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Télévision

Gilles Pélisson: «On est dans une dynamique de responsabilité»

19/01/2021 - par Entretien : Amaury de Rochegonde, Delphine Soulas-Gesson et Gilles Wybo

Rôle du groupe TF1 dans la reprise, publicité segmentée, transposition de la directive SMA… Le PDG du groupe TF1, Gilles Pélisson, répond à Stratégies sur les sujets chauds du moment. Et avance ses pions à quelques semaines de la présentation en Conseil des ministres du projet de loi Climat.

L’année 2020 a-t-elle été moins pire pour le groupe TF1 que ce à quoi vous vous attendiez en mars-avril ?

Gilles Pélisson : Oui, certainement. Par rapport au pire de la crise, avec la perte de 40% de notre chiffre d’affaires au deuxième trimestre, la capacité de rebond du groupe dès le troisième trimestre, nous permet de réaliser une année meilleure que ce nous avions pu imaginer. Le deuxième trimestre a été un choc pour nous tous, ça nous a obligés à nous réinventer et à redessiner la façon de fonctionner du groupe. L’atterrissage sur la fin d’année est relativement correct, même si tout est relatif. Des pans entiers de l’économie ont disparu de nos écrans publicitaires, comme le tourisme et les compagnies aériennes, et puisqu’il n’y a pas une surcompensation des autres secteurs, forcément, le résultat est en deçà de l’année précédente.

Quel rôle voulez-vous donner à TF1 dans la relance économique ?

Le rôle de TF1 est multiple. C’est d’abord un rôle de créateur de lien social. Dans ces périodes d’incertitude, de fracture de la société, de distanciation avec le télétravail, notre rôle est d’accompagner les Français, de les divertir, de les instruire, de les informer, que ce soit avec nos journaux d’information, nos fictions, nos divertissements, ou avec des opérations de solidarité comme Les Enfoirés ou les Pièces jaunes, qui ont particulièrement du sens dans ces moments-là. Sur le plan publicitaire, le groupe TF1 permet aux marques de se redéployer, de parler à leurs consommateurs de façon un peu différente. Je crois beaucoup à cette vertu que nous avons via nos écrans publicitaires de pouvoir participer aussi à une forme de dynamique du patrimoine des marques en France. Et le nouvel habillage que nous venons de lancer sur TF1, qui introduit la publicité d’une manière beaucoup plus fluide, dans la continuité des programmes, va dans ce sens.

Sur les neuf premiers mois de l’année 2020, vous avez réalisé 138 millions d’euros d’économies. Envisagez-vous de poursuivre ce train d’économies ?

La vocation d’un groupe comme le nôtre, c’est d’offrir aux téléspectateurs le plus d’étonnement possible, le plus d’inédits, le plus d’actualité, dans un coût qui doit être le plus raisonnable possible. Nous ne faisons pas des économies par plaisir, nous y avons été fortement contraints de par la perte de chiffre d’affaires sur l’année 2020. En parallèle, il nous fallait aussi combler des minutes d’écrans publicitaires en moins (jusqu’à 120 minutes par jour au plus fort de la crise) en achetant des programmes qui soudainement ne sont plus des recettes mais des coûts. Nous y sommes arrivés formidablement bien, en augmentant nos journaux d’une vingtaine de minutes, en étendant des programmes comme Koh Lanta ou The Voice, ou en ne diffusant qu’un seul inédit les soirs dédiés aux séries. Mais, il n’y a pas de raison de faire autant d’économies dès lors que l’activité économique reprend et que nous voyons revenir le marché publicitaire.

Vous êtes désormais autorisés à faire de la publicité segmentée. Comptez-vous ainsi reprendre des parts de marché à Google et Facebook ?

La bataille ne se positionne pas tout à fait comme cela. Google et Facebook ont conquis l’essentiel du marché du digital depuis maintenant des années. Avec la publicité segmentée, l’idée est de combiner le meilleur des deux mondes : la force du média télé et le ciblage du digital. La bonne nouvelle, c’est l’autorisation de la télévision segmentée cet été. Mais comme nous sommes en France, au lieu de nous permettre d’avoir le même champ d’action que les Gafan en nous permettant de mettre l'adresse de l'annonceur sur la publicité, nous souffrons encore de restrictions. Pourquoi systématiquement empêcher l’acteur français de faire exactement comme la grande plateforme étrangère qui n’a aucune limitation ? J’espère que ce n’est qu’une première étape et qu’un jour on arrivera à résoudre cette asymétrie concurrentielle avec les GAFA. Quand on écoute Thierry Breton [commissaire européen pour le marché intérieur] et Margrethe Vestager [vice-présidente de la Commission européenne en charge du numérique et de la concurrence] sur le Digital Services Act et le Digital Markets Act, on voit qu’il y a cette volonté des gouvernements européens d’avoir une concurrence à armes égales entre les plateformes et les acteurs plus locaux.

Etes-vous satisfait de la manière dont la directive SMA va être transposée en droit français ?

