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Télécoms

Philippe Wang (Huawei Afrique) : « En tant que leader, nous avons une responsabilité sociale »

06/11/2020 - par Propos recueillis par Thomas Pontiroli

Leader mondial des équipements télécoms mais acteur honni aux États-Unis, Huawei développe son activité tous azimuts en Afrique. Interview de Philippe Wang, vice-président exécutif du groupe en Afrique du Nord.

Est-ce que la pandémie de Covid-19, qui accélère la transformation numérique, a soutenu l’activité de Huawei en Afrique en 2020 ?

Philippe Wang. La pandémie est un catalyseur d’accélération de la transformation digitale. Les gens se confinent et doivent garder le lien avec la famille et l’entreprise, et il n’y a pas d’autre choix que de le faire avec la technologie. Nous avons mesuré une hausse de 30% de la consommation de data en Afrique pendant le confinement. Pour répondre à cette demande, il nous a fallu changer notre modèle opérationnel afin de respecter les conditions sanitaires strictes. Cela a augmenté le coût de nos déploiements de 30 à 40 % pour protéger nos employés et former les sous-traitants à nous suivre. Comme nous sommes leaders, nous avons une responsabilité sociale et pas seulement commerciale.

Vous mettez en avant votre rôle pour connecter le continent. Avez-vous mis en œuvre des technologies à titre gracieux pour répondre à l’urgence ?

Nous avons essayé d’assumer notre responsabilité dans l’éducation, un secteur dans lequel nous sommes depuis deux ans mais sans business plan. Cette année, nous avons fourni une plateforme avec 130 cours en ligne gratuits (mooc) sur le thème de la technologie, afin que les étudiants se forment pendant cette période. Nous avons aussi donné un accès gratuit à notre cloud au Gabon et au Maroc pour aider à l’analyse d’images médicales.

Comment se répartit votre activité en Afrique et combien pèse-t-elle ?

Nous développons les mêmes activités que partout ailleurs, avec quatre unités : les infrastructures de télécommunication, qui travaillent avec 200 opérateurs environ sur le continent, les entreprises qui veulent construire leur propre réseau, les appareils électroniques – les smartphones, montres, écouteurs… - et le nouveau secteur du cloud et de l’IA, créé en 2020. Les trois premières branches pèsent 90% de notre activité en moyenne. Nous employons 200 000 personnes dans le monde dont la moitié est dédiée à la recherche et développement. En Afrique, nous avons 9 000 salariés, dont 75 % de locaux. Le continent représente 5 % du chiffre d’affaires mondial.

Aux États-Unis et de plus en plus en Europe, l’image de Huawei est attaquée. En 2018, Le Monde Afrique révélait que Pékin avait espionné l’Union africaine (UA) par le biais des équipements télécoms. Où en est la cote de confiance envers Huawei, et que faites-vous pour la protéger ?

Nous sommes en plein dedans. Je regrette la situation actuelle car Huawei – et je peux le dire car j’y suis depuis dix ans – est une entreprise détenue à 100 % par ses employés. Il n’y a jamais eu de faveurs, certains concurrents sont même plus forts parfois car ils ont une meilleure relation avec tel ou tel département. Sous la pression américaine, c’est devenu un jeu purement politique depuis deux ans. Ils nous accusent d’espionnage mais n’ont jamais réussi à avancer un fait concret, c’est juste une suspicion. Pour l’UA, nous avons répondu avec eux et montré que les équipements ne permettaient pas de toucher à la data. Nous avons fait un audit interne, il faut qu’on avance.

N’avez-vous pas peur que cela freine le déploiement de la 5G en Afrique ?

Franchement, au niveau technique, nous n’avons aucune crainte. Nos clients B to B ont une vision plus objective et comme l’a dit la GSMA [le lobby des télécoms], Huawei a 18 mois d’avance dans la 5G. Mais si les gens prennent des décisions politiques, cela posera problème. Nous sommes préparés.

La Chine est décriée pour sa vision autoritaire du numérique, basée sur le contrôle de la population par le recueil des données. Quand Huawei exporte sa technologie en Afrique, quelle garantie les  Africains ont-ils que leurs données ne se retrouvent pas à la disposition du pouvoir central chinois ?

Il est important d’abord de rappeler que Huawei n’est pas associé au gouvernement chinois. Ensuite, concernant les accusations d’espionnage dont nous avons été la cible, il n’y a jamais eu aucune preuve. Les données ne sont ni exploitées ni conservées par le groupe, elles appartiennent exclusivement à nos clients. Notre relation avec l’Afrique est ancienne et basée sur la confiance, comme l’a illustré la signature d’un protocole avec l’Union africaine en 2015, et la signature d’un nouveau mémorandum d’entente en 2019, pour développer la collaboration avec cette institution continentale dans cinq domaines technologiques émergents : le haut débit, l’internet des objets, le cloud computing, la 5G et l’intelligence artificielle.

Le président de Huawei Afrique, Steven Yi, expliquait en 2019, toujours au Monde Afrique, que la vidéosurveillance avait aidé à réduire la criminalité de 46 % au Kenya. Voyez-vous ce continent, réputé pour son insécurité dans certains États, comme une opportunité pour vos outils de surveillance ?

Huawei est un fournisseur de solutions innovantes dans les NTIC [Nouvelles technologies d'information et de communication], et non une société de vidéosurveillance. Nous travaillons avec des opérateurs privés et publics. Dans le public, ce sont les gouvernements en place qui donnent l’impulsion politique et qui définissent les stratégies numériques qu’ils souhaitent développer. Nous sommes en Afrique car nous voulons libérer le potentiel numérique du continent. Nous croyons profondément aux bienfaits du digital. À ce titre, Huawei est ouvert au dialogue et à la collaboration avec tous les pays mobilisés pour réduire la fracture numérique, et nous accompagnons les institutions nationales, régionales et continentales dans divers domaines – la santé ou la numérisation des administrations par exemple – pour réaliser ensemble cet objectif de réduction de la fracture digitale. Chez Huawei, nous répondons aux besoins de nos clients.

Alors que la question d’une IA éthique se développe fortement en Occident, accompagnez-vous votre développement africain d’une telle réflexion ?

Absolument, c’est au cœur de notre recherche et développement avec nos partenaires européens, et nous en partageons la même conception.

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