi la première femme à accéder à la fonction de vice-présidente d'Afrique du Sud.Tour d'horizon de ses enjeux et combats à la tête d'ONU Femmes.

Vous êtes directrice exécutive d'ONU Femmes depuis sept ans, quels sont les principaux combats que vous portez dans ce cadre ?

À ce jour, aucun pays n’a atteint l’égalité femme-homme. Cela représente un vrai défi mondial. Notre combat commence avec l’élimination des lois discriminatoires, une de mes priorités clés. Entre 2008 et 2017, 131 pays ont mis en œuvre 274 réformes pour améliorer leurs cadres législatifs pour les femmes. Cependant, tout pays a encore au moins une loi qui discrimine contre les femmes. ONU Femmes soutient également la participation égale des femmes dans tous les domaines. Et nous continuons à travailler pour l’élimination de la violence sexistes et sexuelles aux proportions pandémiques. Une de mes priorités a aussi été de créer des partenariats pour engager tous les secteurs de la société dans ce combat. Cela inclut les hommes, le secteur privé, les leaders traditionnels, le monde du sport, les célébrités, et d’autres acteurs clés.



Le Forum Génération Égalité aura lieu en juillet à Paris. Qu’en attendez-vous pour que ce soit une réussite ?

J’espère que les mouvements féministes seront présents en force, que nous aurons de vifs débats sur le féminisme aujourd’hui. Et surtout, j’espère que les dirigeants viendront à Paris prêts à écouter et prendront des engagements ambitieux pour les coalitions d’action qui seront lancées au Forum.



Plusieurs coalitions d’États travailleront sur des sujets spécifiques (climat, droits sexuels et reproductifs, femmes et tech…). Y en a-t-il un qui vous tient particulièrement à cœur ?

Je suis enthousiaste pour tous les thèmes. Je ne peux pas en choisir un en particulier car ils sont tous essentiels et liés les uns aux autres. Il nous faut gagner sur tous les plans.



La France et le Mexique co-président le Forum Génération Égalité. Pourquoi avoir choisi Paris ?

Les planètes étaient alignées. Paris nous a aussi choisi ! La France est un berceau du féminisme. La ville de Simone de Beauvoir accueillera le Forum Génération Egalité, c’est un symbole important (le Deuxième sexe de Simone de Beauvoir est d'ailleurs mon livre préféré). Et cela alors que la France a une politique étrangère féministe et que le Président a annoncé l’égalité femme-homme comme une grande cause de son quinquennat.



Que diriez-vous à une femme (et à un homme) qui n’a jamais entendu parler d’ONU Femmes ou du Forum Génération Égalité pour qu’elle vienne en avril à Mexico ou en juillet à Paris ?

Le Forum est l’opportunité de transformer le futur pour les femmes et les filles. C’est aussi un espace intergénérationnel pour partager et apprendre, pour débattre, pour chercher des solutions... Nous espérons réussir une grande mobilisation. Nous voulons une forte présence de jeunes activistes. Ce sera un grand moment d’unité pour le mouvement féministe.

Pour un homme c’est l'occasion de montrer qu'il est du bon côté de l’Histoire, en travaillant avec les femmes pour une véritable égalité qui va nous avantager tous et toutes.



Vous avez été membre du Conseil consultatif pour l’égalité entre les femmes et les hommes sous la présidence française du G7 qui a réalisé un benchmark des meilleures lois pour les femmes dans le monde. Quelle est, à vos yeux, la meilleure loi du monde pour l’égalité femmes hommes ?

Il est difficile de choisir une loi. Une très bonne loi pour un pays ne fonctionnera peut-être pas aussi bien dans un autre. Cependant, certains principes sont universel : l’égalité des sexes doit être inscrite dans la Constitution ; les lois discriminatoires doivent être éliminées, la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes doit être mise en œuvre. En outre, la Convention d’Istanbul sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique représente le cadre normatif le plus complet dans ce domaine.



Quelles sont vos relations de travail avec le Président de la République Emmanuel Macron ?

J’ai eu l’honneur de participer au Conseil consultatif pour l’égalité femme-homme dans le cadre de la présidence française du G7. À cette occasion, j’ai échangé avec le Président à plusieurs occasions. Nous travaillons étroitement avec ses équipes pour le Forum Génération Egalité qui se tiendra à Paris en juillet. Je salue son engagement pour la promotion de l’égalité femme-homme sur la scène internationale.



