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Audiovisuel

«Le développement dépend de médias fiables»

13/11/2019 - par Entretien : Amaury de Rochegonde

Marie-Christine Saragosse, PDG de France Médias Monde, explique pourquoi elle a choisi d'implanter RFI à Dakar en langues locales. Elle revient aussi sur sa mission de « service au public » au Sahel.

RFI s'est installée en octobre à Dakar, au Sénégal, pour émettre en langues mandingue et peul. Pourquoi cet ancrage dans des langues africaines ? 

Marie-Christine Saragosse. Nous avions commencé dans des zones plutôt anglophones à Lagos, avec le haoussa en 2007, puis à Dar-es-Salaam avec le kiswahili en 2010. C'est la première implantation en Afrique francophone. J'ai la conviction que le français ne s'y développera que s'il établit beaucoup de passerelles avec ces langues nationales ou transnationales. C'est sur l'antenne en français que nous avons des décrochages dans ces langues et les radios partenaires qui en bénéficient reprennent aussi nos programmes en français. On y retrouve une méthode d'apprentissage du français, le talisman brisé. 

 

Pourquoi le choix de ces langues d'Afrique de l'Ouest ?

Chacune d'elle touche 40 millions de locuteurs. Nous émettons une heure par jour en mandingue. En peul, nous réalisons avec CFI et l’AFD un magazine diffusé deux fois dans le week-end, "Alors on dit quoi", qui a son pendant en mandingue et en français. Sa présentatrice a reçu 38000 messages à son lancement. Au total, à Dakar, nous avons huit journalistes en mandingue et deux journalistes en peul qui peuvent compter sur un réseau d’une dizaine de correspondants, deux techniciens et un coordinateur français. Et nous allons continuer à monter en puissance.

 

Et le wolof, la langue de Dakar? 

On n'a pas nécessairement besoin de RFI en wolof car il y a énormément de médias dans cette langue et des gens bien formés mais c'est un clin d'œil sur place et un signe de reconnaissance. Ou comme on dit en wolof « Yeuk », ce qui veut dire respect.  Je fais mes calculs. On a bien envie de lancer "Alors on fait quoi" en wolof en 2020. 



Le peul entre dans un projet dit « Media Sahel » qui vise à promouvoir une information fiable. C'est un enjeu important dans cette région ?

C'est un enjeu mondial. Si tout se vaut, entre le quidam et le média professionnel, on court un grave danger démocratique. Le développement dépend aussi de médias fiables qui permettent de se repérer. Sur un continent où 60 % de la population a moins de 25 ans, nous menons une mission de service au public avec une idée d'inclusion et pour que les manipulations de l'information n'aboutissent pas à des conflits. Dans ces zones sahéliennes, l'incommunicabilité peut donner lieu à des actes terribles. On a tous en tête la Radio des Mille Collines au Rwanda. 

 

Vous avez remis une bourse Ghislaine Dupont et Claude Vernon à Kinshasa pour promouvoir des journalistes et techniciens africains...

Depuis sa création, ils sont 120 à avoir été formés à l'Ina, à l’école de journalisme de Sciences Po et dans nos rédactions grâce à cette bourse. Nous voulons de l'information pour les Africains par les Africains en donnant les bons outils techniques, les bonnes formations.

 

La BBC ou Voice of America ont-ils fait un effort plus important en direction des langues africaines ?

Ils ont un budget plus important mais RFI a plus d'impact en Afrique francophone - où 75% des cadres et dirigeants écoutent la radio toutes les semaines et 40 % des 15 ans et plus - que BBC en Afrique anglophone. Le président du Nigeria commence toujours sa journée en écoutant RFI en haoussa. 



Et France 24 ?

La chaîne est davantage distribuée en Afrique anglophone, avec 22 millions de foyers, qu'en zone francophone, où elle en touche une douzaine de millions. Il y a une très forte percée de France 24 en anglais car la compétence de la chaîne sur la zone francophone compte pour ceux qui la regardent dans une vision panafricaine. Nous venons d'entrer au Rwanda avec les deux langues, anglaise et française. France 24 est aussi la chaîne d'info internationale dominante dans les neuf capitales francophones de l'étude Africascope. Un décrochage africain de France 24 serait une excellente idée mais les recettes publicitaires ne permettent pas de financer ce type de coûts. 

 

Vous accepteriez pour cela d'être financé par des Etats ?

Non, notre indépendance est un des gages de notre crédibilité et de notre succès. Nous bénéficions de la redevance donc d'une recette affectée et nous sommes donc financés par les citoyens français. Nous ne parrainons jamais des journaux et des magazines d'actualité et nous faisons attention à ne pas avoir de conflits d'intérêts entre les contenus et les parrains que nous avons. Il faut faire attention de ne pas dévier de notre ligne pour un objectif à courte vue. La liberté et l'indépendance sont deux notions totalement imbriquées. 

 

RFI lance aussi de nombreux prix pour promouvoir les talents africains...

Nous venons de lancer Voix d'Afriques avec JC Lattès, un prix littéraire pour aider des jeunes romanciers africains à venir en résidence pour écrire leur roman. Avec l'Organisation internationale de la francophonie et Reporters sans frontières, nous remettons chaque année un prix de l'innovation numérique en francophonie. Nous remettrons en décembre à Dakar le prix RFI Challenge App Afrique autour des villes intelligentes. Nous avons aussi des émissions dédiées pour les entrepreneurs et du tutorat.  

 

C'est donc une vision positive de l'Afrique...

Oui, et au même moment nous avons aussi une recrudescence de tensions, de terrorisme, de migrations terribles. Il faut que les forces vives s'y mettent si l'on veut que l'Afrique puisse donner sa pleine puissance. J'espère que la saison Afrique 2020 sera l'occasion de casser les stéréotypes.

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