Nous sommes au milieu du gué. Nous avons toujours dit qu’au nom du principe d’équité, nous souhaitions qu’il y ait un pendent à cette nouvelle source de financement dans la production et la création française, ce dont nous devons nous réjouir. Les obligations fortes des acteurs historiques, doivent pouvoir évoluer à l’aune du nouveau cadre de ces acteurs. Nous voudrions avoir l’équivalent des plateformes en termes de droits, en fonction de ce que chacun contribuera à la production et à la création française. Sur la chronologie des médias, nous voulons veiller à garder la valeur de nos exclusivités, que ce soit dans la fiction ou le cinéma. Il faut que quand TF1 diffuse un film le dimanche soir, ce visionnage ait encore une vraie valeur économique.

Souhaiteriez-vous un assouplissement des règles fixées par l’Autorité de la concurrence au sujet de la plateforme Salto ?

Si les trois actionnaires [les groupes TF1, France Télévisions et M6] ont accepté de lancer Salto dans les conditions où nous l’avons fait, c’est à la fois en connaissant les règles du jeu et avec un certain nombre d’objectifs en tête. Face à la déferlante de plateformes SVOD que nous avons vu arriver entre 2019 et 2020 sur la France et sur l’Europe (Amazon, Disney, Apple…), il nous a semblé important de privilégier un lancement relativement rapide. Ce n’est jamais facile de travailler à deux, c’est encore plus difficile à trois, mais j’ai toujours cru que c’était possible et que Salto apportait une vraie solution différente aux consommateurs français au vu de ce qu’ont fait aux Etats-Unis les quatre grands concurrents NBC, ABC, Fox et Warner avec la plateforme Hulu. Le démarrage de Salto est très bon. Semaine après semaine, les gens restent au-delà du mois gratuit et ils s’abonnent. Mais nous laissons le soin aux équipes de Salto de communiquer sur leurs performances.

Avez-vous des projets d’acquisition ?

Depuis 2016, nous avons beaucoup œuvré avec Newen à développer un pôle de production dont nous étions quasiment absents jusque-là. C’est le cas en France avec notamment Capa, 17 Juin et Telfrance, mais aussi à l’international avec quatre ou cinq acquisitions en trois ans, en Belgique, en Hollande, au Danemark et même au Canada et aux Etats-Unis, avec l’acquisition de Reel One, spécialisée dans les téléfilms. Nous avons encore devant nous des possibilités de croissance externe. Sur le digital, nous sommes aujourd’hui davantage dans une phase de consolidation d’Unify, avec l’arrivée de Sabina Gros et la mise en place de la régie Unify Advertising. Cette dernière nous permet de gagner des budgets de beaucoup plus grande taille.

On a souvent prêté à TF1 des ambitions dans le domaine de la radio. Qu’en est-il ?

Nous avons un intérêt limité dans la radio. Nous sommes ravis de piloter la régie des Indés Radios et ça se passe plutôt très bien. Mais de là à nous prêter des ambitions particulières dans la radio, non.

N’avez-vous pas regardé le dossier des musicales du groupe Lagardère ?

Qu’on nous propose régulièrement des groupes de radio en disant que ce serait formidable pour le groupe TF1 d’avoir de la radio, oui. D’autant plus depuis que le groupe M6 a intégré RTL. Mais pour le moment, nous n’avons pas vu l’intérêt, ou pas trouvé l’opportunité. La priorité est beaucoup plus sur le pôle production.

Souhaiteriez-vous une évolution de la législation anti-concentration pour permettre à votre groupe de grossir davantage ?

Non, nous considérons que nos marges de manœuvre sont suffisantes. Ces législations sont à la fois faites pour s’assurer de la pluralité et de la diversité des acteurs mais aussi elles nous protègent en tant qu’acteur sur le marché, en compliquant la tâche de celui qui voudrait s’inviter dans notre capital.

Le CSA a ouvert en décembre dernier une consultation publique relative à la numérotation des chaînes TNT. Souhaitez-vous que LCI se rapproche de ses concurrents BFMTV et Cnews ?

La spécificité des chaînes d’information est telle que nous sommes sur une matière très souvent relativement identique. Dans la numérotation, nous ne demandons pas à être les premiers, mais pourquoi ne pas rapprocher les quatre chaînes info dans un bloc info, comme le font déjà certains FAI sur leur box ? Pour le téléspectateur, c’est quand même plus facile. A l’occasion de l’arrêt de France O et de France 4, s’il y a à reréfléchir sur ces positionnements, c’est évidemment quelque chose que nous appellerions de nos vœux.

Quel regard portez-vous sur l’évolution éditoriale de Cnews et plus largement sur la place que prend le débat et l’opinion dans le paysage des chaînes info ?

Le positionnement qui a toujours été celui de LCI et qui s’affirme encore plus aujourd’hui, c’est effectivement celui du débat d’idée, avec au fil de la journée des intervenants et des plateaux équilibrés. Concernant Cnews, je parle surtout de ce que je connais.

Où en êtes-vous dans la fusion des rédactions de TF1 et LCI ?