Quelles sont les caractéristiques de la nouvelle génération féministe ?

Les mouvements féministes sont dynamisés par les jeunes. Les jeunes féministes nous défient d’en faire plus. Elles sont impatientes et veulent voir de vrais changements. Elles sont fatiguées des promesses du passé et veulent de l’action et des effets. Leurs voix doivent être entendues et défendues. Je soutiens leurs efforts de toutes mes forces.



Vous avez toujours été en contact avec les jeunes (auparavant comme enseignante, maintenant avec les nouvelles générations de féministes). Êtes-vous optimiste sur l’évolution des rapports filles-garçons, génération après génération ?

Nous avons vu des développements positifs ces dernières années. Même dans les sociétés les plus conservatrices, il y a eu des changements improbables il n’y a pas si longtemps. Mais les changements doivent être encore plus profonds.



Des avancées importantes ont été obtenues en même temps que la parole s'est libérée (MeToo…), mais comment arrive-t-on à faire en sorte que le sujet des droits des femmes reste en tête d'actualité ?

MeToo a été une prise de conscience pour beaucoup mais pour la plupart des femmes, ce n’était qu’une réflexion de leur réalité quotidienne. Nous devons travailler avec les médias pour montrer la réalité des inégalités. Il faut aussi donner plus la parole aux organisations féministes.



L’ONU a souvent recours à des femmes célèbres en tant qu'ambassadrices (Emma Watson, Angelina Jolie, Amber Heard…), est ce que le message est mieux entendu lorsqu’il est porté par une actrice plutôt que par une experte ?

Les célébrités ont un large public qui les écoutent et les suivent. J’admire leur engagement et leur volonté de comprendre les défis et leur complexité. Elles ne remplacent pas les expertes du sujet mais permettent de transmettre le message différemment.



Comment arbitrez-vous les priorités alors que vous travaillez pour des pays dans lesquels les femmes n’ont pas de droits bancaires, pas le droit de créer, d’entreprendre, et d’autres où elles peuvent monter leur entreprise ?

ONU Femmes a un mandat universel mais chaque pays est confronté à ses propres défis. Il faut identifier les causes structurelles des inégalités. Bien que le contexte soit différent, ces causes sont souvent les mêmes : lois et politiques inappropriées, stéréotypes de genre et normes sociales rétrogrades, manque d’investissements...



L’ONU gère des conflits mondiaux. Pour la plupart des gens, elle est synonyme de Conseil de sécurité, Cour internationale de justice… Comment fait-on en sorte que les droits des femmes soient une priorité pour toutes les personnes qui travaillent à l’ONU ?

La question des droits des femmes a gagné en importance aux Nations Unies, surtout depuis la création d’ONU Femmes en 2010. Cela dit, l’ONU a encore de grands défis à relever. ONU Femmes a développé un cadre avec des exigences pour l’égalité femme-homme auquel toute agence onusienne doit répondre. Cela aide les Nations Unies à améliorer ses politiques et son travail sur l’égalité. Nous appuyons aussi le travail de la société civile là-dessus.



Comment travaillez-vous avec António Guterres ?

J’ai la chance de souvent rencontrer le Secrétaire général dans le contexte de son comité exécutif qui coordonne une réponse coordonnée des Nations Unies aux grands défis d’aujourd’hui. Nous avons de la chance d’avoir un Secrétaire général fortement engagé sur l’égalité femme-homme. Pour la première fois, les Nations Unies ont atteint la parité au niveau de ses dirigeants et pour ses représentants à travers le monde. Cela n’aurait pas été possible sans l’engagement du Secrétaire général.



À l’ONU, vous côtoyez des gens de nationalités très diverses. Vos deux vice-présidentes sont indienne et suédoise. Comment crée-t-on une organisation commune avec autant de diversité ?

Les Nations Unies servent un monde diversifié et nous devons refléter le monde que nous servons. Mes adjointes amènent des perspectives et des expériences très différentes, du gouvernement au secteur privé. Cette diversité est un grand atout.



Vous avez la réputation d’avoir un caractère affirmé. Et pourtant, en tant que directrice exécutive, vous devez conduire une feuille de route qui satisfasse l’ensemble des pays membres. Avez-vous une technique pour ne pas laisser paraître vos doutes, vos colères ?

Lorsqu’on est confronté aux inégalités, il faut parfois montrer une impatience radicale. J’aimerais que plus de personnes soient en colère sur la situation des femmes dans le monde aujourd’hui. En même temps, il est aussi important de chercher des solutions et de comprendre l’autre.

 

Êtes-vous prête à des compromis et jusqu’où un compromis est-il acceptable ?

J’aime trouver des solutions. Pour cela, il faut un équilibre entre différentes visions du monde. Les compromis ne sont pas acceptables lorsqu’ils cherchent à faire revenir en arrière les droits des femmes et nos acquis. Les compromis doivent nous aider à avancer, pas à reculer. Je chercherai un compromis s’il avance un agenda solide, pas s’il diminue notre ambition.



ONU Femmes, c’est un siège à New York et des antennes partout dans le monde. Qu’est-ce que cela vous a appris en termes de management ? Quels conseils donneriez-vous ?

Il faut faire confiance à ses équipes et déléguer. Il faut aussi inspirer ses équipes et leur communiquer des objectifs clairs. J’ai beaucoup de chance d’avoir des équipes engagées. Les nouvelles technologies nous aident aussi à rester connectées à travers le monde. Par exemple, je fais parfois des « visites virtuelles » pour échanger avec nos équipes et partenaires sur le terrain.



Vous avez été la première femme vice-présidente de la République d’Afrique du Sud. Quel est le pays, d’après vous, le plus en pointe dans le monde en matière de valorisation des femmes dans le monde politique ?

Le Rwanda est le pays avec le plus grand pourcentage de femmes au parlement depuis plusieurs années. Plus récemment, nous avons vu de réels progrès dans certains pays, comme le Mexique ou la Bolivie, souvent grâce aux quotas. Ceux-ci sont essentiels pour soutenir la participation des femmes en politique. Sans eux, les progrès sont trop lents. En 25 ans, il n’y a eu qu’une petite augmentation de la proportion des femmes parlementaires au niveau mondial (de 11% à 24%). Tout pays devrait avoir un cabinet paritaire et il faut d’avantage de femmes cheffes d’Etat dans le monde.



Vous vivez maintenant dans la mégalopole mondialisée par excellence, New York, mais vous avez connu l’apartheid. Êtes-vous confiante dans la capacité des gens à partager un même espace de vie ?

Oui, je suis confiante. New York est une des villes les plus ouvertes à la diversité au monde. Malgré ses problèmes, les gens vivent ensemble et se battent pour les mêmes choses. L’Afrique du Sud au temps de l’apartheid était divisée et le sexisme toléré. Aujourd’hui, les Sud-africains continuent d’apprendre à vivre ensemble, sans ségrégation. Ils chérissent les moments de célébrations nationales ensemble. De plus en plus d’hommes rejettent la violence contre les femmes, même si trop peu se mobilisent. Je crois profondément que chaque être humain recherche la solidarité et la justice.



Qu’aimeriez-vous que l’on retienne de vous à la fin de votre mandat ?

L’importance de travailler avec des alliés qui ne sont pas nos partenaires traditionnels, ceux qu’il faut transformer pour atteindre l’égalité. Je pense que cela est central au changement – l’engagement de la société dans son entièreté, côte-à-côte avec un mouvement féministe jeune et dynamique.



Qu’avez-vous appris de Nelson Mandela ?

J’ai appris l'importance d’être inclusif, y compris avec ceux avec qui vous n’êtes pas d’accord. J’ai aussi appris qu'il ne faut jamais tourner le dos à l’injustice. Il faut combattre les maux – l’homophobie, le racisme, le sexisme – en même temps... Comme le disait Mandela : « Tant que la pauvreté, l’injustice et les inégalités persistent dans notre monde, personne ne peut se reposer ».

 

Quand on a été enseignante, cheffe d’entreprise, députée, vice-présidente... Que peut-on imaginer faire par la suite ?

Je me réjouis de rentrer en Afrique du Sud et de passer du temps avec ma famille, surtout ma mère qui aura 90 ans le 8 mars prochain. Je resterai toujours mobilisée pour ONU Femmes.

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Les combats de Phumzile Mlambo-Ngcuka, directrice d'ONU Femmes

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