Ce n’est pas une fusion, il y a toujours des rédactions bien séparées. Pour autant, nous multiplions les passerelles, les occasions de travailler ensemble sur certains grands événements. Certains services sont effectivement mutualisés, comme le service politique, dirigé par Adrien Gindre, avec des couvertures qui peuvent être partagées sur l’étranger ou dans la cour de l’Elysée.

Sur le projet de loi climat de Barbara Pompili, vous attendez-vous à un manque à gagner important ?

La position de notre régie consiste à accompagner les évolutions de consommation de façon très large, avec les agences médias ou les annonceurs, que ce soit sur l’automobile, l’alimentaire, ou les produits de consommation. La pression des consommateurs a pu faire monter d’un cran les mises en garde, mais les marques ont toutes intérêt à aller dans ce sens-là. En tant que régie leader, on se pose en catalyseur, en force de propositions. On va accompagner ceux qui sont très responsables et encourager ceux qui le sont un peu moins dans la façon de mettre en avant leurs produits. On n’est pas uniquement un vendeur d’espace et on peut être aussi un conseil, grâce à notre très bonne connaissance du marché. Nous sommes dans une dynamique de responsabilité, avec nos fictions sociétales ou nos reportages qui s’intéressent à l’environnement. Et on va lancer le samedi matin Génération Ushuaïa, avec Fanny Agostini. Nous sommes un acteur pertinent pour des marques qui veulent s’associer à ces émissions. Il s’agit d’alerter les Français, de faire de la pédagogie, de partager des bonnes initiatives.

Avez-vous été rassurés par rapport aux craintes d’interdiction que vous aviez il y a quatre mois ?

Il y a eu une alerte face aux partisans les plus extrêmes de la dé-consommation. Mais c’est presqu’une question de philosophie de société : doit-on vous dire ce qui est bien pour vous et ce que vous devez acheter ? Personnellement, depuis que j’ai 18 ans, je considère que je suis un adulte suffisamment responsable pour m’informer. Certains voudraient vous dire ce que vous devez porter comme vêtements, boire comme eau et acheter – ou ne pas acheter – comme voiture. A partir de la convention réunissant 150 citoyens, il y a des idées qui justifient que des entreprises se challengent ou fassent évoluer leur communication et d’autres plus dangereuses.

En quoi l’interdiction des SUV et des énergies fossiles serait-elle un problème ?

A partir du moment où les véhicules diesel sont autorisés, il est assez légitime que les constructeurs puissent les vendre. Mais tout est question de progressivité. Au législateur de décider quand il ne veut plus du diesel. Il serait absurde d’interdire la publicité pour un produit qui a le droit d’exister. Désormais, les grands fabricants misent plus sur des énergies alternatives comme l’électrique mais aussi l’hydrogène.

Le journaliste Stéphane Guy a été évincé de Canal+ pour avoir soutenu l’humoriste Sébastien Thoen dans un commentaire de match. Quand on est patron de médias, où s’arrête la liberté d’expression et où commence la loyauté envers l’entreprise ?

Je ne souhaite donner aucune leçon s’agissant de ce cas précis. A TF1, il y a une tradition de l’auto-dérision qui va de Canteloup à Combal, ou Quotidien et Burger Quiz sur TMC. Je crois plus largement que la relation employé-employeur fonctionne dans les deux sens, avec des droits et des devoirs. Dans un monde idéal, l’entreprise doit tout faire pour développer la loyauté, la fidélité et l’engagement du salarié, lequel va attendre une reconnaissance de l’employeur. Après, c’est une question de chimie entre les hommes. De façon générale, la parole s’est libérée. Il faut savoir s’en accommoder, sensibiliser et définir les lignes jaunes.

La défiance envers la télévision a-t-elle été en partie comblée par la façon dont les chaînes ont couvert le Covid ?

Les audiences que nous avons réalisées, au niveau des JT ou des débats sur LCI, ne sont pas le fait du hasard. Cela veut dire qu’on a su intéresser les Français, et notamment les plus jeunes, et faire de la pédagogie. Dans une pandémie, avec le niveau d’incertitudes qu’il y avait, c’est assez facile de tirer sur le messager. J’entends les critiques, mais collectivement, nous sommes bien arrivés à répondre aux attentes du public.

Considérez-vous qu’il faut être encore plus responsable dans le choix des invités, en particulier sur les questions sanitaires ?

La réponse est évidemment oui. Mais il y a aussi l’actualité chaude où l’on ne dispose pas de toute l’information médicale à disposition. Des spécialistes peuvent sembler très pertinents et très en pointe à un instant donné, avant qu’on ne s’aperçoive avec le recul que ce n’est pas exactement cela.

Donner la parole au professeur Raoult alors même qu’il est contesté, comme LCI, c’est aussi un choix éditorial…

C’est le choix de la diversité des points de vue, sachant qu’on donne aussi la parole à des scientifiques qui disent le contraire du professeur Raoult. Comme il n’y a pas de vérité à un instant T, on peut l’entendre comme on en entend d’autres avec une analyse différente.

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